
Comme dit mon éditeur, "né dans une grande famille stéphanoise de mineurs", et il a raison. C'est vrai que c'était il y a déjà longtemps.......... Mais bon, la mine Saint-Etienne et les paysans
c'est un peu ma marque de fabrique et je n'en suis pas peu fier! Pour le reste, je suis venu sur le tard à l'écriture. Je n'essaye pas de savoir si c'est une vocation tardive ou une envie
refoulée. Je pense que j'ai toujours eu envie de raconter des histoires. Alors, pourquoi pas devenir auteur de polars!!! Mais assez parlé de moi, en route vers mes bouquins. C'est parti pour des
promenades à Saint-Etienne, Libourne, Billom, Saint-Mihiel,sous les verrières mystérieuses de la Gare de Lyon ou les hangars de chez Latécoère

Le gros Polmar tordit le nez, fouiller dans la paperasse, ce n'était pas sa tasse de thé. De retour dans son bureau, Colbert téléphona au juge.
- M. Colbert, je m'attendais à une visite de courtoisie pour parler de l'affaire.
- Je m'y apprêtais M. le juge. J'attendais simplement la confirmation de quelques détails.
- Bref comme d'habitude, vous pensiez m'informer une fois l'affaire bouclée !
- N'en croyez rien M. le Juge.
- Donc, je vous attends demain matin pour faire le point.
Il raccrocha sans un mot de salutations. Colbert venait de poser le combiné, lorsque après deux coups discrets, Joseph fit son entrée. Il portait un court billet rédigé d'une écriture fine.
- Vous savez, M. le Commissaire, c'est madame Dujardin.
Le billet était rédigé de la manière suivante :
Bonjour, M. le Commissaire,
Je sollicite encore une fois un entretien avec vous. Vous savez pourquoi. L'homme que l'on a retrouvé rue Blanche est, peut-être, mon fils. Son corps aura, sans doute, été abandonné dans ce taudis par les mauvais garçons qui le retiennent depuis si longtemps. Si vous pouvez m'accorder cinq minutes de votre temps précieux pour en parler.
Respectueusement,
Mme Dujardin.
Colbert aurait dû se douter qu'elle viendrait. Depuis dix ans, chaque fois que l'on retrouvait un cadavre inconnu, elle débarquait à la PJ. Son fils, Auguste Dujardin, représentant en vins et spiritueux avait disparu dix ans plus tôt au cours d'une tournée en province. Une enquête rapide avait démontré que le marchand de Pernod était un redoutable trousseur de jupons. Personne n'aurait été étonné que l'un des innombrables patrons de café, touché dans son honneur, lui ait fait subir un mauvais sort. Faute de cadavre, l'enquête n'avait pas abouti. Mais, Mme Dujardin n'avait jamais cru à cette histoire, au point de, petit à petit d'en perdre l'esprit. Elle se construisait des histoires, tantôt elle le disait amnésique, errant, dans l'incapacité de retrouver son chemin, tantôt elle le pensait aux mains de dangereux gangsters. Avec le temps, elle s'était voûtée, ces cheveux avaient blanchi, mais sa foi restait intacte.
- Polmar, tu vérifieras que la photo et la description du mort ne correspondant pas à celle de Dujardin.
L'inspecteur soupira. Le dossier était archivé au cinquième.
- Vous croyez que c'est nécessaire, Patron ?
Colbert fronça les sourcils et éleva la voix.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu as vu le cadavre de Dujardin. Ce ne serait pas la première fois qu'un disparu refait surface au bout de dix ans.
Pendant que Polmar fouillait, le divisionnaire parcourut le rapport de Mars. Rien ne permettait d'éclairer l'enquête d'un jour nouveau. L'inspecteur revint bredouille des archives. Colbert sonna Joseph.
- Vous pouvez faire entrer Mme Dujardin.
Un petit bout de femme vêtue d'une coquette robe à fleurs prit place face à Colbert qui cherchait une pipe froide.
- C'est gentil de me recevoir M. le Commissaire. Vous me montrez la photo de l'homme de la rue Blanche.
- C'est inutile, Madame. Nous avons fait toutes les vérifications possibles. Je peux vous assurer qu'il ne s'agit pas de votre fils.
- Vous voyez, j'ai raison d'y croire, il n'est pas mort.
- De toute façon, si nous avions une information nouvelle, j'irais moi-même vous la porter.
- Je ne vous remercierai jamais assez M. le Commissaire.
Colbert la raccompagna jusqu'au seuil de son bureau. Il sourit en regagnant son fauteuil. Dans cinq ans, au plus tard, il sera à la retraite. Mars sera, sans doute, assis à sa place. A chaque clochard retrouvé mort, il recevra Mme Dujardin. Sûr qu'elle deviendra centenaire, l'espoir fait vivre.
Colbert n'eut pas le loisir d'approfondir sa réflexion. Le téléphone l'en empêcha. La voix de Clouet était claire presque joyeuse.
- Patron, je vous passe une gendarmerie dans la Côte d'Or. Je crois qu'ils ont une piste.
