Le crime de la rue blanche (50)

Episode n°50

Julie faillit se sentir mal.

                - Il y a trois mois, j’étais devant un restaurant, du côté des Halles, à compter mes sous pour savoir ce que j’allais pouvoir m’offrir. Il arrivait face à moi. Il m’a regardée quelques instants, s’est arrêté.

                - Et il vous a invitée.

                - Sur le coup, j’ai cru que j’avais à faire à un vieux satyre. Mais, j’avais faim et il a fini par m’inspirer confiance. Il m’a fait raconter ma vie. Il m’a parlé de la sienne. C’était un homme qui avait souffert. Il savait ce que c’était la galère. Sa fille le décevait, elle était trop frivole.

                - Il s’est mis en tête de vous aider.

                - Oui, à chacune de ses visites, il venait me voir au « Grand Marché » et me donnait un peu d’argent. Il disait qu’il en avait presque trop.

                - Il s’était rendu rue Blanche, avant ce fameux dimanche ?

                - Une seule fois.

                - Vous l’attendiez ce jour-là ?

                - Non, je vous promets, commissaire. Mais, il avait pour projet de m’acheter une boutique, pour me mettre à « mon compte »

                - Il avait une grosse somme d’argent sur lui, vous pensez qu’elle était pour vous ?

                - je n’en sais rien, mais c’est possible.

                - Pourquoi m’avoir dit que vous ne le connaissiez pas ?

                - La peur des ennuis, vous auriez pu me soupçonner.

                - Et maintenant, vous pensez que je ne vous soupçonne plus ? je pourrais vous poursuivre pour faux témoignage.

Julie faillit fondre en larmes.

                - Rassurez-vous, je n’en ferai rien. Pensez-vous que Monsieur Pigou ait pu le voir entrer dans l’immeuble et le reconnaître ?

                - Je ne sais pas, il est vrai qu’il était très agité après le crime.

Le divisionnaire régla l’addition.

                - J’espère que vous m’avez tout dit. S’il vous revenait un détail, n’hésitez pas à me contacter.

Il n’était pas 15 heures quand il regagna le 36. Sans qu’il puisse dire pourquoi, cette affaire l’obsédait. Pourtant, depuis plus de 20 ans, ce n’était pas la première enquête dans laquelle il piétinait. Il misait maintenant sur deux atouts. Le docteur Monatte avait accepté d’examiner Pigou. A dire vrai, il espérait plus dans la surveillance de l’indic de Gourdon. Il laissa s’écouler l’après-midi dans l’examen des rapports sur les cambriolages et les bagarres d’après-boire. 

Le lendemain, Colbert avait décidé de s’offrir une grasse matinée. Il arriva à neuf heures alors que commençait la réunion chez le grand patron.

                - Alors, Colbert, toujours sur le crime de la rue Blanche ?

                - Oui, en partie.

                - Vous n’êtes pas près de regagner les faveurs du juge Comolies.

                - Ce n’est pas cela qui me préoccupe.

                - Vous avez raison, on s’inquiète en haut-lieu, Cornut était quand même un personnage.

                - Oh ! il n’est pas mort pour des raisons politiques. Je sais au moins pourquoi il est allé rue Blanche.

                - Et pour quelle raison s’y est-il fait trucider ?

                - Probablement le hasard.

Le patron ne chercha pas à en savoir plus. Il regagna son bureau. Joseph l’y attendait.

                - Monsieur le Commissaire, Gourdon a téléphoné.

                - Rappelle-le de suite.

Le temps de s’installer à son bureau et il était en communication avec le commissariat du IXème.

                - Colbert, le marchand de bibles vient d’arriver au bistrot dont je t’avais parlé. Il y a un jeune type avec lui.

                - Ton inspecteur est parti ?

                - Oui.

                - Je vais envoyer deux de mes hommes. Si les deux individus quittent le bar avant qu’ils n’arrivent, que le tien prenne le jeune en filoche.

 

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