Le crime de la rue Blanche (47)

Episode n°47

- Alors Mars, raconte.

                - Ca y est, patron, je crois que l’on a fait le tour. À la gare, on a vérifié les horaires, à la limite, il aurait pu être à Paris vers 5h30, le lundi matin.

                - Cela lui laissait le temps de se rendre rue Blanche.

                - Sauf qu’il n’aurait pas pu être de retour en début d’après-midi chez Cornut. En plus, j’ai retrouvé les employés qui étaient à la gare dimanche soir. Aucun d’entre eux n’a vu Barbarin ce fameux jour et pourtant, ils le connaissent. Il prend le train au moins une fois par mois.

                - Les loueurs de voiture ?

                - On a d’abord vérifié le kilométrage chez le garagiste, Barbarin a dit vrai. On a enquêté chez les loueurs, personne n’a vu notre homme.

                - Donc, on a rien pour démontrer que Barbarin a pu faire un voyage à Paris.

                - je crains bien que non, Patron.

                - Après tout, il a peut-être dit la vérité. Rappliquez sans tarder.

Malgré les hurlements du juge, Colbert avait libéré les deux témoins. Barbarin et Dussol étaient deux malhonnêtes, mais rien ne prouvait qu’ils fussent des assassins. Brigitte Cornut et Bertin décideraient ou non de porter plainte contre eux, cela ne le regardait plus. Pour Barbarin, il n’avait pas de souci, son destin était tracé. Germaine allait sûrement s’arranger pour en faire l’homme de sa vie. Dussol n’avait pas cette chance. Il allait se retrouver seul. Les traces de son enfance ne disparaîtraient pas comme la colombe de l’illusionniste. Le divisionnaire ne doutait pas qu’un jour, il aurait à nouveau maille à partir avec la police. La saveur de sa pipe se fit un peu plus âcre. Face à lui, le quarteron d’inspecteurs était au complet. Personne n’osait rompre le silence. Tous attendaient les directives du Patron.

                - On reprend tout à zéro. Quelqu’un a menti. Il y a quelque chose que l’on n’a pas vérifié.

Clouet intervint.

                - Par où on commence, Patron ?

                - Ratissez de nouveau le quartier. Vous élargissez le cercle des bars, des boîtes de nuit. Il n’est pas possible que Cornut soit allé rue Blanche par hasard !

Polmar osa une objection.

                - Mais, Patron, on a déjà tout fait.

Il s’attira une réplique cinglante.

                - Tu as une autre solution Polmar ?depuis la découverte du corps, pas mal de gens sont rentrés de vacances. Votre premier ratissage est loin d’être sans faille. Au travail !

Les quatre hommes sortirent sans ajouter un mot. Colbert se replongea dans les rapports. Il commença à relire un à un les témoignages. Quelque chose avait dû lui échapper. Au bout d’un quart d’heure, le bureau était totalement enfumé. Il avait changé deux fois de pipe, rien ne lui sautait aux yeux. Il sortit arpenter le couloir, les mains derrière le dos. Mentalement, il essayait de dresser le portrait de chacun des témoins. D’un coup, il accéléra le pas, il retourna dans son bureau. Il sortit la chemise qui contenait le dossier de la petite Julie. Ils avaient tous été bien légers. Ils s’étaient fiés à sa bonne mine. Rien dans sa vie n’avait été vérifié si ce n’est son assiduité dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. Colbert était sûr d’avoir mis le doigt sur un des nœuds de l’affaire. Tous ses inspecteurs étaient sur le terrain, il se trouvait démuni. Il brûlait de partir pour Bordeaux, mais que pouvait-il espérer d’un tel voyage ? Il mâchonna un peu plus sa pipe, relut le dossier de la petite Julie et demanda à Joseph de le mettre en contact avec le commissariat de Bordeaux. Il n’y connaissait personne, mais il savait depuis longtemps qu’un divisionnaire du 36 obtient aisément la collaboration de ses collègues de province. Joseph avait dû faire les présentations dans les règles, lorsque Colbert décrocha une voix déférente lui répondit.

                - Monsieur le Divisionnaire, je suis le commissaire Dupont, je vous écoute.

                - J’ai besoin d’une enquête discrète. Dans l’affaire de la rue Blanche, j’ai eu un jeune témoin, Julie Mauduit qui prétend que son père habite dans le sud-ouest, je voudrais que vous vérifiiez que ce monsieur existe bien et que sa fille habite bien rue Blanche à Paris.

                - Vous aurez la réponse demain matin, Monsieur le Divisionnaire.

 

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