Une voix toute militaire jaillit dans l'écouteur.
- Commissaire Colbert ?
- Capitaine René Lecoin, commandant de la gendarmerie de Bligny-lès-Beaune, nous avons reçu au courrier la photo de votre cadavre.
- Et alors ?
- Je crois que nous avons identifié votre homme. Il pourrait s'agir de Victor Cornut, viticulteur et négociant. Sa femme est venue nous voir hier soir. Elle était inquiète, son mari aurait dû rentrer dimanche soir.
- Vous l'avez prévenu ?
- Non, je voulais, vous avertir auparavant.
- Vous avez bien fait. Nous arrivons, surtout ne faites rien en notre absence.
Il n'était pas loin de midi. Colbert rejoignit Clouet et Polmar toujours plongés dans les papiers du notaire.
- Vous en tirez quelque chose ?
- Nous avons maintenant une liste complète des occupants actuels.
- Alors ?
- Sur le même palier que les Pigou et Dussol, il y a un retraité de la SNCF, qui s'est cassé la jambe il y a quinze jours. Il est toujours à Saint-Antoine.
Polmar prit la suite.
- A l'étage au-dessus, il y a un autre couple de retraités. Ils étaient cordonniers, rue Lepic. Actuellement, ils sont en Auvergne chez des cousins. Ils vont rentrer en fin de semaine.
Clouet conclut.
- Au même étage, il y a aussi le représentant de commerce. Enfin au dernier, ce sont plutôt des chambres de bonne. En dehors de la petite Julie, on trouve un étudiant aux beaux-arts, dont les parents habitent Pau. Il est en vacances chez eux.
- Et les locataires précédents ?
- C'est le grand chantier Patron, les occupants ne restent jamais plus de deux ou trois ans. Je prépare un grand tableau par appartement.
- Parfait, on va déjeuner.
Les trois hommes prirent le chemin de la brasserie Dauphine. Après le Pernod, ils optèrent pour la brandade de morue accompagnée d'un rosé de Provence, bien frais. Alors que le repas se déroulait en silence, Colbert se tourna vers Polmar.
- Ça te dirait de repartir faire un tour en Province.
Le colosse, qui ne supportait pas la paperasse, ne se fit pas prier.
- Et comment, patron !
Le divisionnaire mit brièvement ses deux inspecteurs au courant de sa conversation avec la gendarmerie.
- Donc Polmar, tu vas m'accompagner. Nous irons voir la famille et enquêterons un peu sur l'homme.
Clouet s'inquiéta.
- Et nous, Patron ?
- Tu termines la liste des locataires depuis cinq ans. Avec Mars, vous essayez de les joindre un à un. Demandez leur s'ils connaissent un certain Victor Cornut. Vous pouvez réinterroger les Pigou, Dussol, à défaut de la photo, le nom leur dit peut-être quelque chose. Faites pareil avec les hôtels, les bars du quartier.
Cette fois, Clouet soupira.
- On ne pourrait pas avoir du renfort ?
- Tu sais bien, que Laplume est en congés. J'ai demandé à Gourdon qu'il nous prête un inspecteur passe le prendre au passage. Quant à toi Polmar, tu files chez toi prendre une valise et retrouve- moi boulevard Richard Lenoir.
Comme le matin, Colbert emprunta un autobus à plate-forme. La canicule n'avait fait qu'une pause. Les Parisiens, qui n'avaient pas fui, se réfugiaient derrière les volets clos. Les rues étaient comme désertes. Seules les terrasses ombragées étaient prises d'assaut. Colbert tourna la clef et pénétra dans son appartement vide. Sans la présence silencieuse de Louise, il se sentait à peine chez lui. Il lui téléphona pour la prévenir de son départ. Elle se préoccupa de son linge, du contenu de sa valise et enfin de l'objet du voyage.
- C'est en rapport avec l'affaire de la rue Blanche.
- Je vois que tu lis les journaux. Je pense que l'on a identifié l'homme.
- Fais attention à toi.
- Je t'appelle ce soir, si je peux.
Colbert remplit sa vieille valise avec un sentiment de culpabilité. Il avait l'impression de fuir. Cette enquête sur place, il aurait pu la confier à Mars, mais ça l'arrangeait de quitter Paris et cet appartement vide. Il aperçut la voiture de Polmar quand le téléphone vibra.
- Allo, Patron ? C'est Mars!
- Alors, ces témoignages ?
- Peu de choses importantes, la petite Julie est plutôt un beau brin de fille. Elle a vingt ans, grande, blonde, des yeux qui pétillent.
Colbert sourit.
- Tu n'as pas oublié que c'était un interrogatoire !
- Aujourd'hui c'est son jour repos, hier elle a fait un peu la fête à Saint-Germain-des-Prés. Bien entendu le visage du mort ne lui dit rien. Dans l'immeuble, elle ne parle qu'avec les Pigou.
- Ses parents ?
- D'après ce qu'elle m'a dit, elle a perdu sa mère à l'âge de dix ans. Son père vit du côté de Bordeaux. Je crois qu'il arrange les fins de mois difficiles.
