Partager l'article ! Le crime de rue blanche (60): Episode n°60 Dans les jours qui suivirent la mort de Jussion, Colbert inquiétat. Tout le monde savait q ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode n°60
Dans les jours qui suivirent la mort de Jussion, Colbert inquiétat. Tout le monde savait qu'après une affaire plus ou moins ratée, il traversait une période difficile. Pendant un ou deux jours, il ne desserrait pas les dents. Il se refaisait le film de l'enquête, cherchant inlassablement la faille. Puis, peu à peu, le quotidien reprenait ses droits, mais il gardait en mémoire chaque détail, espérant que découvrir l'élément oublié. Mais cette fois, la situation paraissait plus grave. Le jeune Jussion était enterré depuis une semaine et le divisionnaire ne s'était intéressé à aucune autre affaire. Il laissait Clouet s'occuper des problèmes courants. Même deux crimes dont il aurait normalement dû s'occuper l'avaient laissé indifférent. Un cadavre poignardé dans la Seine au pont de l'Alma n'avait pas retenu son attention. Quand Madame Dujardin était venue, comme à l'accoutumé, vérifier que ce n'était pas le cadavre de son fils, il prétexta un rendez-vous urgent à l'extérieur. Pour la première fois, ce fut Mars qui la réçut. Le grand Patron, y compris tout le monde faisait comme si Colbert était en congés. D'ailleurs, il ne passait que peu de temps au bureau. La PJ n'était pas la seule à s'interroger sur l'état de santé du commissaire. Madame Colbert commençait à s'inquiéter. Son mari rentrait tard, la plupart du temps sans l'avoir prévenue. Elle était habituée à ce que ses vêtements empestent le tabac, mais depuis plusieurs soirs, des parfums de femmes de mauvaise vie s'y mêlaient. Son haleine était chargée de mauvais alcools que l'âcreté du tabac gris ne parvenait pas à dissimuler. Il dînait rarement boulevard Richard Lenoir et les rares fois où il s'installait à table, il grignotait du bout des lèvres le fricandeau à l'oseille. Madame Colbert était désemparée. Leurs seuls échanges se limitaient au quotidien. Il avait refusé l'invitation des Pardon. Au bout de dix jours d'angoisse, elle prit son courage à deux mains et téléphona à Clouet chez lui. Le fidèle Clouet ne masqua pas son étonnement.
- Que vous arrive-t-il Madame Colbert ?
- Ce n'est pas dans mes habitudes, Monsieur Clouet, mai je suis inquiet pour mon mari ! Comment est-il au bureau ?
L'inspecteur ne lui masqua rien de la réalité. Il conclut ainsi.
- On dirait que le dénouement de l'affaire Cornut l'a brisé.
- Franchement, quelle est votre opinion ?
- je suis comme vous, je n'y comprends rien.
- Comment avez-vous identifié « JJ ».
Clouet n'en savait guère plus. Mais, quand il dit le fils de la « Grande Perche », un long silence s'en suivit.
- Est-ce que je peux vous demander un service Monsieur Clouet ?
- Allez-y.
- Vous pourriez mettre quelqu'un sur les pas de mon mari. Je voudrais connaître ses faits et geste tout au long de la journée.
Clouet ne répondit pas immédiatement.
- N'importe quel policier de Paris serait immédiatement repéré. Votre mari a croisé tant de monde au cours de sa carrière.
- Que pouvons-nous envisager ?
- Laissez-moi un jour et je vais trouver le moyen.