
Comme dit mon éditeur, "né dans une grande famille stéphanoise de mineurs", et il a raison. C'est vrai que c'était il y a déjà longtemps.......... Mais bon, la mine Saint-Etienne et les paysans
c'est un peu ma marque de fabrique et je n'en suis pas peu fier! Pour le reste, je suis venu sur le tard à l'écriture. Je n'essaye pas de savoir si c'est une vocation tardive ou une envie
refoulée. Je pense que j'ai toujours eu envie de raconter des histoires. Alors, pourquoi pas devenir auteur de polars!!! Mais assez parlé de moi, en route vers mes bouquins. C'est parti pour des
promenades à Saint-Etienne, Libourne, Billom, Saint-Mihiel,sous les verrières mystérieuses de la Gare de Lyon ou les hangars de chez Latécoère

Episode 32
La mise en garde à vue de Mourad lui avait donné un peu d’air. Successivement, le préfet, le maire, le ministre de l’intérieur l’avaient félicité des progrès de l’enquête. Ca le changeait des engueulades précédentes. Il était presque guilleret lorsqu’il arriva au bureau. Sa bonne humeur fut de courte durée. Blanchard demandait à voir Meunier !
- Alors Blanchard, vous êtes mécontent de votre notation !
- Oui toujours, mais je tenais à vous parler des affaires en cours.
- La principale me semble en voie de résolution.
- Pas tout à fait !
- Bon, vous êtes décidé à me gâcher la matinée. Je vous écoute.
- Vous croyez à la culpabilité de Mourad ?
- On a retrouvé chez lui des objets appartenant à Jean-Marie Garin.
- Oui, mais pas d’empreinte.
- D’accord, mais les petits salauds ont pu mettre des gants et de plus il n’a pas d’alibi !
- Il ne va pas aller clamer sur les toits qu’il vendait du shit sur le quai des mariniers !
- C’est moins risqué que d’être inculpé de meurtre.
Blanchard haussa les épaules.
- Cette affaire est cousue de fil blanc, on vous sert un coupable idéal sur un plateau. Vous avez réfléchi ? Qui a intérêt à ce qu’elle ne sorte pas du fait divers banal ?
Blanchard n’obtint pas la réponse puisque la sonnerie insistante du téléphone interrompit leur conversation. Meunier pria Blanchard de sortir quelques instants. Cinq minutes après, il retrouva un commissaire furibond.
- Blanchard, j’avais le préfet au téléphone et le temps des félicitations est passé. Qu’est ce qui vous a pris de bousculer cette pauvre Marie Jacquet-Rivière ?
- Notre entretien a été tendu, mais je suis resté d’une courtoisie parfaite.
- Elle se plaint de harcèlement. Qu’est ce que cette histoire de fouille dans les papiers personnels de Jean-Marie ?
- Rien que de la routine Commissaire.
Blanchard lui raconta les étranges absences de toute trace de factures concernant la fameuse réception d’anniversaire.
- Enfin, c’est un peu léger tout cela ! Où voulez-vous en venir ?
- Je n’ai jamais cru à l’hypothèse du crime crapuleux. Vous non plus d’ailleurs, mais pour l’instant, elle vous arrange. Mais, imaginons que sortent du coffre de Jean-Marie quelques dossiers compromettants pour des éminences locales, la thèse du crime crapuleux prend l’eau et vous avec !
La remarque ébranla Meunier.
- Ecoutez Blanchard, je vous rappelle comment s’est terminée votre dernière mise en cause d’un homme politique.
Le rappel n’était pas inutile. Blanchard avait failli être muté d’office. Il avait joué de malchance. Tout le travail avait été annulé par une faute de procédure. Pourtant, l’affaire se présentait bien. Dans le coffre fort de la patronne du « Monte Christo », une boîte où opéraient quelques prostituées notoires, Blanchard avait découvert un acte notarié qui montrait que l’essentiel des parts de la boîte était détenu par un conseiller général communiste. Il y avait largement de quoi le faire tomber pour proxénétisme. Mis en garde à vue, il continuait d’affirmer tout ignorer des activités de la boîte. Manque de chance, deux des filles confirmèrent qu’il fréquentait la boîte un soir sur deux et prenait même une partie de ses dividendes en nature. Las, un oubli de date sur un PV d’audition provoqua l’annulation d’une partie de la procédure et la libération de l’édile locale. Telle une armée de corbeaux, la presse fondit sur le juge Langlois et sur Blanchard. Oublieuse de l’erreur de procédure, elle avait placé les deux hommes en position d’accusés. Le quasi-proxénète passait pour une victime. Meunier était furieux. Il était à deux doigts de demander la mutation de Blanchard. L’intervention de Langlois fut décisive. Il restait à Châtel-sur-Loire sous surveillance.
- Rassurez-vous, je n’ai pas oublié que mes collègues de Roubaix attendaient toujours quelqu’un pour s’occuper des archives.
Sans difficulté, il convainquit Langlois de perquisitionner dans les bureaux d’Elégance. Ils étaient situés dans un immeuble défraîchi d’une ruelle sans issue d’Orléans. Le directeur était un jeune diplômé d’HEC. Il commença à prendre de haut l’équipe de fouineurs, pestant contre les empêcheurs d’exercer la libre entreprise. Sans se laisser impressionner, Langlois pria le jeune loup de regagner son bureau. Les enquêteurs eurent l’impression de pénétrer dans la caverne d’Ali Baba. Ils saisirent trente cartons d’archives, bons de commande, factures, et au plus grand dam des occupants mirent la main sur les cinq micro-ordinateurs qui ornaient les bureaux. Comme Langlois ne faisait jamais les choses à moitié, trois membres de la brigade financière vinrent prêter main forte. Au bout de trois jours d’exploration, la véritable nature d’Elégance apparaissait au grand jour. Schématiquement, son rôle était le suivant : il s’agissait de restituer aux hommes politiques ce que la SGEA ou d’autres sociétés surfacturaient aux collectivités territoriales et donc prélevaient dans la poche du citoyen. La méthode était simple et robuste. Elegance facturait des prestations fictives aux entreprises et réglait les dépenses bien réelles des hommes politiques. La liste des bénéficiaires était longue comme le bottin mondain. Le entreprises concernées étaient aussi bien les géants du béton que les éléphants de la distribution d’eau, bref tous les bénéficiaires de marchés publics. L’affaire allait prendre une ampleur inattendue. Langlois demandait à être secondé. Blanchard se voyait dépasser par l’évènement. Il ne s’imaginait pas démêlant les fils de cette monstrueuse entreprise de corruption. Il laisserait cela aux spécialistes. Seule l’affaire Garin l’intéressait. Les résultats de la perquisition validaient le dossier de Yves Larteaux. La lecture du Renard déchaîné allait devenir captivante.