- Et le représentant de commerce ?
- Un homme de Dieu, Patron, quand il a ouvert sa porte, j'ai cru avoir à faire à un curé défroqué ou, à un pasteur de je ne sais quelle église. Il doit approcher la cinquantaine, grisonnant, il était impeccablement vêtu d'un blazer bleu marine. Devinez ce qu'il vend ?
- Des objets funéraires ?
- Vous n'y êtes pas patron. Il vend des bibles. Grâce à lui, vous pouvez acheter le livre saint comme il vous convient ou selon vos moyens. Vous pouvez même payer à tempérament.
- Où était-il le jour du crime ?
- Il démarchait du côté de la Rochelle. J'ai le nom de son hôtel, il faut que je vérifie. Alors, on a identifié le mort ?
- Presque sûrement, je vais sur place avec Polmar. Tant que je ne donne pas de signal, motus avec les journalistes. Continuez les recherches, interroge les occupants des immeubles voisins. Je t'appelle dès que possible.
Polmar n'avait pas supporté la chaleur de la voiture à l'arrêt. Il fumait une cigarette, en bras de chemise, appuyé sur la portière. Contrairement à ses habitudes, Colbert s'était défait de sa cravate et avait opté pour une de ses rares chemises à manches courtes. Tout au long de la nationale 7, la moisson battait son plein. Sans cesse, on doublait des tracteurs conduits pas des hommes aussi noirs que des mécaniciens de machine à vapeur. Ils roulaient depuis deux heures. Ils étaient à cent cinquante Km de Paris quand Colbert donna le signal de la pause. Polmar arrêta la voiture sur la place Sépeaux. Face à la mairie, se trouvait le traditionnel bar-tabac du même nom. Quelques maçons, qui travaillaient à la construction d'une nouvelle école, avaient terminé leur journée et discutaient autour d'un pot de rouge. L'arrivée des deux policiers ne provoqua aucun émoi, le village était habitué à la clientèle de passage. Une blonde délurée, d'une trentaine d'années, trônait derrière le comptoir. Fardée comme une entraîneuse de Pigalle, elle portait plus d'attention à son vernis à ongle qu'aux clients qui attendaient. Polmar avait presque terminé sa cigarette, et Colbert commençait à piaffer quand elle daigna déposer des deux verres dont elle renversa une grande partie du contenu sur la table. Elle retourna à ses occupations, sous le regard rapace des maçons, qui lorgnaient ses cuisses blanches largement dévoilées. La scène amusa le commissaire. La présence de cette fille dans ce bar-tabac au décor désuet avait quelque chose de surréaliste. Tandis que Polmar semblait regretter d'être en enquête, Colbert tentait d'imaginer sa vie. Était-ce la fille de la maison qui voulait jouer les vamps ? Ou une parisienne qui pensait avoir trouvé un port d'attache. De toute façon, il n'aurait pas la réponse. Du coup, il s'inquiéta de l'itinéraire.
- On va arriver vers quelle heure ?
- Avant vingt heures, j'espère. J'ai téléphoné aux gendarmes avant de partir. Ils nous ont réservé deux chambres à l'hôtel des Trois Faisans. C'est le seul hôtel de la ville.
- Merci Polmar.
Les deux restèrent silencieux. Le paysage s'était lentement modifié. Aux plaines de céréalières de la Brie, avaient succédé les bocages du Gâtinais. A l'approche de Dijon, les coteaux se garnissaient de vigne. L'inspecteur gara la voiture sur le parking de l'hôtel. L'établissement était un de ces lieux prisés des notables de province. Cossu et confortable, d'une élégance discrète, il faisait face au bar-tabac de l'église fréquenté par la clientèle populaire. La salle de restaurant contenait une vingtaine de tables. Du plafond, bordé d'une frise en stuc, pendaient quatre ou cinq lustres de cristal. Les fenêtres étaient habillées de lourdes tentures aux couleurs discrètes. Vers vingt heures le service commençait. Les deux policiers se dirigèrent vers la réception. Le réceptionniste, un homme d'une quarantaine d'années les accueillit d'un ton doucereux.
- C'est un honneur pour nous, M. Le Commissaire.
Comme arrivée discrète, c'était raté. Colbert demanda qu'on leur montre leurs chambres et s'enquit de l'heure du dîner.
- Pas de problème pour vous M. Colbert, nous trouverons toujours quelque chose.
Il fit signe à la femme de chambre. Elle empoigna sans discussion la valise de Colbert. Avec sa mine rougeaude, elle ne pouvait cacher ses origines campagnardes. On pouvait penser qu'une fois la saison passée, elle retournerait à la vendange ou à la taille de la vigne. Seul, Colbert eut droit à de l'aide. Dépouillé de sa valise, il suivit les ondulations décidées du corps de la fille. L'escalier, qui conduisait aux chambres, était recouvert d'un épais tapis rouge qui en masquait les grincements. La chambre semblait confortable. Un lit en merisier, deux chevets recouverts d'une plaque de marbre, le commissaire se sentit chez lui.
