Descent aux enfers (26)

Episode n°26

Au commissariat de Châtel-sur-Loire, on jouait petit à petit à front renversé. Blanchard enquêtait le gratin, Lambert les bas-fonds et finalement il ne se débrouillait pas si mal ! Accompagné de Martin, Il avait écumé les endroits « louches » de la ville. Chacun savait bien que dans six ou sept bars ou boites de nuit, bien connus de la police, on trouvait tous les plaisirs dont la bonne société aime s’encanailler. Comme disait Meunier, Il vaut mieux fermer les yeux sur quelques sites bien contrôlés que traquer la vente de shit sous les fenêtres de l’hôtel de ville. Il oubliait d’ajouter que les RG y trouvaient matière à quelques « blancs » sur les hommes qui comptent dans la région. Piloté par qui ? Allez savoir. Lambert avait quitté son air pincé pour aller tâter du verlan chez les petits dealers et autres demi-sel. Il appliquait la vieille technique du coup de pied dans la fourmilière. Il rencontra une dizaine de patrons de bar parmi les plus louches. Pour chacun, le message était clair. Jean-Marie Garin avait été assassiné par des petites frappes qui hantaient encore probablement la ville. Malheur à celui qui prendrait le risque de leur donner asile ou de cacher quelque chose  à Lambert. On trouverait bien une pacotille pour fermer sa taule. Dans ces cas-là, il est bien rare que l’on ne trouve pas un causeur. Le 21 septembre, José, le patron de « L’ambiguë », appela directement Lambert. Il avait honneur de compter dans sa clientèle Robert un antiquaire bien connu de Châtel-sur-Loire, il pouvait jouer aussi bien le receleur que le prêteur sur gages. Il avait deux faiblesses, la coke et les très jeunes filles. Justement, la veille au soir, il avait abusé des deux. Ayant vidé son habituelle bouteille de Jack Daniels, Il se mit à parler comme un livre. Il avait déjà tout vu dans la ville, on lui avait tout offert, les bijoux de la mère, les meubles de la belle-mère, bref tout ce qui pouvait servir lorsque le banquier commençait à s’énerver. Mais la veille, il avait vu débarquer un fournisseur peu ordinaire. L’homme qui avait poussé la porte de son échoppe était plutôt du genre « bronzé »  et les objets qu’il proposait n’étaient sûrement pas hérités de son défunt père. Ah non, José ne savait pas de qui parlait Robert, mais quand il émergerait, il se ferait certainement un plaisir de renseigner l’inspecteur Lambert.

A quinze heures, celui-ci poussait la porte arrière du magasin.

-              Alors Robert, la soirée a été sympa ?

-              Pour tout vous dire M. Lambert, j’ai une gueule de bois de première et je ne me souviens pas très bien.

Lambert lui mit sous les yeux les polaroids.

-              Ca va te rafraîchir la mémoire. Tu sais dans le combien ça va chercher ce genre de galipettes. Et si en plus, le viol est avéré, ta vie en prison ne ressemblera pas aux colonies de vacances de ta jeunesse. Si j’y rajoute les sachets de coke que l’on vient de trouver dans ton tiroir, tu es quitte pour trouver un bon gérant pour ta boutique

-              D’accord, hier soir on a un peu abusé mais vous voulez le nom des notables qui ont participé à nos ébats ?

-              Pas la peine, j’ai déjà le bottin mondain. Je veux le nom de ton visiteur bronzé.

-              Ah ! Mais, je ne le connais pas M. Lambert, il ne m’a pas laissé sa carte de visite.

-              A ta guise Robert, tu vas prendre une douche ! Prendre une douche pour chasser les odeurs de coyotes et nous suivre gentiment.

Robert ne se fit pas prier. Quelques journalistes continuaient de faire le pied de grue face au commissariat de Châtel-sur-Loire. L’arrivée de Lambert faillit tourner à l’émeute. Les deux gardiens de la paix eurent du mal à escorter Robert jusqu’au bureau de Lambert. Meunier apparut au bout du couloir. Lambert lui relata rapidement les raisons de la présence de Robert.

-              Ecoutez Robert, je n’irai pas quatre chemins. Oublions la coke, les ébats douteux. Nous voulons votre fournisseur potentiel. Enfin, un dernier conseil, retrouvez la mémoire avant ce soir !

Robert n’eut pas à attendre le soir pour guérir de son amnésie. Lambert avait sa disposition un trombinoscope de petites frappes bronzées ou non qui vivaient en marge de la bonne société châtelnoise. En consultant cette galerie de portraits, la mémoire de Robert revit. Sans hésiter, il désigna Mourad déjà fiché comme petit dealer. En insistant un peu, Lambert apprit qu’il fournissait Robert de temps à autre.

-              Hé bien voilà mon petit Robert, les choses se précisent, tu n’as plus qu’à nous dire où on peut trouver ce charmant jeune homme !

-              Désolé, M. Lambert, je n’en ai pas la moindre idée

-              Ok, mais tu sais bien le contacter !

 

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