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Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode 40
La lettre n’offrait aucun intérêt. En revanche, il lut attentivement le communiqué que Noël Kiroski allait lire sur le perron de Matignon.
Aujourd’hui à quinze heures, Monsieur Firmin Larteaux, ministre des anciens combattants a été reçu à sa demande par le Premier Ministre. Pour être en mesure d’assurer sa défense, face aux attaques dont il est l’objet, il a offert sa démission, et le Premier Ministre l’a acceptée. M.Blamont a tenu à le remercier pour sa fidélité et la qualité du travail accompli en commun au cours de ces deux années. A cette occasion, il tient à rappeler que tout citoyen a droit à la présomption d’innocence et invite le Garde des Sceaux à veiller scrupuleusement à son application. Le gouvernement fera l’objet d’un léger remaniement dans les jours qui viennent.
Firmin ne prit pas la peine de serrer la main de Blamont. Il demanda à son chauffeur de le ramener directement à Châtel-sur-Loire. Il ne vit pas la nécessité de repasser par son ministère. Comme convenu, Noël Kiroski lut le communiqué à 17h30. Firmin l’écouta sur France-Info, Noël se refusa à tout autre commentaire.
La démission de Larteaux du gouvernement n’avait pas attristé le commissaire. Il aurait un notable de moins sur le dos, puisqu’elle s’apparentait à un lâchage en rase campagne. La conversation avec le procureur ne l’avait pas non plus fâché. Il avait bien compris que du côté d’Elégance, on s’acheminait vers un enterrement de première classe. Pour satisfaire Langlois, on continuerait à instruire le volet châtelnois de l’affaire. Du coup, Meunier se trouvait largement ragaillardi lorsque le briefing commença.
- Messieurs, je n’ai pas besoin de vous informer des derniers développements politiques. Blanchard, même si vous n’avez pas la télé, il vous arrive de lire un journal.
- Je pense que l’affaire Jean-Marie Garin va être relancée, répondit Blanchard
- Mais enfin, nous avons un coupable ! protesta Lambert.
- Je pense que le juge Langlois ne va pas tarder à le libérer.
- Nous ne sommes pas dépourvus de preuves à son encontre.
- Lesquelles ? Quatre breloques retrouvées chez lui, pas d’empreinte sur les lieux du crime, aucun indice matériel c’est maigre. Je pense que nous devons reprendre l’enquête à zéro, rétorqua Meunier.
Blanchard eut du mal à réprimer un sourire. Enfin, on allait passer aux choses sérieuses.
- Quelles pistes explorons-nous, Patron?
- Une bien connue, celle d’Elégance, la partie châtelnoise de l’affaire reste dans les mains du juge Langlois. Et puis, je n’ai pas oublié les interrogations de Blanchard sur la mystérieuse inconnue qui hantait la chambre à coucher de Jean-Marie Garin. Lambert, vous allez interroger l’Etat major de la SGEA qui dînait si souvent avec Jean-Marie. Essayez de savoir s’il n’y avait pas renouvellement de contrat, nouveaux travaux en cours. Il se peut que Jean-Marie n’ait plus voulu marcher dans la combine ou se soit montré trop gourmand. On aurait pu alors employer d’autres moyens de persuasion. Blanchard, essayez d’identifier la mystérieuse inconnue. Vous avez carte blanche. Mais attention Blanchard, il manque toujours quelqu’un au commissariat de Roubaix !
Martin ne se vit rien confier, il n’avait pas achevé la lecture de l’Equipe. Le dit Blanchard n’était pas homme à laisser retomber le soufflé. Toujours persuadé que Marie Jacquet-Rivière détenait une parcelle de solution, il s’apprêtait à jouer une partie serrée. Dès huit heures, le lendemain matin, il sonnait à sa porte, sans croissant, mais avec deux hommes en tenue et une convocation en bonne et due forme.
- Mais enfin, M. Blanchard, de quel droit ?
Blanchard lui tendit le papier.
- Je ne sais rien de plus sur la mort de M. Garin, et de plus, je croyais le coupable derrière les barreaux.
- Il ne faut jamais croire tout ce que racontent les journalistes. Prenez le temps de vous préparer et prévoyez quelques effets personnels. La conversation pourrait être longue.