Partager l'article ! Le crime de la rue blanche (51): Episode n°51 Le divisionnaire envoya Clouet et Lapuce,de retour de congés, rue de la Tour des Dam ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode n°51
Le divisionnaire envoya Clouet et Lapuce,de retour de congés, rue de la Tour des Dames. Il n’était pas loin de onze heures et les boulevards étaient saturés. Heureusement, Clouet connaissait la moindre ruelle de la rive droite. Moins d’une demi-heure après, il garait la 403 à une centaine mètres du bistrot. Sans peine, ils repérèrent l’inspecteur Caudron, Clouet se dirigea vers lui.
- Ils ne sont pas sortis ?
- Pas encore.
- Tu les as repérés ?
- Non, puisque je devais prendre en filoche le compagnon du marchand de bibles, je n’avais pas intérêt à me montrer.
- Mais comment…
- Simple, quand il sortira, le patron viendra immédiatement sur le pas de sa porte, je n’aurai plus qu’à le suivre.
- Pas mal, admit Clouet.
- Il n’y a pas d’autre sortie ?
- Non.
- Bon, je vais prendre en chasse le deuxième homme. Avec Lapuce, tu vas suivre le marchand de bibles, il ne faudrait pas qu’il nous file entre les doigts. Je pense que le patron voudra le cuisiner sous peu.
Leur attente ne fut pas très longue. Un individu d’une vingtaine d’années, maigre, efflanqué, mal rasé sortit du bar. Le taulier jaillit derrière lui. Il fit un signe discret à l’inspecteur Caudron. Clouet laissa prendre au jeune homme une avance respectable. Caudron et Lauce attendirent la sortie du marchand de bibles et firent de même. Sans crainte apparente, le « pasteur » regagna la rue Blanche. Les deux policiers s’arrêtèrent à une cinquantaine de mètres de l’immeuble. Laplume se tourna vers son compagnon.
- Je reste en planque, tu vas dans le premier bistrot venu, tu appelles le commissaire Colbert et tu lui expliques la situation.
Caudron partit en maugréant, murmurant dans sa barbe qu’il n’était pas le larbin du 36, mais s’exécuta quand même. Dans son bureau, Colbert tournait comme un lion en cage, allumant pipe sur pipe. La sonnerie du téléphone le soulagea.
- Parfait, Caudron, j’arrive.
Oubliant le déjeuner, il se fit conduire rue Blanche par Polmar. La chaleur était revenue, encore plus pénible depuis que les rues étaient de nouveau envahies. Colbert desserra sa cravate et s’épongea le front. Il réfléchissait au cas du marchand de bibles. Si les « stups » étaient à ses basques, il pouvait difficilement l’arrêter sans mettre en cause des mois de travail. Il fit arrêter Polmar près d’un bar-tabac de la place Saint-Georges. Il appela la brigade en question et obtint son accord pour l’interroger, comme simple témoin. Pas question de l’emmener au 36. Par correction, il appela Gourdon pour l’inviter à le rejoindre. Le courageux policier déclina l’offre. Colbert se sentait libre d’agir. Il termina son dernier demi, alors que Polmar avalait les dernières bouchées d’un énorme sandwich. Le divisionnaire sourit, son inspecteur était un homme heureux qui savait apprécier les petites choses de la vie. Arrivé rue Blanche, il libéra l’inspecteur Caudron. Suivi de Lapuce et de Polmar, il monta toquer à la porte du « pasteur ». L’homme ressemblait à ce qu’il s’était imaginé. Grand, mince, un visage austère et doux à la foi, il avait de quoi inspirer confiance. À sa vue, aucun gendarme n’aurait l’idée d’aller fouiller sous ses bibles.