Le crime de la rue Blanche (57)

Episode n°57

La nuit avait été calme. Nulle trace de la petite Julie. Comme prévu, il envoya Laplume et Polmar aux mœurs. Clouet et Mars devaient être prêts à interroger les trois barmans. Il attendit neuf heures et appela le docteur Monatte.

                - Bonjour Commissaire, je suis prêt à examiner votre patient.

                - Merci, Docteur.

                - Ne me remerciez pas trop vite. Dans son dossier, je n'ai rien trouvé qui nous laisse l'espoir de le faire parler.

                - Je n'en espérais pas autant, docteur ! Je vais vous exposer mon idée. Il est probable que Monsieur Pigou est conscient de ce qui s'est passé. Il a sûrement vu l'assassin.

                - Vous voudriez savoir s'il reconnaît ?

                - Oui. Je pensais le lui présenter et vous auriez observé sa réaction à ce moment-là.

                - Je suis désolé, Commissaire, je ne me livrerai pas à ce jeu-là.

                - Vous ne pourriez pas interpréter son éventuel changement d'expression ?

                - Non, Commissaire, c'est trop fragile. Je ne voudrais pas être la cause d'une erreur judiciaire.

                - Je vous comprends mais cela ne me facilite pas la tâche.

Colbert serra les dents. Même en l'absence du témoignage de la petite Julie, le juge suivrait peut-être, mais un avocat aurait tôt fait de démonter l'accusation.  Clouet et Mars débarquèrent un quart d'heure après.

                - Alors ?

                - On a interrogé les trois barmans. Notre homme n'était pas un habitué, mais il était déjà venu deux ou trois fois.

                - il a rencontré toujours la même personne ?

                - L'idée nous est venue, Patron, mais les garçons sont incapables de le dire. D'ailleurs celui qui s'en souvient le mieux, prétendait plutôt le contraire.  De toute manière, ils ne connaissent pas ses compagnons de rencontres.

                - Aucun autre indice ?

                - Maigre, Patron, un des serveurs a cru entendre que celui que notre homme a rencontré, l'a appelé « JJ ».

Colbert ne répondit pas immédiatement. Il se leva, jeta un œil à la Seine.

                - Il faut vérifier avec les stups s'ils connaissent un revendeur surnommé « JJ », c'est tout ce que l'on peut faire pour l'instant.

Il téléphona à ses collègues des garnis, rien, aucune trace de la petite Julie. Bien entendu, les deux bars, que « JJ » avait fréquenté, étaient sous surveillance. Une fois de plus, il contempla le plan de Paris, cherchant le lien entre tous ces lieux soigneusement punaisés. Pour la première fois, depuis le début de l'affaire, il alla seul déjeuner à la brasserie Dauphine. Quand il retourna au bureau, Laplume et Polmar étaient de retour. Ils avaient épluché près d' un millier de fiches aux mœurs. Ils en avaient extrait une liste d'une centaine de noms. Colbert l'emporta dans son bureau. Ses adjoints se regardèrent, incrédules, ils pensaient étudier la liste avec leur patron. Dix minutes après, il sortit et se dirigea vers Joseph.

                - Appelez-moi un taxi !

Le divisionnaire s'absenta deux heures. Quand il revint, il convoqua le quatuor dans son bureau. Il avait la mine grave, le visage fermé.

 

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