Partager l'article ! Descente aux enfers (37): Episode 37 La conversation terminée, Gamberti respira. Il avait toujours vu Larteaux comme un rival, cette f ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode 37
La conversation terminée, Gamberti respira. Il avait toujours vu Larteaux comme un rival, cette fois, son sort était réglé. Il n’eut qu’à changer de téléphone pour être mis directement en relation avec Maître Weber. Gamberti avait croisé sa route au cours de ces procès criminels où les milieux d’affaires flirtent d’un peu près avec le milieu « tout-court ». Gamberti défendait la partie civile. Il s’agissait du patron d’une grande chaîne hôtelière, dont trois hôtels avaient été plastiqués dans l’île de Beauté. Dans le box des accusés, deux jeunes « patriotes », défendus par Me Weber, dont l’amour de la patrie poussait à faire du zèle dans la collecte de l’impôt révolutionnaire. Un deal fut rapidement passé entre les avocats pour limiter au mieux les conséquences de cette malheureuse affaire. Dès lors, Gamberti n’eut de cesse d’utiliser les services de Weber pour les besognes les moins nobles. Il serait l’intermédiaire parfait avec Ange Paramoni. Restait à trouver l’homme ad-hoc à gauche. Dans les deux heures, Weber rappel. Il avait eu contact avec Hubert Fortunnacci, confrère réputé socialiste qui avait l’oreille de tous les éléphants socialistes, y compris celle du sphinx de l’Elysée. L’affaire Elégance allait bénéficier d’un enterrement de première classe. Weber, Ange et Hubert se retrouvèrent dans une discrète auberge aux abords de la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Sans laisser à ses deux convives le temps d’apprécier leur coupe de Dom Pérignon, il entra dans le vif du sujet.
- Alors Messieurs, quelle est votre analyse de la situation ?
Les deux autres mirent le nez dans leur coupe. Ange releva la tête le premier
- Ca dépend de que l’on a à gagner ou à perdre.
- Ange, tu veux que je te la sorte ? La liste des obligés d’Elégance ?
- Ca ira !
- Bon, passons aux choses sérieuses, je vous propose un cessez le feu sur l’affaire Elégance. Ange, le procureur est de ton bord, tu peux parfaitement le convaincre de prendre son temps pour ses réquisitions, saucissonner l’affaire, bref d’utiliser tous les ingrédients d’une bonne justice. Quand les élections seront passées, que l’un de nos favoris sera à l’Elysée, on réussira bien à promouvoir Langlois.
- D’accord, mais qu’est-ce que l’on gagne, demanda Ange ?
- Un punching-ball.
- Essaye d’être plus clair Weber.
- C’est simple Ange, on est prêt à sacrifier Larteaux. Il va être démissionné. Vous pourrez vous défouler sur lui tant que vous voudrez.
- C’est maigre comme gain.
- Imagine-toi les pertes si l’instruction sur Elégance progresse !
La discussion politique s’arrêta là. Les trois convives n’auraient pas osé insulter le civet de sanglier par des conversations de mauvais aloi. On parla de tout et de rien. Avec ses imitations impayables de Fernandel, Ange amusa la compagnie. Le Cognac et les cigares ramenèrent la discussion au plus près des préoccupations de chacun. Ange fut le premier à relancer la conversation.