Descente aux enfers (22)

Episode 22

-              Alors, petit, t’as du souci ?

-              Pas vraiment Ahmed, mais cette affaire m’embête !

-              Oui, c’est sûr que c’était facile de jouer les Monsieur Propre tant que tu racontais les marchés truqués. Tu parlais à peine de Jean-Marie et de ton père. Mais maintenant, Jean-Marie est mort.

- Eh oui ! Et je me demande comment et pourquoi ? Je me demande si je ne vais pas abandonner ce métier !

-              Et tu ferais quoi à la place ?

La question resta sans réponse. Yves reprit sa vieille R12. Un jour ou l’autre, il faudrait qu’il casse sa tirelire, s’il ne voulait pas risquer l’immobilisation au premier contrôle routier. Sur le parking du restaurant d’Ahmed, il n’avait pas remarqué que son tacot était déjà ouvert. Pas plus qu’il n’avait prêté attention au dossier bleu soigneusement déposé sur la banquette arrière. Il ne l’avait découvert qu’à son arrivée dans la cour de la ferme rénovée qui lui servait de domicile. Bien installé devant la cheminée, il passa la nuit à le décortiquer.

Blanchard n’en revenait pas. Fallait-il que cette affaire soit polluée par la situation politique ambiante ! Meunier lui avait laissé quasiment carte blanche. Il travaillait depuis 5 ans avec le Commissaire. Il avait appris à le connaître. Ni Zorro, ni couard, Meunier essayait de survivre honorablement entre la justice et les chausse-trappes politiques. Il figurait parmi les favoris pour succéder au patron de l’anti-gang qui avait la tare d’avoir été nommé par Jaurac en 1987. Cette affaire pouvait tout aussi provoquer sa chute que couronner sa carrière. Du coup, il semblait s’être libéré. Il jouait habilement des recherches des uns et des autres.

 L’adjoint au maire vivait dans le petit Neuilly de Châtel-sur-Loire. Quelques hôtels particuliers se glissaient entre de belles demeures bourgeoises coincées entre trois ou quatre résidences «haut de gamme ». Jean-Marie habitait les deux derniers étages d’un hôtel particulier hérité de Garin père et dont le rez-de-chaussée était occupé par la charge notariale « Garçon-Vialatte ». Le bâtiment était construit au fond d’un petit parc assez éloigné de la rue pour assurer la tranquillité de ses occupants. En homme méthodique, Blanchard quadrilla le quartier de Jean-Marie. Toutes les demeures d’où il apparaissait possible d’observer les allées et venues dans la propriété de Garin reçurent sa visite. Un bel échantillon de la bourgeoisie châtelnoise ! La plupart du temps, il avait à faire aux employés de maison dont la fin de mois  dépendait de la discrétion. Les allées et venues chez M.Garin ? Bien sûr elles étaient nombreuses, M. Garin était un homme qui comptait dans la région. Des présences féminines ? Evidemment, le conseil municipal avait accueilli quelques conseillères supplémentaires aux dernières élections. Bref, Blanchard se rendit vite compte qu’il n’y aurait rien à tirer du voisinage. Dans l’atmosphère ouatée du quartier, il était inconvenant de répondre à des questions sur son voisin, même si on le détestait.

Blanchard se tourna alors vers Marie Jacquet-Rivière. Dix jours après la découverte du crime, le psychiatre avait donné son feu vert à une conversation avec le policier. Dans ce genre de rôle, Blanchard s’attendait à trouver une secrétaire acariâtre. En fait, il se trouva en face d’une belle femme, d’une quarantaine d’années, longue, mince. Un beau visage allongé, légèrement teinté de mélancolie, était entouré d’une superbe chevelure blonde. Un savant maquillage masquait habilement les cernes résultant des épreuves des jours passés.

                - Je vous attendais M. Blanchard.

Marie le fit entrer dans un salon très design. Ils prirent place dans deux profonds fauteuils de cuir blanc. Sang Dieu pensa Blanchard, Jean-Marie savait choisir ses collaborateurs.

 

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