Partager l'article ! Descente aux enfers (42): Episode 42 Pareille langue de bois laissa Blanchard pantois. Il avait bien sûr feuilleté les pièces saisie ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode 42
Pareille langue de bois laissa Blanchard pantois. Il avait bien sûr feuilleté les pièces saisies par Langlois chez Elégance. L’emplacement publicitaire dans la feuille de choux du maire était facturé au prix d’une pleine page dans le Nouvel Obs. Le surplus servait probablement à financer autre chose.
- Les entreprises se montraient généreuses ?
- Elles payaient le prix normal.
- Madame, je pense que vous mesurez mal votre situation. Les documents saisis par le juge Langlois montrent que la fonction première, et peut-être unique de cette société, était le financement occulte de certains hommes politiques locaux. Vous êtes clairement impliquée dans cette entreprise de détournement de fonds publics. Mes collègues de la Brigade financière ne se satisferont sûrement pas de votre discours convenu.
- Je n’ai rien à ajouter M. Blanchard.
- Madame, nous allons interrompre cet interrogatoire pour vous laisser le temps de la réflexion. Vous ne quittez pas nos locaux.
Marie Jacquet-Rivière refusa les propositions de collation du gardien de service. Avant d’aller déguster le « petit salé aux lentilles » de « Chez Marcel », Blanchard fit un détour par le bureau de Meunier.
Alors Blanchard,
- Nous avons à faire à forte partie patron.
Blanchard résuma l’entretien.
- J’ai du mal à saisir votre stratégie. Votre objectif était bien de lui faire cracher le nom de cette mystérieuse inconnue ?
- Avec Marie Jacquet-Rivière, nous sommes confrontés à une forte personnalité. Elle ne répondra pas à la question de manière aussi simple. Mon but est de la déstabiliser avec l’affaire Elégance, puis d’aborder le sujet en fin d’après-midi.
- Seriez-vous sous le charme Blanchard ?
La question ne reçut pas de réponse
- Commissaire, j’ai l’intention de faire mettre son téléphone sur écoute ainsi que toutes les cabines du quartier. Je ne compte pas la placer en garde à vue aujourd’hui mais je ne veux pas la lâcher d’une semelle.
- Je n’ai rien entendu.
Sur ce, Blanchard descendit déjeuner chez Marcel. A la porte d’entrée du commissariat, il croisa Lambert qui ramenait dans ses filets Gilles Jodard, le directeur des service techniques. A défaut d’avoir pu pêcher immédiatement les gros poissons de la SGEA, il était allé cueillir Jodard dans son superbe bureau de l’hôtel de ville de la manière la moins discrète possible. Cet homme, qui avait si souvent dîné chez Jean-Marie Garin pouvait s’avérer comme un élément clé de l’affaire. Sa position le plaçait au centre de bon nombre de marchés passés par la ville, eau, assainissement, voirie. Blanchard murmura quelques mots à l’oreille de Lambert. Il voulait que Marie Jacquet Rivière aperçoive Jodard entre les deux argousins. L’après-midi allait être chargée au commissariat de Châtel-sur-Loire. Dès lors qu’il avait assuré ses arrières, Lambert était un bon flic. Ses manières doucereuses mettaient facilement les témoins ou les futurs inculpés en confiance.
- M. Jodard, j’imagine que vous n’êtes pas ignorant des forts soupçons qui pèsent sur la gestion de notre ville.
- Il ne s’agit là que d’un tissu de ragots et de mensonges.
- Je l’espère comme vous. Je n’aimerais pas voir dégrader ainsi l’image de notre ville. Je pense qu’à la fin de notre conversation, nous aurons tordu le coup à toutes ces insinuations. Quel est votre rôle au sein de l’administration de la ville ?
- Assurer le bon fonctionnement de l’ensemble des services dont elle a la charge.
- C’est une lourde tâche !
- En effet.
- Vous êtes convenablement rémunéré pour cela ?
- J’appartiens à la fonction publique territoriale. Nous sommes rémunérés conformément à la grille indiciaire. Vous savez très bien que, à qualification égale, je pourrais gagner le double dans le secteur privé, mais j’ai la passion du service public.