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Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Mon coup de cœur de la semaine : L’affaire de Road Hill House de Kate Summerskale
Au matin du 30 juin 1860, à Road, dans le Wilthshire (Ouest de l'Angleterre), la nurse de la famille constata que le lit d'un des enfants dont elle
avait la charge, le petit Saville, 4 ans, était vide. Plus tard dans la matinée, on retrouva le corps sans vie du garçonnet - il avait été égorgé, peut-être préalablement étouffé - dans
les latrines des domestiques. Pour la police locale, l'évidence s'imposa que le crime n'avait pu être commis que par une personne habitant la propriété : les parents du garçon, les frère et
soeurs aînés, nés du précédent mariage du père, ou les domestiques. Au total, une douzaine de personnes, pas davantage. L'énigme eût dû être rapidement résolue, pourtant ce ne fut pas le
cas : le crime de Road Hill House allait devenir l'une des affaires criminelles les plus tonitruantes de l'histoire anglaise.
L'écrivain Kate Summerscale s'est immergée dans les innombrables archives policières de l'enquête et dans la presse enflammée de l'époque pour retracer les péripéties des investigations et
resituer les faits dans un tableau plus vaste et passionnant : l'Angleterre du mitan du XIXe siècle, les moeurs de la société victorienne. Un fait divers ne frappe à ce point les esprits que
s'il cristallise les angoisses d'une époque. L'auteur décrypte et souligne ce qui fait de l'affaire de Road Hill House un crime « exemplaire » : il ne touche pas une famille socialement
déclassée, mais la nouvelle classe moyenne aisée née de l'industrialisation ; il offre au public l'intimité d'une cellule familiale, offrant aux regards plus ou moins voyeurs le linge sale qu'on
n'expose pas d'habitude, les turpitudes réelles ou supposées : secrets, hontes, tromperies.
En outre, les spéculations sur les meurtriers présumés rencontrent les théories scientifiques en vogue, dans le sillage de Darwin et de la médecine aliéniste... La
presse populaire ne se fait pas prier pour relayer les moindres détails de l'enquête, mais aussi les controverses qui opposent les enquêteurs entre eux. Car l'affaire de Road Hill House voit
intervenir un nouveau personnage dans la société et l'imaginaire anglais : le détective. En l'occurrence, le très intuitif Jack Whicher, membre de la nouvelle section d'investigations de
Scotland Yard, dépêché par Londres dans le Wilthshire.
Outre la minutie implacable avec laquelle il retrace les faits, le livre de Kate Summerscale a l'originalité de mettre en parallèle cette affaire et le roman policier anglais naissant pour
montrer combien les romanciers d'alors se sont passionnés pour le personnage de Whicher et pour le secret enfoui dans le passé de la famille Kent, dont l'enfant fut la victime expiatoire. Le
drame nourrit Pierre de lune, de Wilkie Collins, considéré comme le roman fondateur de la littérature policière, mais aussi des ouvrages de Dickens, de Mary Elizabeth Braddon, et même
Le Tour d'écrou, de James.
Le poète T.S. Eliot soulignait que les fictions policières impeccablement construites de Poe ou de Conan Doyle semblaient des constructions mathématiques presque abstraites, tandis que le ténébreux Pierre de lune, roman à énigme de Collins, lui, relevait de la quête de « l'insaisissable élément humain » - celui que traque et cerne, à sa façon, le très brillant et rigoureux travail de Kate Summerscale