Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /2009 08:36

Le polar

Ne demandez pas à dix personnes de vous donner une définition du polar, vous auriez certainement dix définitions différentes… Ce bon vieux Larousse lui, nous dit qu’il s’agit d’un « film ou d’un roman policier ». Nous voici bien avancés !

Le terme "polar" est né en France dans les années 1970 de "policier" et d'un suffixe argotique pour désigner un film policier puis, plus généralement, un film ou un roman policier. Il peut être employé comme terme générique englobant les termes plus spécifiques "roman policier" (apparu en France en 1890), "roman à énigme", "roman noir" ou "hard boiled", "roman à suspense", "néo-polar", etc., qui correspondent à différentes formes du genre.

Le roman policier classique (période comprise entre Conan Doyle et Agatha Christie) est appelé "roman à énigme", "roman- problème" ou "roman-jeu". Il propose au lecteur de résoudre une énigme criminelle. C'est un rébus sous forme narrative. L'une des règles du genre veut que le lecteur et le détective aient des chances égales d'élucider le mystère. L'auteur présente le résultat (le plus souvent un meurtre) avant la cause (le coupable) et distille les indices minutieusement dosés tout au long du récit afin de permettre au lecteur d'élaborer lui-même le travail d'élucidation que mène l'enquêteur. Tout dans le roman à énigme doit être fonctionnel : en sont par exemple bannies les descriptions et les analyses psychologiques qui ne sont pas régies par les besoins de l'intrigue ainsi que les intrigues amoureuses, susceptibles de détourner l'attention du lecteur de l'énigme, de déranger le mécanisme du problème intellectuel.

Le héros est le détective. C'est un génie de la déduction doué d'un don d'observation exceptionnel, d'une minutie frisant la maniaquerie; il est courtois et rigoureux, mais extravagant et plein de bizarreries. Il agit peu, mais apprend. Rien ne peut lui arriver : une règle du genre postule l'immunité du détective.

La solution est inattendue mais logique. Le processus de détection est divisé en plusieurs étapes et fait appel au raisonnement. L'enquêteur, face à l'énigme du cadavre, commence un travail d'observation et d'interrogations. Il enregistre tous les aspects du lieu du crime, du comportement des suspects et de leurs réactions verbales à ses premières questions. Il élabore une hypothèse de travail qui lui permet de conduire les interrogatoires vers un but de plus en plus précis. Il intercale des phases de consultation, en discutant soit avec un collaborateur (souvent borné) soit avec lui-même. Il passe à la conclusion en exposant les mobiles et le déroulement du crime et oblige l'assassin à se démasquer et à admettre sa culpabilité.

C'est un roman (vs le roman d'aventure) qui exige une société fermée (le groupe familial ou professionnel, le lieu géographique étroit, le groupe isolé arbitrairement : chemin de fer, paquebot) aux rites élaborés (vs le roman picaresque, ouvert à tous les possibles romanesques).

La position narrative est la focalisation : le narrateur ne peut pas, par définition, être omniscient; chaque fait est perçu à travers un personnage-point de vue. Le récit prend souvent la forme de mémoires. L'histoire est souvent racontée par un ami du détective. Le sujet du livre est moins "ce qui s'est effectivement passé" que "comment le narrateur en a pris connaissance".

Le style doit être transparent; la seule exigence à laquelle il obéit est d'être simple, clair, direct.

Aux formes relativement figées du roman-problème s'oppose la structure plus perméable du "roman noir", né aux États-Unis après la deuxième guerre mondiale. Là le meurtre ne sert pas de déclencheur obligatoire aux opérations du détective. Il a lieu au cours du récit. La structure n'est plus rétrospective mais prospective. Il n'y a pas de point d'arrivée à partir duquel le narrateur embrasserait les événements passés; le lecteur ne sait pas si le héros survivra. Celui-ci a perdu son immunité : il se fait blesser, risque sans cesse sa vie. Il est intégré à l'univers des autres personnages, au lieu d'être l'observateur indépendant des romans à énigme. Pour le lecteur, l'intérêt n'est plus la curiosité (qui veut aller de l'effet à la cause) mais le suspense : l'attente angoissée de ce qui va arriver.

L'énigme et le mystère ne jouent plus qu'un faible rôle dans le roman noir, qui lui a substitué l'action. L'acte criminel, éludé par le roman-problème, est ici susceptible de représentation. Le coupable est tôt démasqué. L'intérêt du lecteur ne porte que secondairement sur un problème à résoudre. Il s'attache principalement à la tension dramatique. Le roman noir se rapproche en ce sens du roman d'aventure : il ne s'agit plus d'identifier les coupables mais de les capturer, de les mettre hors d'état de nuire. Il s'ensuit bagarres, fusillades et filatures en séries.