- Cela vous convient M. Colbert ?
- Ca ira.
- Voulez-vous que je défasse votre valise.
- Je me débrouillerais, merci.
Dès que la fille eut tourné les talons, il demanda la gendarmerie pour les prévenir de son arrivée. Il prit le temps de nettoyer et de bourrer sa pipe, puis alla toquer à la porte de Polmar.
- Tu es prêt ?
- Sans problème, Patron.
La gendarmerie était située à cinq cents mètres de l'hôtel. Les deux hommes partirent à pied. La fraîcheur du soir les accompagnait. À la sortie du village, ils tombèrent sur un bâtiment blanc, le fourgon était garé devant la caserne. Le village n'était pas immense. La vigne envahissait même les abords de la gendarmerie. La plus grande partie de la population devait vivre du commerce du vin. Colbert poussa la porte et tomba sur un gendarme en bras de chemise installé derrière le comptoir d'accueil.
- Je suppose que vous êtes le commissaire de Paris.
Colbert confirma de la tête.
- Voici mon adjoint, l'inspecteur Polmar.
- Le capitaine vous invite à son domicile personnel pour prendre l'apéritif. Vous serez mieux à votre aise pour parler de l'affaire.
L'intérieur du logement de fonction d'un gendarme n'est généralement pas de grand standing. Ils pénétrèrent dans une salle à manger de la taille d'une boite à chaussures. Le capitaine était un petit homme aux yeux malicieux. Il était difficile de lui donner un âge. Il se leva et accueillit chaleureusement ses visiteurs.
- Asseyez-vous messieurs, j'ai mis au frais une bouteille de Meursault.
Le doux bruit du bouchon et les trois verres se remplirent d'un liquide doré aux arômes de noisettes.
- Bien Capitaine, vous êtes sûr que l'homme dont nous avons diffusé la photographie et le signalement, est bien Victor Cornut ?
- Sans aucun doute.
- Il est d'ici ?
- Il habite un hameau situé à quatre kilomètres. Il y a trois quatre viticulteurs et la maison Cornut.
- C'est une grosse maison ?
- En comptant les gratte-papier, il y a bien une trentaine de personnes.
- Il y a longtemps que les Cornut sont dans les affaires ?
- Pensez-vous, c'est Victor qui a fondé la maison. Son histoire est un vrai conte de fées, encore que je ne sache pas tout, je ne suis ici que depuis cinq ans.
Le capitaine remplit à nouveau les trois verres.
- Il est bon hein ?
- Fameux, confirma Colbert. Il avait quel âge.
- Soixante-deux ans.
- Marié ?
- Oui, je vais vous raconter ce que je sais de son histoire.
Colbert opina et sortit son calepin.
- Je crois qu'à l'entre-deux guerres, il était ouvrier agricole chez Justin Gassier, un petit vigneron qui devait posséder deux hectares pas trop bien placés.
- Et ses parents ?
- Il était de l'assistance. Le père Gassier s'est tué en tombant d'un toit. Vous savez comment ça se passe dans ces cas-là ! Pour une femme, ce n'est pas facile. La mère Gassier avait passé la soixantaine, alors pour dénicher un galant ! Restait la fille.
- Célibataire ?
- Elle approchait vingt-cinq ans et ce n'était pas une beauté. Les soupirants ne se bousculaient pas d'autant que la vigne du père Gassier n'était pas une dot bien attrayante. Bref, Victor s'est retrouvé marié avec Amélie Gassier sans jamais lui avoir fait la cour !
- Il n'a pas fait de jaloux ?
- Je vous l'ai dit, Amélie Gassier ne ressemblait pas à Viviane Romance.
Le gendarme sacrifia une deuxième bouteille.
- Apparemment, Victor ne s'est pas contenté de sa vigne. Il a commencé à s'agrandir, puis il a vite compris qu'acheter et vendre du vin rapportait autant que de le faire. J'ai entendu des mauvaises langues raconter que le père Gassier avait laissé un bon matelas. Victor a su le faire fructifier. Il a fait construire des entrepôts, acheter des camions.
- Il s'est enrichi ?
- Et comment ! Vous verrez comment il a arrangé la vieille ferme. Il est devenu un notable. On disait même qu'il allait se présenter pour être sénateur.
La nouvelle ne réjouit pas Colbert. Quand le patron allait l'apprendre, sûr qu'il lui prodiguerait les habituels conseils de prudence, sans parler du juge...
- Il s'entendait bien avec Amélie ?
- Avec le temps, elle ne s'est pas transformé en Marilyne Monrœ. Elle n'était sûrement pas à l'aise dans les milieux que fréquentait son mari. Elle est restée fille de petit vigneron. Elle n'est pas du genre à dilapider l'argent dans des frivolités.
- Des enfants ?
- Un fils, mort en bas âge et une fille qui doit avoir vingt-deux ans.
- Elle s'entendait bien avec son père ?
