Même s'ils ne répondent pas aux mêmes critères, les romans policiers d'origine anglo-saxonne, mais aussi et surtout ceux que l'on qualifie de « polars du Nord » du désormais célèbre Suédois Henning Mankell, pèsent, pour les libraires interrogés, lourdement sur le roman policier bien de chez nous. L'émergence de ces nouveaux auteurs, faisant appel à des univers neufs pour le lectorat français, et la qualité d'écriture sans cesse confirmée des Ed Mc Bain, Michael Connelly, ou même - un cran en dessous - Harlan Corben, voilà qui laisse de moins en moins de place à nos polars sur les tables des libraires. Le polar ayant perdu son rôle subversif, il était inévitable qu'il laisse la place à de nouveaux genres, comme le thriller, le policier historique ou encore les histoires de sérial-killers.
Il n'est d'ailleurs pas faux de penser, que le sérial-killer dans les romans policiers français a en partie tué le polar français. La facilité d'écriture de ce type d'ouvrages, l'absence de dimension sociale, des thématiques à l'Anglo-saxonne (le tueur, le flic et la traque), sont autant d'éléments qui ont fait mouche auprès des lecteurs, à qui cette écriture plus conformiste a su plaire largement. Admettons aussi qu'en cette période de sinistrose, le lecteur moyen n'a guère le goût de retrouver dans ces lectures, ce qu'il vit désormais au quotidien (délinquance, insécurité, banlieues...). Car malheureusement, le polar énonce des faits, constate, et dépeint désormais plus les situations qu'il ne les dénonce, les bouscule, ou les combat.
Paradoxalement, c'est en cette période difficile pour le polar que les libraires n'ont jamais vu arriver autant de romans policiers. Vraisemblablement, c'est en cassant ses propres codes et en s'ouvrant sur les romans ésotériques ou surnaturels, et en répondant à la déferlante étrangère par de plus en plus de thrillers à la Française (à l'image de la chambre des morts de Franck Thilliez) que le domaine du roman policier s'est écarté aussi rapidement de la veine du polar noir, en s'ouvrant vers de nouveaux terrains de jeu. L'effet de l'adaptation de plusieurs romans policiers ces dernières années à aussi joué semble t-il, un rôle important sur ce petit monde. Les éditeurs cherchent désormais, bien plus qu'avant, le roman qui dopera le chiffre d'affaire par ses droits d'adaptation, et les auteurs, malheureusement un peu trop suivistes, délaissent le polar pour les ambiances historiques ou des aventures ésotériques plus dans l'air du temps et mieux adaptées au grand public. Les « Rivières pourpres » de Grangé, ou plus près de nous « Ne le dis à personne », auquel le talentueux Tonino Benacquista prêta sa plume, ont d'ailleurs été à ce titre exemplaires en termes de ventes d'ouvrages et de fréquentation des salles. Mais, ce ne sera l'explosion qu'avec l'effet d'entraînement à double sens qui s'amplifiera après la sortie au cinéma du « Da Vinci Code », succès avant tout médiatique - aussi bien pour le livre que le film - qui dopera la création dans le genre littéraire Surnaturel-Historique, et suscitera un attrait des lecteurs pour ce genre, qui ne se dément pas depuis lors.
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