Descente aux enfers (44)

Episode 44

 

Jodard devenait de plus en plus livide.

-          Remarquez au prix auquel vous l’a cédé son ancien propriétaire, vous auriez eu tort de laisser passer une telle occasion. M. Remontel traversait une période difficile. Il devait se séparer rapidement de ce bien. Si mes renseignements sont exacts, la transaction a été passée deux jours avant que M. Remontel ne rejoigne des cieux plus cléments sous lesquels les mandats internationaux sont totalement ignorés.

-          M. Lambert, puis-je avoir un café et une cigarette.

-          Un café oui, pour le reste je suis allergique à la fumée.

La conversation s’interrompit cinq minutes. Le café redonna un peu de couleur à Jodard. Lambert, d’un air circonspect, relisait ses notes.

-          M. Jodard, vous aimez voyager ?

-          Comme tout le monde !

-          Encore une fois, si nos informations sont exactes, vous avez exploré les cinq continents.

L’effet du café fut de courte durée. Jodard semblait à nouveau se liquéfier, il bredouilla un «  à peine audible » !

-          Ce sont nos seuls loisirs.

-          Certes, mais onéreux  lorsque l’on voyage à quatre, surtout que vous attachez beaucoup de prix à l’éducation de vos deux filles.

-          Nous essayons de leur donner le maximum de chance dans la vie.

-          Il est vrai, que vous leur en donnez les moyens : lycée privé à 5000 frs par mois, séjours linguistiques. Elles devraient réussir dans la vie. M.Jodard, vous pouvez sortir dans le couloir fumer une cigarette. Je vais rendre compte au Commissaire Meunier de notre conversation. Il jugera lui-même de la suite à donner.

Blanchard était revenu de son déjeuner vers trois heures. Il avait fait suivre le petit salé de quelques cognacs. Il retrouva une Marie Jacquet-Rivière dans un bureau, enfumé comme le terrier d’un renard. Le paquet de malboro était vide. Malgré les retouches, le maquillage prenait l’eau.

-          Bien, si nous reprenions notre conversation ?

-          Je n’ai plus de cigarette.

-          Ce n’est pas le sujet du moment. Vous avez quitté Elégance  où tous les espoirs de carrière s’offraient à vous, pour devenir l’intendante d’un homme politique douteux.

-          Je vous interdis de parler de M.Garin en ces termes.

-          Vous n’avez rien à m’interdire, nous en savons assez pour démontrer que M.Garin a usé et abusé de sa position. Mais revenons à vous. En termes de revenu, vous n’avez rien gagné, rien perdu en entrant au service de M.Garin,

-          Non

-          C’est bien là que le bât blesse. Il faudra que vous expliquiez à mes collègues de la brigade financière, comment, avec 15 000 F de salaire mensuel, vous avez pu acquérir un appartement estimé à 5 à 6 millions de F (en oubliant les meubles), vous offrir des voitures à 200 000 F, multiplier les voyages et ne pas vous habiller chez Tatie !

-          Je vous l’ai dit, j’ai été bien conseillée par M. Garin.

-          Sauf si vous démontrez que vous avez gagné au loto, le recel d’abus de biens sociaux n’est pas loin.

Marie Jacquet-Rivière était de plus en plus nerveuse, elle regardait désespérément son paquet de malboro vide. Compatissant, Blanchard sortit un paquet neuf de sa poche.

-          Tenez, vous me rembourserez plus tard. Marie Jacquet-Rivière ouvrit avidement le paquet tendu.

 Les premières bouffées calmèrent sa nervosité.

-          Il faudra démontrer tout cela, je n’étais qu’une employée secondaire.

Vous souvenez-vous de ces factures de la fête d’anniversaire de M.Garin dont nous n’avons pas retrouvé la trace ? Hé bien rassurez-vous, elles ont bien été payées…. par Elégance. Une petite note signée de votre main les accompagnait. Vous étiez, au minimum, au courant des agissements d’Elégance. Vous risquez gros madame.

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  • : auteur de polars : Pierre Mazet
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  • : 07/01/2009

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