Le roman noir trouve encore son originalité dans ses thèmes. C'est autour de constantes thématiques qu'il se constitue : la violence, le crime souvent sordide, la passion désordonnée, la haine, l'amoralité des personnages. Le crime prévaut sur l'enquête, qui n'est souvent qu'un prétexte à la peinture de la corruption des milieux urbains. L'énigme ponctuelle provoquée par le meurtre sous- tend une problématique plus générale, un état de dégradation de la société que l'enquête a pour tâche de mettre à jour. De divertissante, la littérature policière devient engagée. La description des milieux de malfaiteurs, l'analyse des circonstances psychologiques et sociales remplacent le jeu du "qui a tué?".

Alors que le roman policier classique semblait figé dans le manichéisme, le roman noir juxtapose des incarnations d'un monde négatif, le gangster et le "privé". L'éthos des personnages baisse. Le héros n'est plus un détective distingué, c'est un hard boiled, un "dur à cuire", solitaire, violent, désabusé, grossier et se trouvant souvent à la limite de la légalité. Il ne résout plus les énigmes de son bureau mais arpente les quartiers mal famés. Le criminel est souvent un professionnel (le tueur à gages) qui ne tue pas pour des raisons personnelles. C'est souvent un policier.

Le roman noir renoue avec les modes d'écriture traditionnels de la littérature fictionnelle. Le développement narratif ne s'oriente pas en ligne continue mais admet des variations rythmiques, l'enchaînement d'épisodes relativement clos et l'insertion d'unités descriptives.

Le détective-aventurier évolue dans un environnement topographique et sociologique diversifié. Son enquête devient ainsi un témoignage sur la spécificité d'une communauté humaine, d'un espace urbain, d'un processus écologique et politique. L'investigation fournit presque toujours un supplément de connaissances à travers une vision insolite et un discours dénonciateur.

Certains traits de style appartiennent en propre au roman noir. Le héros est un marginal, un déraciné; il comprend la gamme entière des sociolectes. L'ouverture du roman noir aux registres de l'oralité et à tout un style de la sobriété et de l'immédiateté prend ici son origine.

Le roman noir américain a suscité en France, alors que la source américaine commençait à se tarir, la naissance du "néo- polar" (terme inventé pour le différencier de la production antérieure par Manchette) à la fin des années 1970. Produit de l'esprit révolutionnaire et anarcho-gauchiste de mai 68, roman de la révolte et de la dénonciation des inégalités sociales, du racisme, des "magouilles" politiques et des bavures policières, le néo- polar se moque que le crime soit élucidé et que justice soit faite. Le crime n'est plus nécessaire, le suspense naît tout entier de la réalité sociale. De nouveaux auteurs comme Manchette, Siniac, Jaouen, Delacorta, Alexandre Varoux et surtout Michel Lebrun bouleversent les règles du genre. L'histoire se modifie, change de décor, rôde autour des H.L.M., s'intéresse aux chômeurs, aux écologistes, prend pour héros des terroristes ou des C.R.S. et pour thème, par exemple, le passé du secrétaire général d'un grand parti de gauche.

Indifférent aux modèles et aux catégories, le néo- polar mêle roman psychologique et roman d'espionnage, chronique politique et chronique sociale.
Par Pierre Mazet
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

coup de coeur

Depuis le temps que j'en cherchais, il fallait bien qu'en trouve un.. Voila un polar écolo.. je vous livre brut de décoffrage, le 4ème de couv.

À Hoellic, Morbihan, le boulot de maire ne sent pas la rose : dans une campagne où les agriculteurs cherchent désespérément des débouchés honorables pour les déjections de leurs bestiaux, Solenn Triquenot préside le syndicat pour la collecte et l’élimination des ordures. Les comptes sont louches, les décharges fuient, l’incinérateur égare ses cendres toxiques. Quand l’homme de la présidente périt dans son poulailler industriel, c’est signe que les entreprises contractantes ont cessé d’opérer en douceur.
Sujet intéressant, après tout la protection étant devenu une cause sacrée, il n'est pas étonnant que quelques une cherchent à améliorer leur ordinaire voir bâtissent des fortunes en nous faisant croire qu'il font le bien de l'humanité. Au-delà du sujet, j'ai trouvé l'intrigue intéressante surtout qui nous emmène dans la réalité bretonne d'aujourd'hui. La musique celte et les crêpes se mélangent à la "modernité" de l'élevage industriel... vraiment captivant de ce côté là !
A l'auteur : Helène Crié-Wisner dans la série noire chez Gallimard

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus