Descente aux enfers (41)

Episode 41

Blanchard n’avait pas fait dans la discrétion. La voiture avec gyrophare était garée au milieu du parking. Quelques voisins rejoignant leurs Mercédès ne cachèrent pas leur surprise. L’arrivée de Marie Jacquet-Rivière au commissariat ne passa pas non plus inaperçue. Tailleur vert pâle, jupe  légèrement au-dessus du genou, un savant maquillage relevait légèrement son teint un peu livide. Meunier, qui la croisa dans le couloir en resta bouche bée. Blanchard l’installa dans son bureau, lui offrit un café et descendit prendre son habituel petit déjeuner chez Marcel. Il revint au bout d’une demi-heure. Marie Jacquet-Rivière en était à sa troisième malboro et visiblement hors d’elle.

-          M. Blanchard, vous aurez à vous expliquer sur cette attitude !

-          Certainement, nous aurons tout le temps au cours de cette longue journée.

Blanchard prit le temps de se rouler sa première cigarette, il était resté fidèle au « caporal bleu » de sa jeunesse.

-          Bien madame, je souhaiterais que vous m’expliquiez votre rôle au sein d’Elégance.

-          Mais, je ne vois pas en quoi….

-          Nous verrons au fil de la conversation. Quand et comment avez-vous été recrutée par cette entreprise ?

-          J’ai été recrutée en 1980 en tant qu’assistante commerciale.

-          Vous aviez les qualifications pour occuper ce poste ?

-          J’ai obtenu mon baccalauréat, option lettres en 1974. De par mes origines, je maîtrise parfaitement l’espagnol. J’ai tout naturellement suivi des études d’assistante trilingue, français, anglais, espagnol au lycée privé « Atout emploi » d’Orléans.

-          Vos parents avaient les moyens de vous offrir ce genre d’établissement ?

Ulcérée, Marie Jacquet-Rivière alluma une nouvelle malboro.

-          Ma mère est fille d’émigré espagnol, elle sait ce que vaut l’éducation.

-          Bien, j’imagine qu’Elégance n’était pas votre premier employeur !

-          En effet, j’ai travaillé quelques années au consulat d’Espagne à Orléans.

-          Et comment avez-vous été en contact avec Elégance ?

-          Par le plus grand des hasards, M. Blanchard. Le Consul souhaitait organiser une manifestation culturelle autour de l’émigration espagnole dans le Val-de-Loire. Nous n’étions pas en mesure d’organiser seul, cette manifestation. Nous avons donc fait appel à des professionnels. Elégance nous a fait la meilleure offre.

-          Et votre compétence a été remarquée !

-          C’est un bien grand mot M. Blanchard. En fait, Elégance cherchait à s’implanter dans la région et désirait recruter des collaborateurs ayant de fortes attaches régionales.

-          Et comme votre père avait travaillé chez Garin père, cela a facilité le rapprochement !

-          M. Blanchard, je suis lasse de vos insinuations !

-          Quel était votre rôle au sein d’Elégance ?

-          Celui d’une assistante commerciale.

-          C’est-à-dire ?

-          Elégance est une entreprise d’aide à la communication. N’importe quelle entité, publique ou privée peut faire appel à ses services. Elle se charge de coordonner les différents acteurs.

-          Soyons concrète Madame, je suis candidat aux élections municipales de Châtel-sur-Loire. J’ai un meeting à organiser et un clip électoral à l’usage des militants à produire. Que m’offre Elégance ?

-          Une prise en charge totale. Pour votre meeting, nous organiserions le programme, le service d’ordre, les invitations, la location d’une salle ad-hoc. Pour votre clip, nous nous serions occupé de louer le studio, recruter le réalisateur, sélectionner et inviter les interlocuteurs et prendre en charge la reproduction de la cassette.

-          Et vous prenez 30% au passage !

-          Nous assurons un service.

-          Mais les hommes politiques sont généralement impécunieux !

-          Je n’étais pas chargée de la facturation. Je prospectais les clients, proposais les contrats. Après leur signature, mon rôle s’arrêtait.

-          Lors de notre première conversation, vous m’aviez indiqué avoir rencontré M.Garin à l’occasion de contrats passés avec la ville de Châtel. Quelle était la nature de ces contrats ?

-          La confection et l’édition du bulletin municipal d’informations.

-          Concrètement ?

Vous le savez, M. Larteaux et Garin étaient soucieux des deniers municipaux. Ils avaient donc décidé d’ouvrir les colonnes du bulletin aux annonceurs locaux ou nationaux. Le bulletin était édité chaque trimestre, je démarchai donc les entreprises pour les inciter à utiliser ce support de communication.

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  • : auteur de polars : Pierre Mazet
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  • : 07/01/2009

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