
Comme dit mon éditeur, "né dans une grande famille stéphanoise de mineurs", et il a raison. C'est vrai que c'était il y a déjà longtemps.......... Mais bon, la mine Saint-Etienne et les paysans
c'est un peu ma marque de fabrique et je n'en suis pas peu fier! Pour le reste, je suis venu sur le tard à l'écriture. Je n'essaye pas de savoir si c'est une vocation tardive ou une envie
refoulée. Je pense que j'ai toujours eu envie de raconter des histoires. Alors, pourquoi pas devenir auteur de polars!!! Mais assez parlé de moi, en route vers mes bouquins. C'est parti pour des
promenades à Saint-Etienne, Libourne, Billom, Saint-Mihiel,sous les verrières mystérieuses de la Gare de Lyon ou les hangars de chez Latécoère

Episode 25
Yves Larteaux n’en revenait pas. Le dossier qu’on lui avait livré dépassait ses rêves les plus fous. Il lui avait fallu des mois d’enquête pour démontrer que les marchés de la construction du pont sur la Loire inauguré trois ans plus tôt étaient totalement truqués et voilà qu’on lui offrait sur un plateau tous les mécanismes de corruption du marché le plus important de ces dix dernières années. L’eau, l’assainissement, les ordures avaient généré des millions de commissions occultes dont les principaux bénéficiaires étaient Firmin Larteaux et Jean-Marie Garin. Les règles, les plus élémentaires, de passation des marchés avaient été violées. Les Châtelnois avaient, depuis près de dix ans, été rackettés pour enrichir une petite clique d’individus qui tenait la mairie. L’origine de l’affaire remonte à 1985 ; Lartheaux a besoin d’asseoir définitivement son emprise sur la ville. Le duo a bien l’intention de l’utiliser comme base de conquête future. Pour Larteaux, il s’agissait rien de moins que l’Elysée ou Matignon. La SGEA (Société Génerale d’eau et d’assainissement) allait prendre les choses en main pour façonner l’image de Firmin Larteaux. Au travers d’un nombre invraisemblable de sociétés écran, comptes « off shore », l’argent des Châtelnois finançait réceptions, journaux électoraux et journalistes complaisants. Les vingt cinq pages du dossier bleu détaillaient les mécanismes, les intermédiaires, les bénéficiaires. D’après l’auteur, tout commençait par un déjeuner entre Marcel Renaudi, patron historique de la SGEA, Jean-Marie et Firmin. Leur brillante réélection aux municipales de 1983 avait renforcé leur position au sein de la droite. Dès le lendemain des résultats, Blamont lui avait téléphoné, il comptait sur lui pour faire de Châtel-sur-Loire une vitrine de la gestion « libérale sociale ». Le premier pas vers le paradis d’une économie plus soucieuse de la liberté pouvait être la privatisation de l’eau. Naturellement, il s’agissait de confier cette gestion à un groupe dont le savoir-faire était internationalement reconnu.
La SGEA plaçait ses pions à droite comme à gauche. Elle finançait généreusement, au travers de sa fondation pour la recherche en économie, les luxueux bureaux de l’équipe rapprochée de Blamont. Pas avare des deniers du citoyen, elle accueillait l’ANPS ( Association pour une Nouvelle Pensée Socialiste) dont le président était Philippe Backan, l’étoile montante de la nouvelle gauche.
Entre les trois hommes, le courant passa immédiatement. La ville allait céder, dans un premier temps, la gestion du réseau de distribution d’eau à la SGEA. En contrepartie, elle allait prendre à sa charge une bonne partie des dépenses liées à la carrière politique des deux hommes. L’intervention de la SGEA se faisait à trois niveaux :
- Publicité surfacturée dans le journal du député Larteaux et du sénateur Garin ;
- Organisation de manifestations avec les personnalités qui comptent pour vendre l’image de la gestion Larteaux-Garin ;
- mise à disposition à un prix défiant toute concurrence de deux appartements parisiens.
Dans les faits, tout était pris en charge par une petite société de communication, « Elégance », filiale à 95% de la SGEA et basée aux îles Caïmans. Trois bureaux dans le centre d’Orléans constituaient son pied à terre en France. Mais son rôle consistait surtout à organiser. Elle avait par exemple, organisé le colloque « Economie et Santé » où quelques éminences étaient venues parader. Jean-Marie et Firmin avaient ainsi pu être filmés devisant avec John Taylor le nouveau gourou du parti travailliste anglais. Par petites touches, sous la houlette de Claudia, et avec l’argent de la SGEA, Elégance construisit l’image de Firmin Larteaux. Pendant cinq ans, Elégance finança l’insertion de Firmin et de Jean-Marie dans tous les réseaux d’influence. Yves Larteaux croyait naïvement que les journalistes en vue ou intellectuels de gauche qui venaient passer le week-end à Châtel-sur-Loire, étaient les invités de son père. Pas du tout, ils étaient les invités (ou les obligés) d’Elégance. Son action avait été d’une efficacité réelle, Firmin Larteaux s’imposait maintenant, à droite, comme un homme incontournable. Au total, l’auteur estimait que la SGEA avait dépensé une cinquantaine de millions pour façonner et soutenir l’image de Firmin Larteaux. Pour compléter le dossier, il trouva dans la chemise bleue des coupures de presse, des copies des délibérations du conseil municipal concernant la concession et des copies de factures diverses réglées par Elegance (traiteur, voyages en hélicoptère, notes d’hôtel). En refermant la chemise plastique, Yves Larteaux restait perplexe. Un journaliste à sensations, n’aurait pas hésité une seconde. Il aurait exploité outrageusement pareille mine. Mais Yves était prudent, rien n’authentifiait ces documents. L’homme, qui avait déposé le dossier, n’avait pas agi gratuitement. Même si le dossier était le parfait reflet de la réalité de Châtel-sur-Loire, il n’avait pas envie d’être le jouet d’un règlement de compte. Il attendrait donc un nouveau signe de cet (te) inconnu(e). Enfin il lui restait une interrogation. Dans cette affaire, il voyait bien l’intérêt politique de son père, il ne trouvait pas celui de Jean-Marie Garin. Firmin pouvait espérer être ministre voire plus, mais que pouvait espérer Jean-Marie.
Il pensait également que le moment était venu de rencontrer Blanchard.