Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 17:38

Episode 17 : Qui était réellement à confesse ?

Lorsque je suis rentré à la librairie, tout était calme. Monsieur Blaise avait coutume de lire assez tardivement confortablement installé dans son bureau. Un léger rai de lumière filtrait sous la porte. Malgré mes précautions, les grincements du plancher n’avaient pas manqué de signaler ma présence. Je toquais donc discrètement à la porte.

                - Tiens Gilbert, comment s’est passée cette expédition nocturne ?

Comme je lui avais caché la vraie raison de mon escapade, je me montrais peu bavard.

                - Très bien avec le printemps, les soirées deviennent douces.

Malicieusement, il ajouta.

                - Un temps qui incite à la flânerie en galante compagnie.

Je me retrouvai un peu coincé.  Mon attitude avait laissé supposer à Blaise que j’avais un rendez-vous galant avec la belle Clarisse.

                - Blaise, je vous dois la vérité. J’avais bien rendez-vous avec une femme mais l’objet de la rencontre était fort éloigné de la galanterie.

Je lui  racontais in-extenso l’épisode étrange du confessionnal.

                - Voilà un comportement bien étrange. Dans le fond, que voulait cette femme ?

                - Honnêtement,  je n’en sais rien.

                - Je ne pense pas qu’elle souhaitait seulement bénéficier de vos conseils, si judicieux soient-ils.

                - Non, je pense qu’elle veut que je fasse passer un message, mais à qui ?

                - Il vous faudrait savoir déjà qui elle est !

                - C’est juste. Je n’ai pas vu son visage et reconnaitre sa voix est totalement utopique, tant elle murmurait. Seule Clarisse Manzon pourrait m’éclairer sur ce point !

                - Ou les voisins ! Si elle se rendait régulièrement à la maison Bancal, pour y  rencontrer son galant, un voisin a bien dû l’apercevoir.

                - Encore faut-il qu’il soit digne de foi.

                - De toute façon, il est trop tard pour entreprendre une action quelconque. Nous en parlerons demain matin.

Je passais une nuit agitée. Clarisse avait une fois de plus peuplé mes rêves les plus fous. Blaise avait raison, j’étais sur une pente dangereuse.

Autour du bol de café, après un temps de silence, il me dit.

                - On cherche à te manipuler, je ne sais pas dans quel but ! Il faudrait en savoir plus. J’ai une certaine confiance dans  Lucien, le tenancier du café du Coq. On va essayer de lui tirer les vers du nez.

Le printemps s’installait définitivement sur la ville. Elle me parut moins triste. Quand nous poussâmes la porte du café, le patron se précipita. Pas un client n’avait encore investi l’estanco. Blaise n’y alla pas par quatre chemins.

                - On a besoin de tes lumières, Lucien !

                - Tout le monde cherche la vérité dans cette affaire ! Je pense que c’est pour me parler de Fualdès.

                - On ne peut rien te cacher Lucien !

Sans hésiter, Blaise lui narra ma mystérieuse rencontre dans le confessionnal. Lucien prit le temps de la réflexion.

                - Autour de la maison Bancal, tous les fantasmes de Rodez prennent forme. Mais, je ne peux pas vous cacher que tout n’est pas faux…

                - Si vous aviez un nom à mettre sur la mystérieuse inconnue ?

                - Monsieur Blaise, vous savez bien que de nombreuses femmes s’ennuient à Rodez !

                - Mais, toutes ne donnent pas des rendez-vous galants chez Bancal !

                - Certes, on y trouve également quelques prostituées notoires. Mais j’ai entendu avant-hier une étrange conversation entre le lieutenant Clemendot, dont chacun sait qu’il est  l’amant de Clarisse Manzon et quelques officiers. La  rumeur sur la présence mystérieuse d’une femme dans la maison Bancal n’est pas nouvelle. Personne n’avait jusque-là osé risquer un nom. C’est après avoir bu quelques verres qu’un jeune officier se lança. :

                « - Pour sûr, cette femme est mademoiselle Avit »

                «  Plus d’un le prétendent », ajouta un second.

C’est alors que le lieutenant Clémendot intervint.

                « - Mademoiselle Avit est une personne aimable et vertueuse et les bruits qui courent sur son compte ne sont point croyables. Il faut avoir commis plus d’un faux pas pour ne pas craindre d’aller dans la maison Bancal. »

                « Alors qui est-ce ? » demanda-t-on de partout ?

                «  Ce que je puis vous dire, poursuivit Clémendot, c’est que au moment où se fit le tapage, la Bancal prit cette dame dans ses bras et la poussa dans le cabinet vitré qui donne sur le lieu du crime. Quand l’affaire a été close, après que ce pauvre Fualdès ait été saigné comme un goret, elle n’a dû la vie sauve qu’à un éclair de bonté dans le cerveau de la Bancal, car Bastide-Gramont voulait lui faire son affaire. Par la suite, Madame Pons, la belle-sœur de Bastide est venue souvent la voir pour lui rappeler de ne rien dire ».

Tout le monde suspendait son souffle et la question brûlait les lèvres. « Mais qui-est-ce, mais qui est-ce ? ».

Clémendot se faisait prier, se récriait, faisait la moue, invoquait les vertus de la discrétion tout en se délectant du spectacle de l’auditoire suspendu à ses lèvres. Rompant le silence, il dit avec une modestie contre faite.

«  Voyez-vous mes amis, même si je vous disais le nom de  cette femme, je ne craindrais pas de la diffamer car ses dérèglements et la publicité clandestine sont depuis vingt ans le trivial objet des gaillards propos de la ville et de la campagne, mais je ne le dirai pas. »

Une rumeur de déception parcourut la tablée.

