L’expresso chez le libraire
Aussi bien que l’expresso exprime l’âme du café, les nouveaux auteurs du « noirs italien », nous plonge dans un Italie, loin des clichés et des palais. C’est dans la réalité quotidienne des Italiens que s’ancrent ces petits récits.
Ce livre est sorti en Italie, chez Einaudi, en 2005 sous le titre Crimini, Crimes. Ammaniti, Camilleri, Carlotto, De Cataldo, Fois… ils sont en tout dix auteurs italiens à signer ces neuf petits polars. Ce sont des nouvelles entre 25 et 60 pages, souvent des petits bijoux, comme les pages d'Ammaniti, de Carlotto et de Camilleri parfois un peu décevants comme le texte de Faletti. Mais dans l'ensemble c'est une opération réussie et très intéressante. Côte à côte, l'un après l'autre, vous trouverez les protagonistes de cette nouvelle " école littéraire ", qui fait fortune dans la Péninsule, celle de la " littérature noire italienne ", comme l'explique bien Giancarlo De Cataldo dans l'avant-propos. « Nous parlons d'un groupe d'auteurs qui […] ont en quelques années fondé et imposé une manière résolument originale de raconter les mythes, les rites, les splendeurs (rares) et les misères (nombreuses) de la réalité contemporaine ». Oui, car il ne faut pas oublier que l'Italie n'a pas de tradition dans la matière.
Une des caractéristiques de cette " manière " est sans aucun doute le lien étroit avec le territoire, la ville ou la région, où l'intrigue se développe. La nouvelle d'Ammaniti extirpée de Rome et
implantée ailleurs perdrait pas mal de sa force, et c'est pareil pour les autres, notamment pour Carlotto avec Venise et la Vénétie et Camilleri avec sa Sicile. Le polar devient, entre autres,
une déclaration d'amour de l'auteur à sa ville, rendant ce recueil une sorte de Giro d'Italia, un tour d'Italie du crime et des commissariats.
Un autre aspect commun à presque tous ces auteurs est leur côté " engagé ". Les policiers sont rarement des héros dans le sens traditionnel du terme, durs et intransigeants. Bien au contraire,
ils sont très humains. Ils hésitent, ils doutent. On les voit avec toutes leurs faiblesses, leurs frustrations de devoir appliquer des lois, pour rétablir un ordre dont ils ne partagent pas
toujours le fond, et leur penchant pour une justice qui ne coïncide que rarement avec celle des tribunaux. C'est un des traits de l'inspecteur Campagna de la nouvelle de Massimo Carlotto.
La séparation manichéenne entre les bons et les méchants, typique d'un certain filon de cette littérature, n'a pas de droit d'asile parmi ces écrivains. La " zone grise ", comme l'appelle Primo
Levi, là où le bien et le mal se mélangent, est justement l'élément prépondérant, la matière dont est formée la plupart des personnages et des situations.
Les dix de la bande.
Ammaniti Camilleri : Mon Trésor
Massimo Carlotto : Mort d’un indic
Diego De Silva : La tanière de Teresa.
Giorgio Faletti : L’invité d’honneur
Sandrone Dazieri : La dernière pique.
Andréa Camilleri : Equivoques et malentendus.
Marcello Fois : Ce qui manque.
Giancarlo De Cataldo : L’enfant enlevé par la Befana.
Carlo Lucarelli : Le troisième coup de feu.
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