Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 17:04

Episode 15 La confession de Bancal

Cette journée du 3 mai devait me réserver encore  des surprises avant que je n’aille retrouver la mystérieuse inconnue dans le confessionnal de la cathédrale. Cette fois, c’est justement du chapitre de la dite cathédrale qu’arriva le nouveau rebondissement. Un jeune novice un peu bavard avait raconté que la veille de sa mort, Antoine Bancal avait éprouvé le besoin de se confesser. L’abbé Brast s’était rendu à son chevet en ayant pris soin de se faire accompagner du jeune novice, qui caché derrière la porte avait pris soin de noter les dernière paroles de Bancal. Bien entendu, ce nouveau libelle courait déjà dans tout Rodez sous le titre « Confession de Bancal, Mémoire de l’abbé Brast ». Blaise Carrère, que la religion laissait de marbre s’étonna, quand même du procédé. Je l’entendis murmurer à un client fidèle.

            - Je croyais qu’il existait un secret de la confession, on ne respecte plus rien.

Le libelle était un formidable condensé de tous les fantasmes qui courent aujourd’hui les rues de Rodez.  Soit Bancal était dans les délires d’une agonie qui avait du se prolonger, soit l’abbé Brast a arrangé la confession à sa sauce. Voici le déroulement du crime tel qu’il s’est déroulé selon les confessions de Bancal.

 Bastide s’est chargé de régler les derniers détails du complot. Après 19 heures, les événements commencent à se succéder à une cadence accélérée. Le contrebandier Bach hurle « faites retirer les enfants ». Soudain, une apparition venue peut-être de l’enfer, une femme voilée de noir frappe à la porte pourtant entrouverte. Bancal se précipite avec une chandelle et découvre une dame portant un voile noir sur la figure. Elle tremblait un peu et demanda à la mère Bancal « Personne ? » et la femme Bancal répondit « personne ». Puis ce fut comme une bourrasque. Bastide et Jausion viennent s’engouffrer dans l’arène sanglante en trainant Fualdès comme une défroque. Effrayée la dame voilée se réfugia dans un petit cabinet attenant à la cuisine. Une fois Fualdès allongé sur la table fatale, Bastide et Jausion lui ont demandé de signer des papiers. Malgré ses protestations, on l’obligea à le faire en utilisant une vieille écritoire dans la laquelle, il avait fallu mettre un peu de vinaigre. Au fur et à mesure Jausion glissait les papiers dans son portefeuille. Quand il eut terminé ce que Jausion lui demandait. Il dit : « Est-ce tout ? ».  Jausion ajouta

            - Après ce que je viens de faire, vous ne m’épargnerez pas.

            - Vous savez pourtant que je vous ai épargné, répondit Fualdès, en faisant allusion à l’affaire Marie Fraisse.

            - Vous en repentez-vous ?, s’écria Jausion

Bastide ajouta

            - Tu vois  bien qu’il s’en repend. Il faut en finir.

Fualdès se releva et réclama son chapeau. Mais Bastide le frappa à deux reprises et le poussa rudement. Bancal voulut s’interposer mais sa femme l’arrêta.

            - Est-ce que cela nous regarde ? Ce sont leurs affaires.

Fualdès continuait de se débattre.

            - Vous voulez-donc m’assassiner ?Ah ! Bastide ! Ah ! Jausion.

            - Allons, répétait Bastide, il faut en finir.

Collard s’élança, le couteau à la main. Annette le retint et lui dit « Baptiste que vas- tu faire ? » L’exécution se déroula comme l’avaient dit les enfants Bancal.  Le pauvre Fualdès fit un ou deux petits cris et comme le sang ne venait pas Collard redoubla ses coups. Pour finir, la bande se partagea les effets de la victime. Tandis que Bancal s’adjugeait le bas, sa femme avait jeté son dévolu sur la cravate et la chemise, qui étaient de toute beauté. Bastide et Jausion ne cessaient de marmonner : « Ce n’est pas à son argent que nous en voulions ; il le sait bien, et sait bien aussi qu’il n’a que ce qu’il mérite ». Quant à Collard, il ne cessait de proclamer « qu’on devrait en faire autant à tous ces gueux de riches ».

La lecture du libelle mit mon ami Carrère en furie.

            - Ils ne savent plus quoi inventer pour justifier cette justice qui ne pense qu’à fabriquer des coupables. On dirait qu’ils n’ont rien appris, même les juges de la terreur avaient plus conscience de l’équité.

            - Vous n’exagérez pas un peu Monsieur Carrère ?

            - Tu penses cela aussi, tu commences à te faire intoxiquer !

            - Non, mais je me dis que dans tout ce fatras, il y a peut-être des bribes de vérité !

            - Peut-être, mais pour moi toutes ces manœuvres n’ont qu’un but.

            - Lequel ?

            - Je suis sûr que Fualdès a été exécuté par des gens proche des nouvelles autorités, il faut donc très rapidement un coupable !

            - Et cette dame mystérieuse ? Elle sait peut-être des choses ?