« Je ne la nommerai pas, mais sachez qu’elle appartient à une famille qui jouit d’une grande considération, et dont un des membres occupe une des premières magistratures du pays. »

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 18:00

Episode 16 : Les confessions de la dame en noir.

J’avais trouvé la journée bien longue. Je l’avais occupée en rédigeant deux feuillets pour la « Gazette ».  Les courriers, que je recevais régulièrement de mon patron ; m’indiquaient que les lecteurs parisiens étaient friands de mes récits et demandaient toujours plus de détails.  La « Gazette » faisait chaque jour de nouveaux adeptes, les recettes étaient à la hausse. Ce qui n’empêchait pas, mon cher directeur de me régler irrégulièrement mes piges. Heureusement que mon ami Blaise me logeait gracieusement. Mon rendez-vous était pour vingt heures, j’avais pris la précaution d’avertir Blaise de ma sortie, en me gardant bien de lui en donner la vraie réponse. Il était, bien sûr, persuadé que j’avais un rendez-vous galant avec la belle Clarisse. D’ailleurs, lorsque je mis mon chapeau et m’apprêtait à partir, il ne put se garder de me mettre en garde une nouvelle fois.

                - Sois prudent, le lieutenant Clémandot est un homme sanguin, doublé d’une fine lame.

Lorsque je quittai la librairie, le jour était encore vaillant. Les quelques Ruthénois, qui maintenant me reconnaissaient, me saluèrent.  Je fis un tour jusqu’au bord de l’Aveyron en attendant l’heure fatidique. Comme 8 heures approchaient, le crépuscule s’installa lentement et je me glissai jusqu’à la cathédrale. Même, si j’affichais mon athéisme, la majesté du lieu totalement silencieux me donna des frissons dans le dos. Je trouvai, sans peine, le confessionnal indiqué et fidèle aux instructions de Clarisse, je m’installai en lieu et place du confesseur. Je ne patientais pas plus de cinq minutes. J’entendis le léger grincement produit par la personne qui s’agenouillait. Il était convenu que je ne chercherai pas à voir le visage de cette mystérieuse messagère, je ne tirais donc point la grille. Une voix à peine audible m’interpella

                - Vous êtes bien Monsieur Alvergnat ?

                - Comment voulez-vous que je vous le prouve si vous ne voulez point vous montrer !

                - C’est juste, je suis donc tenue de vous faire confiance.

                - Mais, si vous êtes l’envoyée de Clarisse, vous le savez.

                - Oui, elle m’a dit tout le bien qu’elle pensait de vous.

                - Vous l’en remercierez, je saurais me montrer digne de sa confiance.

                - Elle m’a conseillé de venir vous parler. A l’entendre, vous êtes le seul à pouvoir m’écouter sans me juger.

                - Je vous écoute.

                - Ce que j’ai à dire n’est pas un aveu facile.

Je me prenais de plus en plus pour un confesseur.

                - Vous pouvez me parler sans crainte.

                - Vous savez qu’il courre en ville un bruit de plus de plus insistant ?

                - Ils en courent tellement !

                - Oui, mais celui-ci est vrai. Il se murmure qu’une jeune femme se trouvait à l’intérieur de la maison Bancal au moment du crime. Et bien, cela est vrai, puisque  c’était moi !

                - Comment vous avez assisté à cet horrible drame ? Comment cela s’est-il passé ?

                - Je dois vous dire que je loge chez une dame extrêmement susceptible et qui a le tort de croire qu’il faut nécessairement avoir des mœurs. Elle aurait difficilement supporté les visites nocturnes d’un galant.

                - C’est la raison de votre présence dans la maison Bancal ?

                - Oui, j’avais coutume d’y retrouver un jeune de la campagne, au corps fort bien fait et à l’esprit joliment tourné.

                - Ce n’était pas un endroit particulièrement propice à la galanterie.

                - C’est vrai, mais c’est un endroit particulièrement discret, et fort utile lorsque les deux personnes ne sont pas libres.

                - Je comprends. Alors que s’est-il passé ce fameux soir ?

                - J’attendais mon galant dans la chambre qui nous était réservée, lorsque j’ai entendu le bruit d’un grand tumulte. Je me suis précipitée, il faisait presque noir. Un homme immense m’a saisie par la taille et m’a enfermée dans une sorte de cachot.

                - Vous êtes restée longtemps.

                - Je ne saurais le dire, tant j’étais terrifiée.

                - Alors vous n’avez rien vu ?

                - Non, mais j’ai bien vu que la maison avait été bouleversée. D’ailleurs, l’homme, qui,  je pense, m’a menacée,  s’est écriée «  Vous ne croyez pas qu’il faudrait lui régler son compte à cette petite grue ? ». Je dois le dire, c’est la mère Bancal qui m’a sauvée.

                - Vous vous êtes engagée au silence ?

                - C’est cela Monsieur. Mais, depuis ce fameux soir, je fais d’horribles cauchemars.

                - Mais vous n’avez pas vu les participants à cette horrible affaire.

                - Je ne peux le dire,  Monsieur, je suis tenue au secret. Mais tôt ou tard, je payerai mon imprudence, je le sais. Que dois-je faire Monsieur ?

                - Surtout, continuez à garder le silence, il en va de votre vie. Si vous pouviez vous retirer quelque temps de la ville !

                - Impossible, Monsieur, que deviendrait mon amoureux ?

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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