- On dit que c'est une vraie chipie, une gosse de riches. Sa mère lui passerait tous ses caprices. Victor, qui savait ce que c'était que l'argent, n'était pas de cet avis.
- Ils se disputaient ?
- Alors là, vous m'en demandez trop, M.Colbert.
- Il était aimé des gens du pays ?
- Je crois que oui. Pour moi, c'était un honnête homme qui avait su rester simple. Sa réussite avait sûrement fait des envieux, mais il n'était pas le dernier à payer pour refaire une école par-ci, un orphelinat par-là.
- Il avait des aventures féminines ?
- Oh ! vous entendrez sûrement des choses. À moi aussi, on en a raconté. J'y ai rarement prêté attention.
Bizarrement, Colbert se mit à penser à la fille de l'hôtel.
- Il fréquentait les « Trois faisans » ?
- Difficile de faire autrement, c'est le seul établissement honnête à dix lieues à la ronde.
- Dans le personnel, qui pourrait me renseigner le mieux sur la maison Cornut ?
- Voyez Benoit Barbarin, je crois que c'est son homme de confiance, il est de l'assistance, comme lui.
- Demain vous m'accompagnez Capitaine ? Nous irons rencontrer Amélie. Elle n'est pas revenue vous voir ?
- Elle a téléphoné, je crois qu'elle est sincèrement inquiète.
Il était prêt de 22 heures, quand Polmar et Colbert rejoignirent les « Trois faisans ». Cette fois, le patron, lui-même, les accueillit.
- Monsieur Colbert, soyez le bienvenu. J'espère que votre présence n'est pas synonyme de criminels en cavale dans notre belle région.
Le commissaire éluda la question.
- Pouvons-nous dîner ?
- Bien entendu, vous êtes mes invités.
- Nous verrons cela.
Deux tables étaient encore occupées. Un couple d'amoureux dégustait une pochouse, visiblement coupé du monde. Sur l'autre, deux hommes discutaient affaires, en tirant sur des Havanes. Le plus bruyant, celui qui n'en était pas à son premier verre de cognac parlait avec un fort accent américain. Colbert choisit une table près des immenses fenêtres, le voilage ne masquait pas la rue. Ils examinèrent la carte. Le commissaire opta pour des escargots en entrée, sa femme ne les aimait pas, il sauta sur l'occasion. Le patron leur conseilla le coq au vin, qui était une des spécialités de la maison. Comme il hésitait sur le vin, le sommelier arriva avec un Volnay. Les deux hommes dînèrent en silence. À la fin de repas, Lasalle s'était vidé, et le patron, qui avait abandonné un peu de sa grandiloquence, vint les rejoindre avec la bouteille de Marc égrappé à la main. Sans façon, il versa une honnête rasade dans chaque tasse. Colbert l'invita à s'asseoir.
- Le dîner était excellent Monsieur ?
- Dutilleul, François Dutilleul. Je suis assez fier de mon cuisinier.
- J'imagine que l'on vient de loin pour déguster votre cuisine.
- Nous n'avons pas de concurrent proche.
- Vous avez une clientèle de touristes ?
- De touristes et d'affaires Monsieur Colbert, nous sommes de région de vin. Souvent, des négociants, des exportateurs, viennent ici parler affaires autour une bonne table.
- Il y a des négociants importants à proximité ?
- De deux ou trois belles maisons.
- Monsieur Cornut ?
- Oui, monsieur le Commissaire, mais comment se fait-il ?
Colbert menti comme un arracheur de dents.
- Il s'agit d'un ami au frère de ma femme. Il vient souvent ?
- C'est un client régulier, presque un ami. C'est d'ailleurs lui, qui m'a conseillé le Volnay que vous avez bu ce soir.
- C'est une maison qui marche bien ?
- Monsieur Victor est un homme entreprenant. Je crois que, maintenant, il exporte dans plusieurs pays.
- Il vient parfois avec Mme Cornut ?
- Assez rarement je dois dire, Mme Amélie est une femme assez effacée. Il n'est pas forcément facile de vivre à l'ombre de Monsieur Victor.
Colbert envoya à clin d'œil à Polmar.
- Il n'est jamais venu avec une autre femme, ajouta Polmar avec un sourire égrillard.
Dutilleul prit un air pincé.
- Une jeune femme assiste parfois au déjeuner d'affaires mais, jamais seule avec Monsieur Victor.
- Toujours la même ?
- Oui, mais pourquoi toutes ces questions ?
- Les mauvaises habitudes professionnelles, M. Dutilleul, vous savez ce que c'est, une question en entraîne une autre.
- Ne vous excusez pas.
- Juste pour satisfaire la curiosité, mon beau-frère m'a affirmé que Monsieur Cornut envisageait de se présenter aux prochaines élections. A-t-il une chance ?
- C'est une rumeur insistante, et je pense que Monsieur Victor sera certainement élu. Maintenant, excusez-moi Messieurs, j'ai encore quelques problèmes à régler avec le personnel.
Car Dutilleul eut tourné les talons, Polmar s'adressa son chef.
- Alors Patron, satisfait ?
