Descente aux enfers (29)

Episode 29

Entre Yves Larteaux et Blanchard, la connivence jouait à plein. Parler d’amitié serait excessif, profonde estime réciproque serait le mot juste. Blanchard appréciait ce fils de famille rebelle, Yves Larteaux admirait ce flic sans état d’âme, mais toujours soucieux de vérité. Il leur arrivait de partager un repas de célibataire dans la ferme d’Yves Larteaux. Tout en tutoyant une bouteille de vieux Bordeaux accompagnant une omelette aux cèpes, ils échangeaient des informations. Ce soir là, après avoir parlé jazz, Yves entra dans le vif du sujet. Il raconta l’étrange découverte du dossier, montra son contenu.

-              Qu’en pensez-vous Blanchard ?

-              Hé bien ! Voilà qui dévoile un peu plus ce que j’ai toujours pensé ! Une petite équipe a mis la ville en coupe réglée.

-              Si ce dossier est sincère, cela dépasse ce que j’avais imaginé.

-              Vous n’aviez pas imaginé ou pas voulu voir ?

Yves resta silencieux une bonne minute.

-              Je n’en sais rien Blanchard. D’autant que je doute de la véracité de ce dossier. La manière dont on me l’a fait parvenir me laisse perplexe. On aurait pu me l’envoyer par la poste.

-              Vous êtes bien naïf pour croire que ce qui vous arrive est confidentiel. La lecture du courrier des gens « dérangeant », et mon cher vous en faites partie, est le sport préféré des RG. Je pense que vous avez une sainte trouille d’être le jouet de quelqu’un.

-              Comprenez que dans la situation actuelle !

-              Je comprends et vous propose le marché suivant. Je vais tenter d’en savoir plus sur la provenance de ces pièces, essayer d’établir leur véracité. Vous serez le premier averti de leur valeur. Mais je vous préviens que si tout ceci m’apparaît tenir la route, je poursuivrai les investigations.

-              Cela me parait correct. Mais vous déjà une idée ? Où en est l’enquête sur la mort de Jean-Marie ?

-              Pas très avancée, au grand désespoir de Meunier ! Nous sommes au moins d’accord sur un point. Vous connaissez le penchant de Jean-Marie pour les jeunes garçons ?

-              C’est un secret de polichinelle !

-              Je pense que l’on a utilisé cette attirance pour entrer chez lui. S’attendant à passer une soirée de rêves, il leur a ouvert la porte sans crainte. Mais sur le scénario de la suite, nous divergeons. Lambert penche pour la version du « crime crapuleux ». On a tabassé Jean-Marie pour lui faire ouvrir le coffre et on s’est emparé des objets de valeur. Pour ma part, je ne crois pas cette version trop probable. Les objets volés sont difficilement négociables sans faire appel à une vraie filière de traitement, il est peu probable que les diamants réapparaissent sous leur forme originale. Les cambriolages de ce type sont affaire de professionnels. Si les diamants étaient le mobile, les voleurs auraient profité d’une absence de Jean-Marie pour percer le coffre. Ils n’auraient pas commencé par un crime pour attirer l’attention.

-              Alors, votre version ?

-              En dehors de la version crapuleuse, je vois deux hypothèses possibles. Dans la première, le vol est bien le mobile du crime mais les objets volés ne sont qu’un leurre. On cherchait des dossiers plus ou moins compromettants, soit pour les exhiber, soit pour les mettre à l’abri. Dans ce cas, mon cher Yves, votre dossier pourrait en être un échantillon. Dans le deuxième, un peu plus sinistre, quelqu’un a voulu donner une leçon à Jean-Marie, le passage à tabac se voulait un avertissement. Malheureusement, il tourne mal. Garin meurt sous les coups ou en chutant. Le coffre était ouvert et les « envoyés spéciaux » se sont servis pour compléter leur salaire ou semer le trouble.

-              Vos deux hypothèses conduisent à une mort liée à des activités douteuses.

-              Sauf dans « Orange mécanique », les hold-up à domicile sont rares. Vous êtes le premier à savoir que la gestion du duo est loin d’être parfaite.

-              Oui, mais de là à risquer la vie d’un homme.

-              L’enchaînement des événements est parfois totalement imprévu. Je pense que la mort de Jean-Marie n’était pas préméditée. A propos vous connaissez un peu Marie Jacquet-Rivière

-              Elle était l’intendante de Jean-Marie. Je pense, même un peu plus, vous verrez que son nom figure sur les lettres accompagnant les factures transmises à Elegance.

 

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