Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 18:57

Pas d’entrée en matière, on entre dès la première page dans le vif du sujet. Un parking glauque de la proche banlieue parisienne dans lequel tapinent quelques filles de l’Est. Trois hommes débarquent, ce n’est pas le relevé des compteurs, juste des taxeurs qui prélèvent leur dime en nature ou en espèces.. Trois flics de la BAC …..

 

Au commissariat de Panteuil, ville que l’on imagine aisément dans la banlieue Nord-Est, coincée entre Pantin et Montreuil, arrivent deux petits nouveaux :

 

- Sébastien Doche qui hérite de Panteuil sa première affectation de jeune policier stagiaire. Ex-voyou, il arrive du Nord dans cette proche banlieue parisienne après avoir décidé de changer de vie le jour où son meilleur pote s'est tué au guidon d'un scooter volé. Il découvre "son" commissariat. Pas brillant…

- Isabelle Lefèvre est dans la même situation, sauf qu’elle apprend vite, à ses dépens, qu’une  femme dans un commissariat, même avec un uniforme, est une proie.

 

Roman après roman, Dominique Manotti continue d’explorer l’arrière cour de notre société. Après « Lorraine connexion » et les dérives du capitalisme financier, elle s’attaque à l’instrumentalisation de la situation des banlieues au service des ambitions d’un homme politique. Pas de doute, nous sommes bien en 2005. Le ministre de l’intérieur ne cache pas ses plus hautes ambitions. L’angle de la campagne est fixé, il sera sécuritaire. La police est enrôlée dans les troupes. La description du système est implacable. Un commissariat pourri, sous la direction d’une commissaire ambitieuse est au centre d’une manipulation qui crée le désordre pour mieux l’exploiter ensuite. Sous l’œil complaisant des médias la police devient une extension du champ politique et non plus une simple affaire de sécurité, comme en témoigne les discours de la commissaire Le Muir.

 

« Il serait très exagéré de dire que l'ordre républicain règne dans les ghettos. Pour qu'un certain ordre y règne, il faudra que se développent des réseaux d'autorités ethniques et religieux propres aux gens qui les peuplent. Ce sera long, mais nous y travaillons. En attendant, nous tentons d'assurer, à un coût socialement acceptable, le confinement des problèmes et la stabilité de l'ensemble de la société française. Car, ne nous y trompons pas, aujourd'hui, c'est la peur de l'insécurité, fortement corrélée à la peur de l'étranger, la hantise du ghetto, à la fois hyper réel et fantasmé, qui sont les ferments de la cohésion sociale.

 

On assiste à un documentaire autant qu’à un récit. Un documentaire, qui fait froid dans le dos. Certains trouveront Bien Connu des Services de Police extrêmement pessimiste dans le constat. À voir. On peut au moins lui reconnaître une chose : sa lucidité.

 

Présentation de l’éditeur :

« La voiture roule au ralenti, phares allumés, dans les ruelles désertes d’un quartier d’entrepôts à la périphérie nord de Paris. A cette heure tardive, au milieu de la nuit, l’ambiance de ce coin de banlieue est sinistre : grilles fermées sur des cours encombrées de détritus, rideaux de fer baissés et taggués, pavés défoncés, trottoirs effondrés, lampadaires éteints, silhouettes massives et noires des entrepôts, tassés les uns contre les autres. Le silence, l’immobilité sont tels que toute présence humaine évoluant à l’air libre ne pourrait être perçue que comme une menace. Dans l’habitacle de la voiture, faiblement éclairé, trois hommes, le chauffeur et ses deux passagers. Ils se ressemblent. Jeunes, costauds, cheveux ras, blousons de toile légère, jeans et baskets. Leurs gestes, leurs mots, leurs silences s’accordent, bouts de phrases sans importance, chewing-gums, rires, regards traînants aux alentours, dans une familiarité décontractée. Une radio grésille en bruit de fond sans que personne n’y prête attention. On se rapproche de Paris. Un cube de béton, coincé entre la zone d’entrepôts et le boulevard périphérique, apparaît au détour d’une ruelle. Cinq étages de parking, posés à l’entrée nord de Paris. A bord, la tension monte d’un cran. Les hommes se redressent, soudain silencieux, attentifs, une touche d’excitation. La voiture s’engage lentement dans la voie d’accès. »

 

 

Par Pierre Mazet - Communauté : Littérature policière
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 18:34

L’incroyable destin de Clarisse Manzon (27) : Un mobile plausible ???