- On commence à avoir une idée de l'homme. Les habitants vont être surpris, quand ils vont savoir que leur héros a été retrouvé mort, au fond d'un immeuble louche de Pigalle.
- N'empêche, qu'il employait une pute de luxe pour conclure ces contrats.
- Bon, allons-nous coucher. Demain, nous cuisinerons un peu le personnel.
Malgré les consignes de Colbert, la fille avait déballé sa valise. Les volets tirés, avec la fenêtre ouverte sur la place, il put profiter d'un peu de fraîcheur. Il dormit d'un sommeil agité, mais le riche repas d'hier soir n'en était sans doute pas la seule raison. Victor n'était pas le premier bourgeois, en goguette à Pigalle, qui se faisait suriner à la sortie d'un cabaret ou d'un hôtel de passe. Mais, dans l'immeuble de la rue Blanche, on ne s'y rendait pas par hasard.
Il était juste huit heures, lorsque la fille toqua à la porte. Colbert alla ouvrir, encore en pyjama. Elle tenait un plateau bien garni, œufs, jus d'orange, toasts, beurre et confiture. Sans attendre l'invitation, elle déposa le déjeuner sur une petite table de style Louis-Philippe accolée au mur, face à la porte d'entrée.
- Je tire les rideaux Monsieur Colbert ?
Le commissaire fit signe que non, il avait besoin d'un café et d'une pipe pour oublier totalement les libations hier soir.
- Vous êtes là pour une affaire importante ? On va parler de nous dans les journaux ?
- On ne parle pas de tout dans les journaux.
Le commissaire avait discrètement poussé la porte. La fille lui versa le tasse de café. Ses cheveux frôlaient le visage du commissaire. Ils avaient un parfum de campagne. Elle ne devait pas se servir de ces shampooings parfumés aux épices exotiques. Il invita à s'asseoir sur le bord du lit.
- Il y a longtemps que vous travaillez ici ?
- Trois ans Monsieur le commissaire, mais je suis jusqu'ici pour la saison. Le reste du temps, je travaille chez les châtelains de Rethoncours. Mais en été, ils voyagent, alors je viens ici.
- Et ça vous plaît ?
- Oh, je vois un peu de monde ! Chez ses vieux, on ne voit jamais personne et, en plus, ils ne sont jamais contents.
- Vos parents sont des environs ?
- Oh non, ils ont une petite ferme du côté de Salers, dans le Cantal. J'essaye de mettre un peu de sous de côté, j'espère pouvoir, bientôt, y ouvrir une petite boutique.
- Les clients sont gentils avec vous ?
- En général, oui, il y a bien quelques détraqués qui ont parfois la main un peu leste. Mais, ils comprennent vite que je ne mange pas de ce pain-là.
- Il y en a d'autres qui en mangent ?
- Comme partout Monsieur Colbert, les déjeuners se prolongent parfois un peu. Mais les notables du coin sont prudents, dans le canton, tout se sait.
- Victor Cornut vient souvent déjeuner ici ?
- Oh celui-ci, je m'en méfie. Toute la région le vénère comme Dieu le père, mais moi, je trouve qu'il en fait trop. Il vient parfois avec cette blonde peinturlurée. Y en a qui disent que c'est pour l'anglais, mais moi je sais que c'est pour autre chose.
- Et avec Monsieur Dutilleul, ça va ?
- Je l'ai remis à sa place du début.
- Merci Mademoiselle, Mademoiselle ?
- Germaine, au fait, vous ne m'avez pas dit pourquoi vous étiez là.
- Vous l'apprendrez très bientôt Germaine.
La fille partie, Colbert se prépara rapidement. Il alla toquer à la porte de Polmar. Le colosse avait quasiment vidé le plateau du petit déjeuner et allumait sa première cigarette.
- Tu es prêt ?
- Paré Patron.
- Tu me déposeras à la gendarmerie et tu reviens fouiner dans le village. Attention, officiellement Cornut est toujours vivant. Invente un prétexte. Tiens, tu n'as qu'à dire que tu enquêtes sur un trafic de vin.
L'accueil du capitaine fut aussi chaleureux que celui de la veille.
- Bonjour, Monsieur le Commissaire, nous allons prévenir Amélie ?
- Si vous permettez, j'aimerais passer un coup de fil à la P.J. Je me méfie, toujours un peu, des oreilles indiscrètes des réceptionnistes d'hôtel.
- Pas de problème, Godard, mettez-nous en relation avec la P.J..
Par souci de discrétion, le capitaine laissa son bureau au commissaire.
- C'est Mars ?
- Oui, Patron.
- Alors, vous avez avancé ?
