Le crime de la rue Blanche (46)

Episode n°46

Clouet entra dans le jeu.

                - Ça fournit un sacré mobile pour assassiner Victor.

Polmar intervint de nouveau.

                - Surtout que tous les habitants du bled en causaient, Cornut avait sûrement découvert le pot aux roses.

Barbarin regarda les policiers avec la dureté de l'homme prêt à tout pour se sauver.

                - Vous n'avez pas de preuve, ce ne sont que des racontars.

Colbert reprit la parole.

                - Pour vos magouilles, nous avons des preuves, plus qu'il n'en faut. Mais, ce n'est pas cela qui nous intéresse. Où étiez-vous le dimanche soir de la mort de Victor ?

                - Je suppose que votre inspecteur a vérifié. J'ai dîné dans un bar-restaurant où je suis connu. J'ai passé la nuit chez moi.

                - Seul ?

                - Oui, ça ne fait pas un alibi. Vous avez eu tout le temps de venir à Paris et être présent chez Cornut le lundi après-midi.

                - Et comment aurai-je su que Victor allait se rendre rue Blanche ?

                - Parce que vous avez un complice, le dénommé Dussol. Il habite l'immeuble et travaille chez Bertin. Il a attiré Victor sous je ne sais quel prétexte. Vous, vous l'attendiez.

Barbarin retrouva soudainement un peu de tonus. Il fixa Colbert droit dans les yeux.

                - Vous vous faites du cinéma Commissaire !

Il frappa un coup de poing sur le bureau de bois.

                - je vais vous apporter la preuve irréfutable que je ne me suis pas déplacé cette nuit-là.

                - Allez-y, je vous écoute.

                - Le vendredi précédent la mort de Victor, j'ai conduit ma voiture chez le garagiste du village. Je l'utilise habituellement pour faire l'aller-retour entre mon domicile et chez Cornut. Convenez avec moi que, si je suis venu à Paris, les kilomètres inscrits au compteur seront bien plus nombreux. Vous n'avez qu'à vérifier le kilométrage porté sur la facture par le garagiste. Vous verrez que je ne suis pas venu à Paris.

                - Cela montrera que votre voiture n'est pas venue à Paris. Vous avez pu en louer une ou prendre le train. Nous allons vérifier tout ceci. En attendant, vous restez ici.

Barbarin, de retour en cellule, Colbert appela Clouet.

                - Où en es-tu avec Dussol ?

                - Il m'a fourni une explication qui pourrait tenir debout.

                - Vas-y.

                - Il m'adit avoir hérité d'un grand-oncle, mort sans autre descendant.

                - Il t'a donné l'adresse du notaire ?

                - Oui.

Colbert jeta un œil à la vieille pendule, les aiguilles approchaient des douze coups.

                - ça suffit pour ce soir les enfants. Rentrez chez vous. Demain, Polmar et Mars, vous filez le plus tôt possible en Bourgogne. Aller voir les employés de chemin de fer, vérifiez si Barbarin n' a pas pris le train. Essayez aussi de savoir si quelqu'un aurait pu lui louer ou lui prêter une voiture.

Malgré l'heure tardive, il regagna à pied le boulevard Richard Lenoir. Dans la dernière brasserie ouverte de la place de la Bastille, il avala un sandwich et un demi. Ce soir, il ne ferait pas honneur à la cuisine de Madame Colbert.  Il dormit mal. Le grand bol de café noir ne parvint pas à chasser la barre qu'il avait au front. Décidément, cette affaire, il ne la sentait pas. Il n'arrivait pas à imaginer Barbarin ou Dussol en assassins. La douceur de cette fin d'été lui permit de s'installer sur la plate-forme de l'autobus. Il pouvait ainsi fumer et réfléchir à loisir. Arrivé au quai, son esprit avait cessé de vagabonder. Il tenait deux suspects, il irait jusqu'au bout. Polmar et Mars étaient, sans doute, déjà à mi-chemin de Dijon. Le retour de Laplume permettait à Colbert de disposer de la totalité de son équipe. Pour l'affaire Cornut, il n'avait besoin que de Clouet pour vérifier les dires de Dussol, concernant son héritage. Il n'attendait pas de nouvelles de Polmar et de Mars avant le début de la soirée.  Depuis deux jours, les dossiers s'étaient accumulés sur son bureau. Il passa son après-midi à gribouiller des papiers, relire les notes, les rapports, rien qui ne méritât d'y perdre son temps. A quatre heures, Clouet vint le rejoindre. Comme il s'y attendait, le notaire avait confirmé les dires de Dussol. Ce dernier avait bien hérité du grand-oncle, d'une somme un peu plus rondelette que ses dus. Dans son appartement, on avait rien relevé de suspect, rien non plus sur son compte en banque. Finalement, on ne pouvait rien reprocher, si ce n'est un vague faux témoignage. Encore une piste qui s'évanouissait. Colbert hésitait encore à le libérer. Si Barbarin était coupable de quelque chose, il était peut-être complice. Il patienta encore près d'une heure. Mars appela d'un bistrot de Dijon.


Recherche

Texte Libre

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus