Descente aux enfers (35)

Episode 35

Depuis deux semaines, Firmin avait renoncé à passer ses nuits châtelnoises avec Virginie. Il partageait donc son petit déjeuner avec Marie Sophie, lorsqu’il aperçut le Renard futé bien en évidence sur la pile de journaux posés devant lui. A la fin de la lecture de l’article, Marie Sophie le vit presque défaillir.

Le petit salaud, murmura-t-il entre ses dents, il me le paiera.

D’un geste rageur, il décrocha le téléphone. Il ne lui fallut pas plus de deux minutes pour obtenir Gamberti, le Garde de Sceaux. Celui-ci était naturellement déjà informé.

-          Alors Gamberti, vous allez faire saisir ce torchon ?

-          Du calme mon ami, vous voulez nous faire passer pour des censeurs.

-          Mais enfin, cet article est un ramassis de mensonges et d’affirmations sans preuve.

-          En êtes-vous si sûr ? Jusqu’alors le Renard Futé ne s’est jamais aventuré sur ce terrain sans biscuit. Souvenez-vous que l’affaire du nouveau pont sur la Loire n’a jamais abouti grâce à la passivité du juge d’instruction.

Bonté divine, se dit Firmin, cette vipère lubrique a la mémoire longue.

-          Je peux le traîner en diffamation.

-          Je vous le déconseille, vous donneriez plus de retentissement à l’affaire. Vous n’êtes convoqué par aucun juge, ni aucun policier.

-          Si le cas se présente, je peux compter sur votre soutien ?

-          Mon ami, vous savez qu’en France la justice est indépendante.

-          Parfait, j’informerai Monsieur le Premier Ministre du contenu de notre conversation après la réunion d’arbitrage budgétaire de ce soir.

-          Votre présence ne sera pas indispensable, mon ami. Vous avez un excellent directeur de cabinet. Il défendra à merveille les intérêts des anciens combattants.

Firmin raccrocha sans le saluer. Les ordures pensa-t-il, ils sont en train de me lâcher. Décidément, la stratégie de Claudia s’avérait totalement foireuse.

-          Marie Sophie, je dois me rendre à Paris, m’accompagnez-vous ? Il serait de bon ton que nous  montrions l’image d’un couple uni dans ces circonstances difficiles.

-          Tiens ! vous auriez peur de vous montrer avec votre petite Catin ! Je suis désolée mais je dois présider le Conseil d’administration de cette association culturelle bidon, dont vous m’avez demandé de prendre la tête lors de votre première élection. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Ah oui « Les peintres du Fleuve », elle a surtout servi à verser quelques subsides à quelques-uns de vos obligés ! Vous voyez bien qu’une obligation d’une telle importance m’impose de rester châtelnoise !

Firmin s’abstint de répondre. Il réunit quelques affaires et rejoignit Robert attendant dans la Safrane. Celui-ci n’eut pas le temps de replier le Renard qu’il épluchait consciencieusement. C’est un Firmin hors de lui, prêt à le frapper, qui lui arrachât le journal des mains.

-              La municipalité ne vous paie pas pour lire ce genre de torchon. Nous règlerons çà à notre retour de Paris.

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