- Au moins sur trois points, la fameuse Ginette, la locataire d'avant Dussol, était une drôle de coiffeuse. Elle arpentait trottoir de la rue de Saint-Denis jusqu'à son départ d'ici. Apparemment, elle s'est rangée. Elle tiendrait maintenant une brasserie du côté de Lille. On vérifie. Notre vendeur de bible est un drôle de paroissien. J'ai vérifié aux stups. Il a écopé de trois condamnations pour trafic de cannabis. Je me demande si les livres saints ne sont pas qu'un prétexte. Enfin, j'ai eu un coup de fil de la petite Julie. Comme d'habitude, elle est passée chez les Pigou hier soir. Votre spectateur muet était particulièrement agité. En temps normal, il se contente de sourire lorsqu'elle lui parle du Bon Marché. Hier, il n'arrêtait pas de lui montrer la rue et la porte d'entrée.
- J'irai à la Salpêtrière, voir un spécialiste, pour savoir si l'on peut réellement en tirer quelque chose. Il semble que Cornut fasse appel à des interprètes un peu spéciales pour ses négociations. Voir avec les mœurs, si ce genre de fille est fichée. On retrouvera peut-être trace de Cornut comme client. En attendant, continuez de fouiller dans le passé des locataires. Nous serons, sans doute, de retour demain. En cas de besoin, laissez-moi un message ici.
Colbert grimpa dans la voiture des pandores pilotée par le capitaine. Sur le trajet, qui conduisait chez Cornut, la vigne occupait la moindre parcelle.
- Amélie vous a rappelé ce matin ?
- Oui, Godard lui a dit que j'étais absent et on a respecté votre consigne.
- Aurait-elle une raison de se douter de quelque chose ?
- Je ne pense pas.
Sur la route principale, qui menait à Dijon, la maison Cornut était annoncée à de multiples reprises. Deux cents mètres avant le croisement de la petite route, un immense panneau annonçait l'imminence de la propriété. Le capitaine emprunta alors une belle voie ombragée. Le revêtement était de bonne qualité.
- Victor n'a pas lésiné sur les investissements. C'est lui qui a fait élargir la route. Il faut que je vous dise Commissaire. Il y a deux routes pour arriver chez lui. Une, qu'empruntent les ouvriers et, l'autre qui conduit directement à la ferme Gassier qu'il a fait rénover.
- Vous entrez par où habituellement ?
- La deuxième.
- Alors ne dérangez rien. Vous venez souvent ?
- Non, mais vous savez que l'époque des vendanges attire toutes sortes de gens. Une surveillance renforcée évite les petits ennuis.
- Vous vous entendez bien avec Victor ?
- Nous n'entretenions pas de relations fréquentes. Quelques menus larcins auraient été commis sur sa propriété et, là encore une surveillance renforcée y a mis fin.
- Les choses étaient tellement insignifiantes que Victor n'a pas porté plainte.
Colbert sourit. Il était prêt à parier que le capitaine ordonnait à ses hommes de venir jeter un œil chaque soir. Moyennant quoi, le Meursault, que le capitaine partageait si généreusement, provenait, sans doute, des caves de Cornut. La 403 déboucha dans la cour d'une maison vigneronne totalement transformée. Le capitaine sonna, une bonne va ouvrir. Le personnel de maison semblait réduit au minimum. Amélie devait encore mettre la main à la pâte.
- Dites à sa Madame Cornut que nous désirons lui parler.
Amélie, qui avait reconnu la voix du capitaine, vint à la porte du salon.
- Entrez Messieurs.
- Amélie, voici le commissaire Colbert de la P.J. de Paris.
Lecoin n'avait pas menti. Le visage d'Amélie, sans être disgracieux, n'avait rien attirant. Un nez un peu pointu, un menton légèrement difforme, avec le temps, la chevelure, qui s'était faite plus rare et plus grise, lui conférait un visage de vieille femme. Amélie n'avait jamais sûrement rencontré d'esthéticienne et, ne devait pas enrichir sa couturière. Le gendarme et le commissaire entrèrent dans une pièce immense à laquelle on avait voulu conserver un caractère campagnard. Face à la porte, une cheminée, qui aurait pu accueillir une belle bête, avait été décapée et restaurée. Les meubles étaient, sans doute, de la fabrication de quelque ébéniste local. Seule concession à l'air du temps, un poste de télévision se dénichait dans l'angle de la cheminée, face à deux Voltaires. Amélie les invita à s'asseoir autour de la table de chêne.
- Capitaine, avez-vous des nouvelles de mon mari ?
- Hélas, pas de bonnes, Amélie.
- Que lui est-il arrivé ?
Colbert intervint.
- Il est mort, Madame.
Le visage d'Amélie changea. Colbert ne se souvenait pas d'avoir vu une telle pâleur aux joues d'un vivant. Elle sembla manquer d'air puis, avec un effort surhumain parvint à murmurer.
- Mon Dieu, que lui est-il arrivé ?
Colbert fit mine de ne pas avoir entendu.
- Cela dépendait de ses affaires, parfois il n'y passait de semaine dans le mois, parfois il restait un trimestre sans y aller.
- Mais, allez-vous me dire à la fin ?
Colbert et la fixa droit dans les yeux.
- Je vais vous le dire Madame, mais avant, répondez à quelques questions.
Amélie se tourna vers le capitaine, qu'il encouragea de regard.
- À quel hôtel descendait-il ?
