
Comme dit mon éditeur, "né dans une grande famille stéphanoise de mineurs", et il a raison. C'est vrai que c'était il y a déjà longtemps.......... Mais bon, la mine Saint-Etienne et les paysans
c'est un peu ma marque de fabrique et je n'en suis pas peu fier! Pour le reste, je suis venu sur le tard à l'écriture. Je n'essaye pas de savoir si c'est une vocation tardive ou une envie
refoulée. Je pense que j'ai toujours eu envie de raconter des histoires. Alors, pourquoi pas devenir auteur de polars!!! Mais assez parlé de moi, en route vers mes bouquins. C'est parti pour des
promenades à Saint-Etienne, Libourne, Billom, Saint-Mihiel,sous les verrières mystérieuses de la Gare de Lyon ou les hangars de chez Latécoère

Episode 34
Yves se laissa faire, ce n’était pas la première fois qu’il occuperait la petite chambre qu’Ahmed réservait aux gens de passage. Quelques posters du désert, une belle photo d’Essaouira, deux fauteuils, une table basse sur laquelle trônait un plateau de cuivre garni d’une théière donnaient à la petite pièce un air de chambre pour touristes en mal d’exotisme. On s’y sentait bien. Loin de lui embrumer l’esprit, l’alcool lui avait éclairci les idées. Il le voyait son article. A trois heures du matin, il s’allongea habillé sur le lit de fer. Quatre feuillets soigneusement calligraphiés étaient déposés sur la table de nuit. La sortie du Renard était pour après-demain. Dès neuf heures, il était au bureau et demanda qu’on lui réserve la «une ». En première page et gros caractères, le Renard titrait :
Les eaux troubles de Châtel-sur-Loire.
Depuis cinq ans, il suffit de se promener sur les marchés pour entendre les Châtelnois se plaindre de la montée régulière de leur facture d’eau. A chaque récrimination, les autorités locales avaient les explications ad-hoc. Il fallait rénover le réseau laissé scandaleusement délabré par les prédécesseurs du duo Garin-Larteaux. De nouvelles installations étaient indispensables pour assurer à la population une eau de qualité irréprochable et se conformer aux exigences européennes. Sans nier ces contraintes, l’envolée du prix de l’eau a aussi des explications plus douteuses. Tous les Châtelnois l’ont remarqué, la hausse a commencé dès lors que la SGEA a reçu la concession de la gestion de l’eau de la ville. Cette concession s’est accompagnée, nous en avons les preuves, d’un véritable pacte de corruption noué entre les autorités locales et la SGEA. Nous en avions en son temps posé des questions, restées sans réponse, sur la manière dont avait été passé ce marché. Maintenant nous comprenons mieux pourquoi. Outre la concession de l’eau la liste des marchés gagnés par la SGEA ou ses faux nez est impressionnante. Près de 30 % du budget de cette cité de 500 000 habitants étaient remportés par cette brillante société. Et, à chaque fois, 3 à 5 % du marché servait à façonner et à entretenir l’image de Firmin Larteaux. La société Elégance, par qui transitait l’essentiel de ces sommes réglait, sans sourciller, les dépenses les plus folles ; séminaires plus ou moins bidons, week-end, chasses privées, notes de couturier. Dans sa grande générosité, avec l’argent des Châtelnois, Elégance prenait en charge la location du pied à terre de Firmin Larteaux dans le VIIème arrondissement de Paris. Lors de la dernière campagne législative, elle a déboursé près de 12 millions de francs pour financer quatre sondages, régler la note de trois imprimeurs, payer la location du local de campagne. Le préjudice subi par les Châtelnois n’est aujourd’hui pas chiffrable. Il faudra plusieurs mois aux limiers de la Brigade financière pour démonter le mécanisme de cette vaste entreprise de corruption avérée.
A l’heure où notre maire est cité comme un futur ministre des finances, notre devoir est d’éclairer les citoyens sur les circonstances de son ascension politique. Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle ne résulte pas des pratiques douteuses habituellement utilisées pour faire bénéficier les partis politiques des marchés publics. Il ne s’agissait pas de financer en sous main quelques panneaux électoraux. L’entreprise est ici d’une toute autre ampleur. La SGEA, et quelques autres, ont tout bonnement tenté de construire un homme politique « à leur main ». L’intérêt particulier d’un soi disant homme d’Etat a rencontré celui du dirigeant d’un des plus gros marchands d’eau de la planète. Si cette compagnie a accepté de financer sans sourciller la carrière de Firmin Larteaux, c’est qu’elle en espérait de solides retours. Elle misait sans doute sur quelques participations à prix d’ami dans des sociétés privatisables, des facilités d’obtention des marchés publics, un appui discret des réseaux du futur ministre pour ses conquêtes africaines. Tout ce façonnage d’images aurait été impossible sans la complicité intéressée des médias nationaux La discrète perquisition du juge Langlois dans les locaux de la petite société de communication Elégance montrera sans doute que cette pratique n’était pas isolée. Faut-il pour autant s’en accommoder au prétexte qu’elle touche tous les milieux politiques ? NON. Dans le contexte châtelnois, les citoyens ont le droit d’être informés et chacun est en droit de se poser la question suivante :
« Et si le meurtre de Jean-Marie Garin était lié à ces affaires. »
Yves Larteaux