Partager l'article ! Descente aux enfers (46): Episode 46 Depuis sa démission, Larteaux n’avait quasiment pas quitté le domicile familial. Il avait fait ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode 46
Depuis sa démission, Larteaux n’avait quasiment pas quitté le domicile familial. Il avait fait deux ou trois apparitions furtives à la mairie. Seule, la fidèle Josette faisait encore preuve de déférence. Nicolas Bourdille avait encore accentué son emprise sur la gestion de la ville. Les parapheurs, que lui transmettait Josette ne contenaient que quelques lettres sans importance et d’ailleurs il s’en foutait. La courte discussion qu’il avait eue avec Claudia s’était terminée de manière orageuse. Elle n’avait pas supporté les reproches paternels et dans le courrier, il avait trouvé sa lettre de démission. Il avait reçu un coup de fil du sphinx de l’Elysée qui regrettait avec délectation son départ du gouvernement ! Il avait demandé à Josette de ne plus ouvrir les enveloppes sans en-tête qui lui étaient adressées personnellement. La pauvre avait failli s’évanouir en découvrant les propos orduriers de quelques missives anonymes. Les « pourris », « salauds », « fumiers », « on te faire la peau », « vivement demain avec le Pen » figuraient parmi les plus délicats. Au milieu de cet océan d’ordures, il avait reçu deux lettres de soutien de familles auxquelles il avait attribué un logement HLM décent. La confiance des petites gens est toujours plus sûre que les serments mielleux de ce milieu de requins. Petit à petit, il sombrait dans la dépression. Inutile de penser à une réélection, il s’attendait d’un jour à l’autre à être entendu par le juge Langlois. Sa relation avec Virginie s’effilochait, elle l’avait appelé le jour de sa démission. Le lendemain, elle lui annonçait son départ pour Londres. La sortie d’un roman anglais, dont elle assurait la traduction, rendait sa présence indispensable Outre-manche. ! Alors, pour la première fois de sa vie, il avait passé la journée en robe de chambre. Marie Sophie s’inquiéta de son état. Elle lui conseilla de consulter Roland Marin, le médecin psychiatre en vogue à Châtel-sur-Loire, mais il n’avait pas encore décroché le téléphone. Montorgueil sombrait dans une atmosphère lugubre.
Le lendemain de la mise en garde à vue de Jodard, Lambert arriva tôt au bureau. Pour une fois, il avait omis de s’arrêter au salon de thé où il avait coutume de prendre son petit déjeuner. Il demanda aux deux gardiens d’extraire Jodard de sa cellule. Magnanime, il lui autorisa une cigarette dans le couloir.
- Bien, reprit-il d’un air doucereux, j’espère que nous allons pouvoir éclaircir les points qui préoccupent le Commissaire Meunier.
Pas rasé, le pantalon tire-bouchonné, le directeur des services techniques faisait pâle figure. Il n’avait pas pu ingurgiter le petit déjeuner réglementaire.
- Je l’espère aussi bredouilla-t-il
- Est-ce que vous connaissez bien M. Garin ?
- Mes fonctions m’y obligeaient, il était le premier adjoint.
- Certes, mais en dehors de l’univers professionnel, aviez-vous noué des liens amicaux ?
- Pas plus qu’avec les autres élus.
- Pas tout à fait M. Jodard, pas tout à fait. J’imagine que vous n’alliez pas dîner chez tous les conseillers municipaux. En revanche, au cours des six derniers mois, vous avez partagé trois fois la table de M. Garin. C’est exact ?
- Oui.
- Les autres invités étaient aussi d’éminentes personnalités : M. Larteaux, M. Merlin de la SGEA. Vous aviez à discuter de sujets particuliers ?
Aucun son ne parvenait à sortir de la bouche de Jodard.
- Je vais vous aider. Le contrat de concession de distribution d’eau doit être renouvelé dans un an. Je ne doute pas qu’il fut au centre de vos discussions. Je me trompe ?
- Non.
- Y avait-il désaccord entre les parties ?
- Oui.
- M. Jodard, je vous conseille, en ami, d’être plus disert. Nous pouvons vous mettre en garde à vue et nous avons assez d’éléments pour vous présenter au juge d’instruction.
- Oui il y avait désaccord entre M. Garin et Larteaux.
- Expliquez-moi la nature de ce différent.
- M. Garin voulait que désormais les choses se passent dans la légalité. Il souhaitait que l’on préparât un appel d’offres ouvert qui nous aurait conduit à faire le choix entre diverses sociétés.
- Et M. Larteaux n’était pas d’accord ?
- Non il voulait prolonger le contrat avec la SGEA.
- Pour quelles raisons à votre avis ?
- Je l’ignore.
- Vous êtes de nouveau sur la mauvaise pente M. Jodard. N’y avait-il pas potentiellement risque d’assèchement du financement occulte ?
- En effet, M. Garin avait affirmé, à plusieurs reprises, vouloir sortir de ce système.
- Les discussions ont été âpres ?
- Parfois violentes, on a frisé l’altercation lorsque M.Garin a menacé de « balancer » tout çà au Renard Futé.
- Et ensuite ?
- La mort de M. Garin a interrompu les discussions.
- Vous êtes libre, M.Jodard. Cela ne préjuge pas des suites que la brigade financière donnera à cette affaire.