            - Encore une invention pour accréditer leur thèse !

Je me gardais bien de lui parler de mon rendez-vous de la Cathédrale.

 

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 17:36

Episode 14 : Où Gilbert ne refuse rien à Clarisse

Le reste de la journée s’écoula lentement. La librairie ne désemplit pas, je pus passer ma journée à parcourir les rayonnages. Moi, qui étais bien ignorant de l’histoire ruthénoise, je pus combler quelques lacunes grâce aux excellents conseils de mon ami Blaise. Les jours s’allongeaient et la nuit commençait à se faire attendre. Les rues se vidaient plus tard et les conversations pouvaient se poursuivre jusqu’à plus soif. Le crépuscule arrivait, quelques lecteurs s’attardaient encore dans les rayons. Monsieur Carrère était dans la réserve, à la recherche d’une édition particulière d’une œuvre de Restif de la Bretonne, lorsque Clarisse fit son apparition. A mon grand étonnement, elle portait une sorte de voile noire, un peu semblable à celui que portent les femmes espagnoles et qu’on nomme Mantille. Elle s’approcha rapidement de moi. Soucieuse, semble-t-il, de ne pas trop se montrer publiquement, elle m’entraina dans la cuisine.

            - Monsieur Alvergnat, j’ai senti dès la première seconde que je pouvais vous faire confiance.

Un peu embarrassé, je bafouillais ce qui vous voulait être une réponse de gentleman.

            - Je ferais en sorte de ne pas vous décevoir, madame.

            - Demain soir, un chanoine de mes amis m’a promis de laisser ouverte une porte latérale de la Cathédrale, celle qui donne sur le boulevard de L’Estourmel. Vers vingt heures, vous l’emprunterez et vous vous dirigerez vers le confessionnal situé à gauche en regardant la nef. La porte, qui abrite habituellement le confesseur sera ouverte. Vous y pénétrerez. Attendez quelques minutes, une personne digne de foi, vous apportera un témoignage capital dans cette affaire.

Mille questions me venaient à l’esprit. Mais la belle ne m’en laissa pas le temps.

            - Je ne peux m’attarder Monsieur Alvergnat, je compte sur votre discrétion. Personne ne doit être au courant de cette entrevue, pas même Monsieur Carrère, malgré toute l’estime que je lui porte.
 La belle disparut aussitôt, laissant derrière elle de délicats effluves de violette et de jasmin mêlés. J’étais encore sous le charme de l’apparition lorsque Monsieur Carrère vint me tirer de ma torpeur. Les derniers clients étaient partis et le  libraire requérait mon aide pour ranger les derniers ouvrages consultés.

            - Voilà encore une curieuse journée !

            - Oui, Gilbert, j’ai l’impression que nous n’allons jamais sortir de ce cauchemar.

Cette fois, je décidais de partager le repas de mon hôte et de ne pas aller errer dans les rues Rodez, la journée de demain s’annonçait riche en émotion.

Même si Clarisse peupla mes rêves, je dormis du sommeil du juste. La journée commença en fanfare. Alors que nous attendions, comme à l’accoutumé, la visite du docteur Albuy, c’est Monsieur le Baron de Vautré qui pénétra dans le magasin. Il venait nous annoncer son départ imminent et tenait à saluer Monsieur Carrère qui avait toujours été de bon conseil. Avant de nous quitter, il se tourne vers moi.

            - Ainsi Monsieur, vous rapportez les péripéties de l’affaire dans les journaux parisiens.

            - Je n’ai pas cette prétention, mon Général, mes articles ne sont publiés que dans une feuille à faible tirage.

                - Il faut un début à tout. J’ai toujours été fasciné par le fait que la populace soit aussi friande du récit de ses méfaits.

            - La populace, puisque vous l’appelez ainsi est aussi avide de savoir les méfaits et les crimes commis par les notables et ce que nous appelons la « bonne société ».

            - Certes, mais je me demande bien d’où vient cette fascination.

            - Le crime est parfois un miroir qu’on tend à la société.

            - Enfin, je dois appartenir à un autre monde. Mais, avant, je vous voulais vous faire part des derniers bruits concernant cette sinistre affaire. Le parquet n’a pas trainé pour demander l’autopsie de Bancal. Elle a mobilisé par moins de six experts.

            - Ils ont abouti à des conclusions ?

Il me tendit un papier.

            - Tenez jeune homme, vous êtes mieux à même que moi de décrypter ce charabia.

D’après ces messieurs, Bancal présentaient des signes « qui peuvent se rencontrer dans le cas d’empoisonnement par des substances végétales ou minérales » Malgré tout ils en concluaient que le décès était dû «  à une fièvre oeudématique très grave, aux vices de la constitution physique d’Antoine Bancal, à une diathèse humorale, à l’infiltration générale consécutive de son état maladif, et à son inertie vitale ».

En bref, Bancal pouvait fort bien avoir été empoisonné, sans qu’on puisse exclure toutes les autres causes. Autant dire que l’autopsie n’avait servi à rien !

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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  • : 07/01/2009

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