Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 18:56

Mankell : L’homme inquiet

 

Kurt, tu vas nous manquer. Depuis plus dix ans, tu étais comme notre oncle suédois, qui revenait chaque année nous narrer ses doutes, ses interrogations, ses inquiétudes ! Mankell l’a affirmé haut et fort : « L’homme inquiet » est le dernier de la série des « Wallander ».

Je dois dire que je suis resté dubitatif. L’intrigue n’a plus rien à voir avec les tueurs psychopathes du « guerrier solitaire » ou les fachos égarés de la « Lionne blanche ». Début 1983, Olof Palme,depuis peu à son poste de Premier ministre,  reçoit un rapport sur l'intrusion de sous-marins dans les eaux territoriales suédoises au moment des dernières élections législatives ; sous-marins que personne n'aurait réussi à forcer à faire surface. En cette période de guerre froide et compte tenu de la proximité, tout le monde pense aux Russes, mais aucune preuve ne peut être établie. Mankell n’a jamais caché son admiration pour John le Carré, et son intrigue a des parfums de « Smiley's People ». Soupçons d’espionnage au profit de le Russie, des Etats-Unis, se mêlent à la vie privée de Kurt, d’autant que les victimes (les coupables ?) sont les futurs beaux-parents de sa fille Linda. Car, au-delà de l’intrigue, le personnage central du roman est bien notre oncle Kurt.

. Le roman démarre comme un conte de fée. Wallander a réalisé une partie de ses rêves. Il a acheté une maison à Löderup, il a un chien « Jussy » et comble de bonheur, Linda s’est stabilisée, elle est désormais en couple avec Hans et cadeau suprême, elle offre à Kurt une descendance aux Wallader, grâce à Klara, dont elle accouche en début du roman.  Las, la belle quiétude va bientôt être plus que troublée. Hakan, le père de Hans, un ancien capitaine de frégate spécialisé dans la lutte anti-sous-marine, se confie à Wallander et revient sur cet épisode du début des années quatre-vingts auquel il a directement participé. C'est devenu une obsession pour lui : comprendre pourquoi à l'époque on a laissé filer sciemment les intrus. Peu de temps après,  Hakan disparait. Kurt ne peut se retenir de s’en mêler, après tout, il fait presque partie de la famille. Mais, on est loin du déroulement des enquêtes habituelles au commissariat d’Ystat. Fini les briefings interminables avec Lisa Holgerson, Anne-Brit Holgrund, de cette fine équipe, il ne reste que Martinsson  qui s’interroge sur sa fin de carrière.  Kurt va quasiment enquêter seul !

L’intrigue revisite l’histoire ambiguë de la Suède au moment de la guerre froide, pays « neutre » à deux pas de l’URSS. C'était l'époque des espions, des secrets, du second mandat d'Olof Palme, lui-même considéré par certains comme un dangereux espion russe et dont on n'expliquera jamais l'assassinat. Wallander gratte, fouille, cherche, et en même temps qu'il fait remonter ses propres souvenirs, c'est une part de l'Histoire suédoise qui refait surface. Forcément en eaux troubles…

Mais la puissance du roman est bien ailleurs ! Wallander s’interroge beaucoup sur sa vie, sur lui-même. Il se remémore quelques une des horreurs qu'il a croisées dans sa vie de policier, comment il a tenté, à sa manière, de faire changer ce monde en bien, d'en éliminer quelques malfaisants. Il se rappelle aussi comment ce métier, qu'il devra bientôt abandonner, lui a pris son temps, ce temps qu'il ne pouvait plus offrir à ses proches. Il ne veut pas finir comme son père, aigri, et surtout pas se contenter de compter paisiblement les derniers grains qui filent dans son sablier. Wallander est inquiet, c'est sa propre mort qu'il sent s'approcher. Au fond, il vit dans la terreur de la mort qu’il a si souvent croisée. Malgré la présence de Linda, il est bien seul à l’aube de la vieillesse. Baïba, son dernier amour s’envole, son vieil ami Sten Widén est parti lui aussi depuis longtemps.

On ne reverra pas l'inspecteur Wallander. Il va finir sa vie là-bas, au loin, face à la mer. Mais avant de partir, c'est un sublime au revoir qu'il nous offre, émouvant, profond, qui clôt une des meilleures séries du polar scandinave

 

Par Pierre Mazet
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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 17:04

Episode 15 La confession de Bancal

Cette journée du 3 mai devait me réserver encore  des surprises avant que je n’aille retrouver la mystérieuse inconnue dans le confessionnal de la cathédrale. Cette fois, c’est justement du chapitre de la dite cathédrale qu’arriva le nouveau rebondissement. Un jeune novice un peu bavard avait raconté que la veille de sa mort, Antoine Bancal avait éprouvé le besoin de se confesser. L’abbé Brast s’était rendu à son chevet en ayant pris soin de se faire accompagner du jeune novice, qui caché derrière la porte avait pris soin de noter les dernière paroles de Bancal. Bien entendu, ce nouveau libelle courait déjà dans tout Rodez sous le titre « Confession de Bancal, Mémoire de l’abbé Brast ». Blaise Carrère, que la religion laissait de marbre s’étonna, quand même du procédé. Je l’entendis murmurer à un client fidèle.