 

Les témoins à décharge furent condamnés à faire de la figuration. Et quand bien même, comment prêter la moindre importance aux affirmations du forgeron Ginisty qui avait vu Bastide-Gramont quitter Rodez deux heures avant le crime, et, plus encore, au témoignage de Charlotte Arlabosse, la maîtresse du prévenu, qui disait avoir passé la matinée du 20 mars en sa compagnie ! L’ancien commissaire de police Constans était venu faire état des rumeurs dont il avait été assailli alors que le cadavre venait à peine d'être découvert.  Il confirma qu'il avait accordé « peu d'importance au rapport de la femme Girou, sachant qu'elle était bavarde et qu'elle donnait souvent des fausses nouvelles ››. A ces mots, la femme Girou, qui était dans le prétoire, provoqua un esclandre suivi d'un tollé orchestré par les mégères de Rodez. Le président reprocha vivement au témoin son imprudence. D'ailleurs, Constans avait été démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de négligence au début de l’enquête et ses propos étaient sans poids. Des témoignages ã décharge furent passés sous silence. Ainsi l'abbé Dijols, qui avait été précepteur de Bastide et que l’éloignement, la maladie et le grand âge clouaient au logis, avait-il écrit au juge d'instruction pour lui donner l’assurance, qu'en dépit des rumeurs auxquelles l'accusation accordait une si grande importance, le prévenu avait toujours été le meilleur des fils. Mais il n'en fut pas fait état à l’audience. Surtout, les joueurs de vielle, auxquels la rumeur attribuait un rôle privilégié dans la mise en scène du crime, avaient été retrouvés, et le dossier d'instruction en a gardé la trace. Il s’agissait de Jean-Pierre Berlier et de Jean-Baptiste Brès, respectivement âgés de trente et trente-deux ans. Or, ils avaient affirmé n'avoir pas joué à huit heures, le soir du crime, à l’entrée de la rue des Hebdomadiers, mais entre six et sept heures à l'angle de l'Ambergue gauche et de la place de la Cité. Les magistrats en conclurent qu'il ne s'agissait pas des bons joueurs de vielle et leurs dépositions furent gardées secrètes. Dans la multitude des paroles semées pêle-mêle dans le prétoire, deux témoignages méritent d'être retenus. Celui de M. de Séguret, président du tribunal de commerce, et l’inénarrable prestation de Mme Manzon qui, comme chacun s'y attendait, allait marquer le point fort du procès. M. de Séguret était l'un des notables les plus respectés de Rodez. Ses opinions étaient oraculaires, et sa distinction intellectuelle le mettait au-dessus des petites gens qui défilaient à la barre dans un esprit de chicane ou de commérage. Mais tous les Ruthénois étaient alors assaillis de fantasmes et Séguret n'échappait pas à la règle.

 

« J'étais dans cette confusion d'idées et de conjectures lorsqu’un commerçant de cette ville m'assura qu'il était à sa connaissance que le sieur Fualdès, entraîné par ses rapports avec Jausion, lui fournissait des signatures de complaisance que Jausion négociait à son profit personnel, c'est-à-dire que Jausion empruntait au nom de Fualdès des fonds qu'il retenait pour les faire valoir à son profit. « Cette notion nous parut être un trait de lumière et une explication vraisemblable d'une multitude de faits qui avaient jusqu’alors paru incohérents. Il était impossible de supposer que le sieur Fualdès n'eût pas retiré une contre-lettre, une déclaration quelconque, une promesse de garantie, pour les signatures de complaisance qu'il fournissait à Jausion. »

L’argument était grandiose, mais il ne reposait que sur l’imagination d'un président de tribunal de commerce qui avait l'obsession des opérations de basse besogne financières. Jausion montra bien l’incohérence du raisonnement en soulignant qu'il ne pouvait être en même temps acquéreur de Flars et débiteur de Fualdès. Mieux ! Appelé à la barre, le commerçant qui avait renseigné Séguret sur les prétendues signatures de complaisance consenties par Me Fualdès déclara qu'il n'avait articulé que des « suppositions » et que « tout se réduisait à des conjectures ». La formidable construction de Séguret n'en impressionna pas moins les jurés et l’opinion tout en confortant l’image trouble de financier véreux qui pesait sur Jausion. Avec l’entrée en scène de Mme Manzon, le 22 août, allait se jouer un autre morceau de bravoure. Mais de l’austère grandeur oratoire d'un Séguret, on allait sombrer dans une grotesque parodie de tragédie néo-classique.

 

 

Par Pierre Mazet - Publié dans : Clarisse
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