- Il n'allait pas à l'hôtel, nous avions un petit appartement Gare de Lyon. On l'avait acheté dès la naissance de notre fils, espérant qu'il poursuivrait les études à Paris. Hélas, nous l'avons perdu.
- Avez-vous une idée des personnes qu'il comptait rencontrer ?
- Aucune, je ne m'occupais pas de ses affaires. Il faudra que vous voyiez M. Barbarin.
- Madame Cornut, est-ce que votre mari avait une raison de se rendre rue Blanche ?
- Sincèrement, je n'en sais rien, pourquoi ?
- C'est dans un immeuble de cette rue qu'on l'a retrouvé, poignardé.
Amélie rechute un nouveau choc.
- Mon Dieu, qui a pu faire ça ?
- Je suis là, Madame, pour le découvrir avec votre aide.
Amélie avait besoin d'une pause. Le capitaine demanda à la bonne d'apporter une bouteille de vin. D'autorité, il versa une forte dose dans les trois verres. L'alcool redonne à un peu de couleur à Amélie. Elle jeta un œil inquiet à la vielle horloge comtoise, hérité, sans doute du père Gassier. Il était prêt de 11 h 30. Pris dans le courage, que l'on ne soupçonnait pas chez cette frêle femme, elle dit au capitaine.
- Allez dire à Benoît de rassembler le personnel. C'est à moi qu'il revient de lui annoncer la nouvelle. Attendez-moi monsieur le commissaire, je dois passer à la salle de bains.
Le gendarme sortit et, contourna la vieille maison. Il pénétra dans le cœur de la maison Cornut. À l'abri d'un immense entrepôt, on déchargeait des barriques. À l'arrière, on mettait en bouteilles, portant fièrement le symbole de la maison Cornut. À droite, en rentrant, isolés de l'entrepôt par des parois de verre, deux étages de bureau abritaient une dizaine d'employés. Le bureau de Barbarin se trouvait au deuxième niveau, tout près de celui de Victor. Là non plus, rien ostentatoire, du mobilier endroit, des dossiers bien rangés. Barbarin avait légèrement dépassé la trentaine. Il vouait sa vie au travail et, était dévoué corps et âme à son patron. Grand, mince, le visage anguleux, l'air austère, son teint pâle indiquait que du précieux liquide, qui traversaient les entrepôts, il n'en ingurgitait que les factures.
- Benoît, Madame Amélie souhaite que vous rassembliez le personnel.
- Il est arrivé quelque chose à Monsieur Victor ?
Le capitaine esquiva. Barbarin activa la sirène qui marque habituellement la fin de la journée. Spontanément, les employés de la maison se dirigèrent au pied des bureaux. Comptables, manutentionnaire, maître de chaix se rassemblèrent en cercle autour de Barbarin. Tous ceux se tournèrent vers la porte de l'entrepôt, quand ils entendirent crisser le gravier. Amélie, escortée de Colbert vint prendre place à côté de Benoît. D'une voix faible, touche audible, mais ferme, elle entama son petit discours.
- Monsieur Colbert, de la P.J., vient de m'apprendre que votre patron a été retrouvé mort à Paris. Il a probablement été assassiné. Le commissaire, accompagné du capitaine l'autre coin, a entamé son enquête. Il interrogera probablement certains de vous. Je vous demande de lui répondre avec sincérité. Je fais confiance à Benoît pour continuer à diriger la maison comme il le faisait déjà avec mon mari. Je vous promets de faire tout mon possible pour que la maison Cornut continuer de marcher et que vous puissiez garder votre travail.
Le silence s'installa. Chacun a accueilli la nouvelle à sa façon. Certains baissaient la tête, d'autres fixaient le plafond. Quelques-uns avaient du mal à retenir leurs larmes. Deux femmes, d'une soixantaine d'années se précipitèrent pour enlacer Amélie, sans doute des camarades d'école. Elle reprit la parole.
- Maintenant, rentrez chez vous comme d'habitude. Reprenez le travail cet après-midi. Je vous informerai de la date de l'enterrement.
Colbert fut impressionné par cette femme. Tout le monde plus avait décrit Amélie comme un personnage faible. En une demi-heure, elle s'était muée en quasi-patronne, investit du devenir de ses employés. Après un court conciliabule avec le capitaine, Colbert se retourna vers Amélie.
- Nous allons vous laisser pour l'instant. Je reviendrai cet après-midi avec mon inspecteur, M. Polmar et, le capitaine.
Lorsqu'ils furent installés dans la 403, Colbert alluma enfin sa pipe. Lecoin avait, en homme expérimenté, garé le véhicule sous un platane.
- Alors Commissaire, qu'en pensez-vous ?
- Pour l'instant, j'observe.
- Je n'aurais pas cru Amélie aussi forte, et vous ?
Colbert répondit par une question.
- Nous n'avons pas vu la fille. Savez-vous si elle est en vacances ?
- je l'ignore Monsieur Colbert. Où allons-nous ?
- À la gendarmerie, j'aimerais donner quelques coups de fil.