Descente aux enfers (48)

Episode 48

-          Jean-Marie Garin.

-          Hé oui, personne ne savait comme lui nous parler de libertinage, de poètes maudits ou de Céline. Nous étions toutes plus ou moins amoureuses de lui.

-          Ce n’est pas un cas rare à l’université !

-          Mais oui, M. Meunier, à part que nos origines châtelnoises ont facilité les manœuvres d’approche. Dans ma tête, tout se bousculait. Après avoir cédé à Jean-Marie, il n’était plus question de ne pas en faire l’homme de ma vie, je suis une femme d’avant 68. J’ai donc informé mon père de ma décision d’épouser Jean-Marie. Je reverrai toute ma vie cette scène. Mon père était assis à votre place M. Meunier. Il a pâli, quitté la pièce les dents serrées. Il est revenu deux heures après, plus qu’à moitié ivre. Il a consenti à ouvrir la bouche le lendemain au petit déjeuner. Si ça me plaisait, je pouvais épouser Jean-Marie, mais dans ce cas-là, je quitterais la maison sans délai. Jamais, une de la Ferrandière n’épouserait un Garin ! Tout cela doit vous paraître un peu mélo ?

-          Pas du tout madame, c’est une histoire banale, mais pas pour ceux qui l’ont vécue. Vous connaissez la raison de cette animosité ?

-          Je l’ai appris plus tard M. Meunier. Il s’agit d’un différent remontant à la dernière guerre. Ce n’est un secret pour personne, M Garin père a largement profité de la situation. A l’opposé, mon père, malgré son dilettantisme congénital s’est engagé très tôt dans la Résistance. En 1943, son réseau est tombé, deux de ses amis ne sont pas revenus de Buchenwald. Il a toujours soupçonné Garin père de les avoir dénoncés.

-          Alors qu’avez-vous fait ?

-          Après une dernière nuit orléanaise, j’ai rompu avec Jean-Marie Garin. Vous me trouvez sans doute peu courageuse ?

-          Je n’ai pas à juger madame.

-          Comment vous expliquer M. Meunier ? Je n’ai pas senti chez Jean-Marie une force suffisante pour affronter ce qui nous attendait si nous passions outre les menaces de mon père. J’ai sans doute eu tort.

-          Pourquoi dites-vous cela ?

-          Attendez Commissaire, l’histoire est encore longue. Je vous conseille de reprendre un peu de Whisky.

Meunier ne se fit pas prier. Au passage, elle se servit une solide rasade. Vraisemblablement, Meunier était le premier à connaître la totalité de l’histoire et la confession n’était pas aisée.

-          Cette dernière nuit orléanaise ne fut pas sans conséquence. Les moyens de contraception étaient, à l’époque, peu répandus. Je vous laisse imaginer la suite…

-          En revanche, je n’ose imaginer la réaction de votre père.

-          Détrompez vous Commissaire. Elle fut plus sereine que vous ne le  pensez. D’après lui, je n’étais pas la première de la Ferrandière à avoir fait « Pâques avant les Rameaux ». L’essentiel était, pour lui, que je trouve un mari présentable. Ce qui fut fait.

-          Vous voulez dire par là que Jean-Marie Garin est le père biologique de Yves Larteaux.

-          Hé oui, Commissaire, le journaliste qui fait trembler une bonne partie de la classe politique locale est le fils de l’adjoint et non celui du maire. Mais, rendez-moi encore un service Commissaire, gardez le secret sur cet aspect de l’affaire.

-          Sauf si les nécessités de l’enquête m’y obligeaient, je ferais l’impasse sur cette révélation.

-          Vous l’avez deviné Commissaire ? Le mari présentable était Firmin Larteaux. Nous étions en 1962, Firmin rentrait d’Algérie. Comme la plupart des Européens, il avait fait ses valises. Ses parents, apparemment colons aisés, étaient morts dans un attentat fomenté par on ne sait trop qui. Il était jeune, beau, entreprenant et disposait de quelques fonds. Il se lança dans la promotion immobilière. A ce moment là, mon père était à court d’argent, sans compter une jeune jouvencelle qui lui coûtait plus que prévu. Bref, Firmin lui proposa de s’associer pour viabiliser les trente hectares que nous possédions aux portes de la ville. Il venait souvent ici, je n’eus aucun mal à le capturer.

-          Etait-il au courant de votre état ?

-          Je ne lui ai rien caché, sauf le nom du père. De toute façon, il était ravi d’épouser une de la Ferrandière. Sans doute avait-il déjà des ambitions politiques, s’allier à une vieille famille châtelnoise n’était pas pour lui déplaire. La suite, vous la connaissez, elle est dans les journaux de ces derniers jours.

-          Excusez moi madame, comment s’est formé le tandem Garin-Larteaux. Les descriptions qui sont généralement données des deux hommes montrent des tempéraments assez éloignés.

-          Vous avez raison Commissaire. Je me suis longtemps demandée ce qui avait poussé Jean-Marie Garin à une telle association. Il n’avait pas grand-chose à y gagner et portait peu d’intérêt à la politique. Alors j’ai la faiblesse de penser que par ce biais, il me côtoyait à loisirs.

-          Je suis désolé, madame, mais comment expliquez-vous la présence de vos empreintes dans sa chambre ?

-          En d’autres circonstances, je vous aurais trouvé grossier et indélicat. Mais la mort de Jean-Marie change tout.

 

Présentation

  • : auteur de polars : Pierre Mazet
  • auteur de polars : Pierre Mazet
  • : livre auteur saint-etienne polars Littérature
  • : Blog d'un auteur de polar qui mêle avec astuce intrigue et histoire. Venez découvrir ses énigmes finement ficelées, ses personnages soigneusement ciselés. Il vous promène au gré des époques dans les villes à forte personnalité.. En plus, il vous offre un feuilleton policier. Toutes les semaines, rendant hommage à Simenon, vous pourrez lire un nouvel épisode du « crime de la rue blanche »
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact
  • : 07/01/2009

Mes bouquins

Tous les meurtres peu conventionnels 

 

 couvmeurtres.gif 

 

Catégories

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés