Descente aux enfers (10)

Episode n°10

- Je dois regagner Paris, Nicolas. Je compte sur vous pour entretenir une communication correcte avec les journalistes. N'hésitez pas à déjeuner et à dîner. Claudia devrait être de retour jeudi. En attendant, en direction des médias, le message doit être clair ; Jean-Marie Garin a été victime de petites frappes comme le laissent penser les premiers résultats de l'enquête.

Au 28 de la rue de Calais, Q.G de la campagne de Jaurac, la nouvelle de la mort de Jean-Marie n'était pas passée inaperçue. Raymond Jaurac savait bien qu'il ne gagnerait l'élection qu'au prix du meurtre politique de Blamont. Sitôt la nouvelle connue, le cabinet noir avait tenté de voir s'il pouvait en tirer parti. Deux rues plus loin, une discrète officine de sécurité rapprochée (PSM)[1]  allait lancer quelques enquêteurs douteux fouiller le passé de Jean-Marie. Demain, quelques attachés de presse de l'équipe de Jaurac déjeuneront avec ceux qui font l'opinion des médias et commenceront à instiller quelques doutes.

«  Prendrait-on le risque de tuer un homme comme lui pour le  forcer à ouvrir son coffre-fort si le contenu était sans intérêt ?»

Et puis, apparemment Jean-Marie Garin avait lui-même ouvert aux agresseurs donc il les connaissait peut-être. Pour quelle raison un homme politique honorable aurait-il ouvert sa porte à deux ou trois petites frappes ?

Sans doute pour quelque raisons plus ou moins avouables et sans doute moins que plus.

Petit à petit, le ton des articles allait se modifier. Jean-Marie était-il exactement ce que l'on croyait. L’appât du gain était-il le seul motif de l'assassinat ?

Ange Paramoni, patron de PSM, n’était pas un perdreau de la dernière couvée. Il avait grenouillé dans nombre de coups foireux de la Vè république. Para en Algérie, il avait été un farouche partisan de l'Algérie française. Par chance, il avait pris le virage au bon moment. Les gaullistes de l'époque n'étaient pas regardant quand il fallait faire le coup de poing et même un peu plus contre l'OAS. Comme il fallait bien récompenser ce dévouement à la cause de la France, on le nomma responsable du CAC (comité d'action civique) de Marseille. Mai 68 lui redonna de l'activité. On le retrouva à la tête de quelques gros bras faisant le coup de poing avec les maoïstes à la porte des usines Renault. Tous les services ont un prix et Ange savait les monnayer. À la belle époque des affaires immobilières, PS M. assura de manière musclée l'expulsion des locataires dont la présence gênait le lancement de quelques chantiers de rénovation. Pas un meeting du RNPR (Rassemblement pour notre République) sans que P. S. M. n’assure le service d'ordre. Tant de dévouement et de fidélité méritaient récompense. En plus de la direction de P. S. M, on lui confia la direction de CETI (Conseils, Etudes Ingénieries immobilières), chargé pour l'essentiel de collecter les commissions que toute entreprise devait acquitter pour décrocher un marché dans une mairie dirigée  parle R. N. P. R. En plus de toutes ces qualités, Ange possédait un réseau de relations dans tous les milieux, même les plus douteux. Ange était aussi un homme méticuleux. De tout ce lourd passé, il avait gardé des traces. Ces petits dossiers, sur les gens à qui il avait rendu service, étaient aussi bien tenus que ceux d'un commis de préfecture blanchi par vingt ans de harnais administratifs. Le maquis corse est vaste et les cachettes y étaient nombreuses. Ange savait bien que ces dossiers valaient les meilleurs avocats du monde, si un juge d'instruction prenait idée de s'approcher de lui. Rien, de ce qui concerne la vie de Jean-Marie, ne lui était inconnu. Si l'affaire pouvait embarrasser Blamont, nul doute que Ange retrouverait le dossier. En attendant, retrouver ses petites frappes avant les flics, serait sûrement un atout majeur.



[1] Société « Protection sur mesure », vouée aux tâches les moins nobles pour le compte de Jaurac.

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