Partager l'article ! Descente aux enfers (47): Episode 47 Avec ses lacets et sa ceinture, Jodard retrouva un peu de sa dignité. Il sortit en catimini du co ...
Pierre Mazet : Un bouquet de polars
Voilà, mon neuvième roman vient d’être publié ! La série des « Meurtres peu conventionnels » s’est arrêtée, elle était née un peu par hasard. Une nouvelle a vu le jour d’an dernier avec Pavés et poignards » qui inaugurait une trilogie autour des rêves et de dérives mai 68. Le deuxième «Du plomb dans les spaghetti » nous replonge dans l’Italie des années de plomb, durant lesquelles les Brigades Rouges ont apeuré l’Europe entière. Le troisième est en route, pour l’instant le titre est encore un secret d’Etat. En attendant, je vous retrouverai en septembre pour un nouveau feuilleton.
Episode 47
Avec ses lacets et sa ceinture, Jodard retrouva un peu de sa dignité. Il sortit en catimini du commissariat. La veille au soir, Marie Jacquet-Rivière avait été prise en charge par les deux meilleurs spécialistes en filature du commissariat. Ce n’était pas superflu car la donzelle était méfiante. Pour regagner son appartement, elle avait suivi des itinéraires tortueux. Sitôt rentrée, elle s’était fait couler un bain. Jamais, elle n’avait imaginé qu’un simple bain puisse être synonyme d’autant de bien être. L’atmosphère fétide du commissariat lui collait à la peau. Lorsque Blanchard avait évoqué son implication, elle s’était vue ruinée par les avocats, être obligée de retourner vivre dans les HLM de la ZAC nord. Il fallait qu’elle sorte de cette nasse. Elle barbota une demi- heure. Encore en peignoir, elle alluma une malboro, la première de la journée qui eut du goût. Après quelques minutes d’errance dans l’appartement, elle se servit une solide dose de Chivas, puis décrocha le téléphone. La conversation dura peu, suffisamment toutefois, pour que les « grandes oreilles » de Blanchard n’en perdent pas une miette. Quelques minutes après, les deux hommes du commissariat la virent sortir du parking. Elle se rendit dans un bar discret et feutré de la vieille ville. Elle finissait sans doute de s’installer lorsque les deux flics virent arriver…. Marie Sophie Larteaux, épouse du maire.
Impatient comme un gamin de cinq ans le soir du réveillon, Meunier avait fixé le briefing à 9h00. L’heure était bien trop précoce pour Martin, la discussion commença sans attendre. Après le bref résumé de chacun, Meunier sembla plonger dans une profonde perplexité. Fallait-il s’engouffrer dans la faille ouverte par Lambert. Le désaccord entre Larteaux et Garin aurait dégénéré ou faillait-il attendre la confirmation de l’identité de la mystérieuse inconnue ? Blanchard poussait pour obtenir un nouvel interrogatoire de Marie Jacquet-Rivière. Lambert proposait d’atteindre le maire, montrant ainsi sa fabuleuse capacité d’adaptation. Le silence installé entre les deux hommes fut rompu par le bourdonnement du téléphone. Lambert et Blanchard se retirèrent par discrétion. Au bout de trois minutes, Meunier sortit du bureau.
- Blanchard, attendez un peu pour convoquer Marie Jacquet-Rivière, Marie Sophie Larteaux veut me rencontrer aujourd’hui chez elle, Firmin est au conseil municipal. J’y vais de ce pas, en attendant, aucune initiative.
En bonne maîtresse de maison, Marie Sophie vint l’accueillir elle-même sur le perron de Montorgueil.
- Je vous remercie, Commissaire d’avoir accepté de vous déplacer.
- Je vous en prie madame, c’est tout à fait naturel.
- Marie Sophie invita Meunier à s’installer dans son fameux salon.
- Commissaire, mon mari possède une belle collection de Whisky. Je vous sais amateur éclairé, je vous invite à venir choisir vous-même. Meunier se laissa tenter par un « Lagaluvin ».
Lorsqu’ils furent confortablement installés, Meunier ne put s’empêcher d’admirer intérieurement Marie Sophie sur laquelle le temps semblait couler comme l’eau sur les plumes du canard.
- Commissaire, je vous demande de bien vouloir arrêter de torturer cette pauvre Marie Jacquet-Rivière pour découvrir cette mystérieuse inconnue. Vous l’avez devant vous.
- Nous n’allons peut-être pas pour autant l’exonérer de toute responsabilité.
- Commissaire, je vous propose un pacte. Je ne vous cacherai rien de mes relations avec M. Garin et répondrai à toutes vos questions mais à une condition.
- Laquelle ?
- Vous vous débrouillez pour que cette pauvre fille ne soit pas inquiétée. Elle s’est compromise dans ces sombres histoires pour accéder aux leurres que procurent le pouvoir et l’argent. Elle est plus victime que coupable.
- Je ferai l’impossible.
- Je compte sur vous Commissaire. Je préfère vous raconter moi-même plutôt que vous n’appreniez par d’autres que l’écume des choses. Toutefois, cela risque d’être un peu long.
- J’ai tout mon temps madame.
- Sachez Commissaire que je suis née Marie Sophie de la Ferrandière, vieille famille châtelnoise dont je suis l’unique survivante. J’ai eu un frère aîné, décédé à cinq ans de la poliomyélite. Nous avons toujours habité cette maison. Dans notre arbre généalogique, vous trouveriez un ou deux de mes ancêtres guerroyant quelque peu avec Louis XIV, d’autres dans le sillage des émigrés de Coblence et même un régicide. Mais je ne vous ai pas fait venir pour vous égrener ma généalogie. Sachez simplement que nous sommes une famille d’oisifs. Je ne me souviens pas avoir vu mon père exercer un quelconque métier. J’ai très peu connu ma mère, elle est décédée peu après ma naissance. Finalement j’ai été élevée par les bonnes et éduquée par les sœurs. Je n’ai jamais vraiment su de quoi nous vivions. Les terres, nous en possédions près de 4000 hectares en France, plus quelques milliers en Argentine, quelques placements plus ou moins hasardeux semblaient nous assurer de confortables revenus. Contrairement à ce que vous pensez M. Meunier, je n’étais pas une fille de la petite bourgeoisie, j’étais une fille des lumières. Chez nous, on n’éduquait pas les filles à tenir une maison, on les éduquait à tenir salon. C’est comme cela que j’ai entamé des études de lettres classiques à l’université d’Orléans. Il y avait là un jeune assistant dont je vous laisse deviner le nom.