Episode 33 L’affaire de la SGEA n’était pas la première dévoilée par le Renard. Mais celle-ci était sans commune mesure. Pensez donc, un futur ministre de l’économie, son adjoint, sénateur,
assassiné dans des circonstances mystérieuses, des hauts fonctionnaires, une partie de l’Etat major d’un des plus puissants marchands d’eau de la planète trempant dans des combines douteuses, une
vraie manne ! Cette fois, Yves Larteaux avait décidé de se lâcher et il n’y alla pas de main morte. Pourtant, la décision n’avait pas été facile à prendre. Trois jours après son dîner avec
Blanchard, il avait reçu confirmation de la véracité des pièces du fameux dossier. Jusqu’alors, il avait vécu dans l’incertitude, espérant plus ou moins une manipulation. Mais la parole de
Blanchard était sans appel. Il découvrait que son père n’était pas seulement un homme politique corrompu, mais qu’il avait été fabriqué de toute pièce. Tel un produit de lessive, il avait été vendu
à la ménagère de moins de cinquante ans. Le moindre de ses gestes avait été pesé par des équipes de sondeurs, des armées de communicants. Bien entendu, tout ce cirque n’avait pas été gratuit. La
SGEA se payait sur la ville et misait fort sur son entrée à Bercy. Pour la première fois, Yves Larteaux avait fermé la porte de son bureau. Ce théâtre d’ombres chinoises lui donnait la nausée. Il
n’entendit pas ses compagnons quitter le journal. A huit heures, il s’extirpa de son fauteuil comme d’un cauchemar. A huit heures et demi ; sa guimbarde se posait sur le parking du restaurant
d’Ahmed. Comme d’habitude, il entra par la cuisine. Ahmed achevait de préparer deux assiettes de Pastilla. - hé ben dit donc, ça va pas fort ! Il ne reçut pas de réponse. Après avoir satisfait
l’appétit de ses deux convives, il revint dans la cuisine. - Poulet-olives-citron, ça te va ? En guise de réponse, il reçut un grognement d’approbation. Il déposa devant un Yves, au regard perdu,
une copieuse assiette et l’habituelle bouteille de Gerrouane gris, puis s’en retourna discuter avec quelques habitués. Une heure après, il retrouva Yves devant l’assiette vide et la bouteille bien
entamée. - Alors Garçon, tu crois trouver des réponses au fond des bouteilles ? - Non, tu as raison ! - Alors, raconte-moi un peu. Yves lui raconta, par le menu, la découverte du dossier, sa
rencontre avec Blanchard, sa certitude de la véracité de tout cela. - Depuis, je ne dors plus Ahmed, je suis décidé à publier tout ça et en même temps j’en suis malade ! - Je crois que Blanchard a
raison, tu vivais sur des illusions. Tu te faisais plaisir en dénonçant les petits travers de ton père. Tu fais semblant maintenant de découvrir le monde dans lequel tu as vécu. Mais enfin, moi je
n’ai pas fait Sciences-po et tout cela je l’avais deviné, alors toi ? Tu as oublié le balai d’hélicoptère qui transportait tout ce monde à la demeure paternelle, vos vacances à l’île Maurice où
l’argent ne semblait pas manquer ? - D’accord, je ne voulais pas voir. Mais, maintenant Jean-Marie est mort et j’ai peur que sa mort ne soit liée à tout ça ! - Ecoute Garçon, Elégance a été
perquisitionnée, et pour l’instant, personne ne pense à faire le lien avec la mort de Jean-Marie. - Blanchard fouille et je n’aimerais pas le voir trouver quelque chose. Pourtant je ne vois pas
l’intérêt de Jean-Marie dans tout ça. Mon père est le principal bénéficiaire sur le plan politique. Jean-Marie a en a tiré quelques avantages matériels, mais, vu son assise, il n’en avait pas
besoin ! Malgré les protestations d’Ahmed, il se servit une deuxième tournée d’eau de vie de poire. Lorsqu’il voulut reprendre son tracassin, Ahmed se fâcha. - Pas question garçon, tu dors ici. Je
n’ai pas envie d’être complice d’un suicide.