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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /2009 08:32

Le polar un mauvais genre (2)


Dans les années 70,  ce genre est encore largement - et il le sera pendant bien longtemps - considéré comme un sous-produit littéraire, dont les auteurs seraient des types plus ou moins fréquentables, et surtout, qui ne sauraient être considérés comme de véritables écrivains. Entre les années soixante-dix et quatre-vingt, apparaît ce que les quelques critiques intéressés au genre appelèrent le « néo-polar ». Roman social souvent très violent, qui est avant tout considéré comme un moyen de dénoncer l'injustice et de défendre une certaine idée de la société. C'est pourquoi l'on y trouve nombre d'auteurs engagés politiquement ou syndicalement. Bien qu'ayant déjà acquis chez nos voisins outre-Atlantique ses lettres de noblesse, le polar est encore loin d'être considéré en France comme un genre à part entière. Pourtant déjà, quelques perles sont apparues, comme, l'on ne peut plus célèbre « Touchez pas au grisbi », d'Albert Simonin, qui s'est payé le luxe en 1953 d'utiliser le premier le parler argotique des voyous, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle forme d'écriture, dont Frédérique Dard - entre autres - exploitera plus tard, largement le filon. Bien des années après, Hervé Prudon, avec « Mardi gris » en 1978 (devançant de peu F. H. Fajardie qui a attendu six ans avant de se voir édité en 1979) suscitera l'admiration de J-P Manchette qui dira dans Charlie-Mensuel en 1981 « Prudon est une exception...la furia avec la maestria, c'est assez notable... ». Peut-être finalement, manquait-il en France d'auteurs capables de renouveler le genre policier et lui apporter un véritable souffle... Des auteurs engagés. Car au fond, c'est surtout au travers de ses auteurs que se définit le polar français, dont Jean-Pierre Manchette, qui fut l'un des papes du néo-polar, dit en 1993 qu'il s'agit d'un « roman de critique sociale qui prend pour anecdote des histoires de crimes ». Quoi de plus normal donc, que ce soit des auteurs engagés qui portent ce courant littéraire vers un genre à part entière. Frédéric H. Fajardie, qui devient très tôt militant au sein de différents mouvements maoïstes, A.D.G (de son vrai nom Alain Fournier), et celui que certains considèrent comme son « double gauchiste » Jean-Pierre Manchette, militant très engagé notamment contre la guerre d'Algérie. Des hommes qui utilisent le polar comme un moyen de revendiquer leurs opinions politiques, de faire passer leur message, mais aussi et peut être surtout, comme une nouvelle façon de dépeindre une société qu'ils désirent voir changer de fond en comble. De cette nouvelle vague qualifiée de « néo-polar » suivront - entre autres - des gens comme Thierry Jonquet et Didier Daeninckx qui continueront à leur façon, de dépeindre à travers leurs ouvrages une société dont ils dénoncent, chacun à leur manière, les travers et les errements. Parfois même, peut être avec un peu trop d'empressement, comme en témoigne la longue polémique et la guéguerre, entre plusieurs auteurs, jusque par livres interposés, au centre de laquelle se trouvera Didier Daeninckx. Plusieurs années d'accusations et de dénonciations des activités des uns ou des engagements des autres dont ne sortent pas grandis les divers protagonistes, et surtout qui auront contribué à diviser le genre et à en donner une bien mauvaise image. Les initiateurs du genre ne se sont - eux - pas contentés de donner une nouvelle direction au roman policier, ni de défricher un genre qui n'avait guère de place dans l'univers de la littérature, puisqu'ils ont posés eux-mêmes ce qui restera les bases et les codes du polar. Des hommes qui racontent ce qu'ils vivent, qu'ils dénoncent ou revendiquent, certains, comme Hugues Pagan - ancien policier -, transposant dans leurs livres ce qu'ils ont pu voir d'une société dont ils ont vidé les poubelles pendant des années. C'est ainsi, que polar et société se retrouvent si intimement liés. Ce n'est donc pas un hasard si tous ces « raconteurs » se sont exprimés au moyen du polar. C'est bien, comme le dit F.H. Fajardie, que, « dans le polar, ce n'est pas qui a tué qui compte, ce qui compte, c'est pourquoi on tue, et c'est cela le vrai polar. » Peut être, comme le pensent certains, que, lorsque dans vingt ans on voudra se faire une idée de ce qu'était la société dans les années 70-80, il sera tout aussi édifiant d'ouvrir un polar de ces années là, qu'un livre d'histoire... Mais les temps changent et la société évolue. Moins de choses à dénoncer, c'est autant de livres en moins à écrire pour les auteurs de polars. Rien d'étonnant alors, qu'un genre qui était au départ, sauvage et révolté, perde un peu de sa vigueur tandis que la société se ramollissait, et perdait le sens même de cette notion d'aventure si propre aux années 70. Pourtant, le polar français n'est pas seulement victime de sa trop grande proximité avec la société qu'il raconte, car nos voisins Anglo-saxons et les romans policiers nordiques - entre autres - font désormais recette, venant concurrencer un domaine qui semble depuis quelques années, manquer d'un second souffle...

Par Pierre Mazet
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