
Comme dit mon éditeur, "né dans une grande famille stéphanoise de mineurs", et il a raison. C'est vrai que c'était il y a déjà longtemps.......... Mais bon, la mine Saint-Etienne et les paysans
c'est un peu ma marque de fabrique et je n'en suis pas peu fier! Pour le reste, je suis venu sur le tard à l'écriture. Je n'essaye pas de savoir si c'est une vocation tardive ou une envie
refoulée. Je pense que j'ai toujours eu envie de raconter des histoires. Alors, pourquoi pas devenir auteur de polars!!! Mais assez parlé de moi, en route vers mes bouquins. C'est parti pour des
promenades à Saint-Etienne, Libourne, Billom, Saint-Mihiel,sous les verrières mystérieuses de la Gare de Lyon ou les hangars de chez Latécoère

Episode21
Yves Larteaux quittait rarement les locaux du journal avant 22 heures. D’ailleurs, il aimait ce moment où les bureaux s’étaient vidés. Bien sûr, les locaux du « Renard futé » n’avait rien de commun avec ceux du « Monde ». On était dans l’amateurisme. Quatre pièces ressemblant vaguement à des antres de journalistes, mobilier bancal, fax archaïque et téléphones d’un autre âge constituaient les outils de travail des huit salariés, à temps partiel pour la plupart. C’était tout le personnel que pouvait s’offrir le « Renard futé ». Et pourtant, nombre d’hommes politiques, locaux ou non, n’aimaient pas le mercredi. Grâce à un réseau inégalé d’indicateurs, le « Renard futé » s’était fait le spécialiste de la dénonciation des grands et petits travers des hommes qui comptent. Quel Président de Conseil général n’avait pas tremblé à l’évocation du marché de la construction de l’hôtel du département ou de l’implantation du dernier hypermarché ? Pourtant, cette fois, Yves Larteaux ne la sentait pas cette affaire. Il avait sauté sur les genoux de Jean-Marie Garin. Il savait bien, qu’avec son père, ils étaient bien loin de constituer un duo de parfaits honnêtes hommes. La fibre familiale ne l’avait jamais empêché de dénoncer les scandales de la gestion Larteaux-Garin. Cette fois, il ne s’agissait plus d’emplois fictifs ou de commissions occultes, il y avait mort d’homme. Il avait réussi depuis cinq ans à éviter les excès qui consistent à flatter la curiosité malsaine du lecteur. Dans les colonnes du « Renard futé », pas d’allusion aux affaires sordides ou de violences, les dérives affairistes des politiques fournissaient déjà une matière surabondante ! Donc, sauf si le meurtre de Jean-Marie était lié à un énorme scandale financier, il ne serait plus évoqué dans le « Renard ». Privé d’une vie familiale normale en raison des activités de son père, Yves avait appris très tôt à occuper ses soirées. Il avait rarement suivi ses compagnons d’étude dans leurs sorties branchées. Il n’était pas un homme de son époque. Il pensait encore que la presse devait être un contre pouvoir. Il avait refusé des tas de propositions alléchantes d’hebdomadaires politiques parisiens de droite comme de gauche. Mais franchement, il ne s’imaginait pas partager les petits fours avec des directeurs de cabinet pour remplir les indiscrétions politiques du « Nouvel Obs ». Il connaissait bien depuis son plus jeune âge les relations incestueuses du petit monde politique et médiatique. En culottes courtes, il avait côtoyé la plupart des hommes et des femmes qui font l’opinion. Il ne gardait pas un souvenir grandiose de ces samedis après-midi qu’il passait, avec sa sœur, à observer le balai des hélicoptères qui transportaient le beau linge à la demeure familiale. Il avait vu ainsi défiler des directeurs de journaux, des éditorialistes politiques, des patrons d’instituts de sondage. Claudia ne se lassait pas de ce spectacle. Dès son plus jeune âge, avec les plus grands personnages, elle savait jouer les enjôleuses. Elle n’était jamais en retard, lorsqu’il s’agissait de poser avec papa et maman pour les affiches électorales. Yves vivait ces instants comme des corvées. Il n’était pas prêt d’oublier la fureur de son père, lorsque, oublieux de l’heure, on l’avait retrouvé lisant Olivier Twist au lieu de poser sur le gazon.
Pour ce soir, ce serait couscous chez Ahmed. Il ne se souvenait même plus de son nom de famille. Ahmed faisait partie de son univers depuis toujours. Durant toute son enfance, il avait été tour à tour le père, le grand frère. Il venait trois fois par semaine entretenir le vaste parc de la demeure familiale. Yves attendait ces jours avec impatience. Souvent Ahmed l’avait consolé d’une réprimande paternelle. Et puis Ahmed connaissait des tas d’histoires. Homme de bon sens, plus d’une fois, il l’avait convaincu que l’heure n’était plus aux jeux et évité ainsi le courroux parental. Un jour, Ahmed a abandonné le jardinage. Homme vivant de peu, ses économies lui avaient permis de se mettre à son compte. Il avait ainsi ouvert un petit restaurant de cuisine marocaine. On y dégustait les meilleurs couscous, tajines et autres pastillas de Châtel-sur-Loire. Yves y avait une table réservée… à la cuisine. Il n’avait pas besoin de téléphoner, son couvert l’attendait. Après ses deux assiettes de tajine d’agneaux à l’abricot et sa demi-bouteille de Gerrouane gris, il était rassasié. Ahmed vint s’asseoir, la salle était vide.