            - Je croyais qu’il existait un secret de la confession, on ne respecte plus rien.

Le libelle était un formidable condensé de tous les fantasmes qui courent aujourd’hui les rues de Rodez.  Soit Bancal était dans les délires d’une agonie qui avait du se prolonger, soit l’abbé Brast a arrangé la confession à sa sauce. Voici le déroulement du crime tel qu’il s’est déroulé selon les confessions de Bancal.

 Bastide s’est chargé de régler les derniers détails du complot. Après 19 heures, les événements commencent à se succéder à une cadence accélérée. Le contrebandier Bach hurle « faites retirer les enfants ». Soudain, une apparition venue peut-être de l’enfer, une femme voilée de noir frappe à la porte pourtant entrouverte. Bancal se précipite avec une chandelle et découvre une dame portant un voile noir sur la figure. Elle tremblait un peu et demanda à la mère Bancal « Personne ? » et la femme Bancal répondit « personne ». Puis ce fut comme une bourrasque. Bastide et Jausion viennent s’engouffrer dans l’arène sanglante en trainant Fualdès comme une défroque. Effrayée la dame voilée se réfugia dans un petit cabinet attenant à la cuisine. Une fois Fualdès allongé sur la table fatale, Bastide et Jausion lui ont demandé de signer des papiers. Malgré ses protestations, on l’obligea à le faire en utilisant une vieille écritoire dans la laquelle, il avait fallu mettre un peu de vinaigre. Au fur et à mesure Jausion glissait les papiers dans son portefeuille. Quand il eut terminé ce que Jausion lui demandait. Il dit : « Est-ce tout ? ».  Jausion ajouta

            - Après ce que je viens de faire, vous ne m’épargnerez pas.

            - Vous savez pourtant que je vous ai épargné, répondit Fualdès, en faisant allusion à l’affaire Marie Fraisse.

            - Vous en repentez-vous ?, s’écria Jausion

Bastide ajouta

            - Tu vois  bien qu’il s’en repend. Il faut en finir.

Fualdès se releva et réclama son chapeau. Mais Bastide le frappa à deux reprises et le poussa rudement. Bancal voulut s’interposer mais sa femme l’arrêta.

            - Est-ce que cela nous regarde ? Ce sont leurs affaires.

Fualdès continuait de se débattre.

            - Vous voulez-donc m’assassiner ?Ah ! Bastide ! Ah ! Jausion.

            - Allons, répétait Bastide, il faut en finir.

Collard s’élança, le couteau à la main. Annette le retint et lui dit « Baptiste que vas- tu faire ? » L’exécution se déroula comme l’avaient dit les enfants Bancal.  Le pauvre Fualdès fit un ou deux petits cris et comme le sang ne venait pas Collard redoubla ses coups. Pour finir, la bande se partagea les effets de la victime. Tandis que Bancal s’adjugeait le bas, sa femme avait jeté son dévolu sur la cravate et la chemise, qui étaient de toute beauté. Bastide et Jausion ne cessaient de marmonner : « Ce n’est pas à son argent que nous en voulions ; il le sait bien, et sait bien aussi qu’il n’a que ce qu’il mérite ». Quant à Collard, il ne cessait de proclamer « qu’on devrait en faire autant à tous ces gueux de riches ».

La lecture du libelle mit mon ami Carrère en furie.

            - Ils ne savent plus quoi inventer pour justifier cette justice qui ne pense qu’à fabriquer des coupables. On dirait qu’ils n’ont rien appris, même les juges de la terreur avaient plus conscience de l’équité.

            - Vous n’exagérez pas un peu Monsieur Carrère ?

            - Tu penses cela aussi, tu commences à te faire intoxiquer !

            - Non, mais je me dis que dans tout ce fatras, il y a peut-être des bribes de vérité !

            - Peut-être, mais pour moi toutes ces manœuvres n’ont qu’un but.

            - Lequel ?

            - Je suis sûr que Fualdès a été exécuté par des gens proche des nouvelles autorités, il faut donc très rapidement un coupable !

            - Et cette dame mystérieuse ? Elle sait peut-être des choses ?

            - Encore une invention pour accréditer leur thèse !

Je me gardais bien de lui parler de mon rendez-vous de la Cathédrale.

 

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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