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    <title><![CDATA[auteur de polars : Pierre Mazet]]></title>
    <link>http://www.pierre-mazet.com/</link>
    <description>Blog d'un auteur de polar qui mêle avec astuce intrigue et histoire. Venez découvrir ses énigmes finement ficelées, ses personnages soigneusement ciselés. Il vous promène au gré des époques dans  les villes à forte personnalité.. En plus, il vous offre un feuilleton policier. Toutes les semaines, rendant hommage à Simenon, vous pourrez lire un nouvel épisode du « crime de la rue blanche »</description>

        <language>fr</language>
    
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        <title><![CDATA[auteur de polars : Pierre Mazet]]></title>
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    <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 19:20:18 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 19:20:18 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.pierre-mazet.com</copyright>            <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Bonne année, commissaire]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-bonne-annee-commissaire-95920311.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong><span style="font-family: Calibri;">Bonne année, Commissaire</span></strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: Calibri;">-</span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Arrêtez&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Le cri claqua comme un coup de 6,35. Cet ordre impérieux s’adressait à un homme qui soulageait sa vessie dans la Moselle à quelques mètres du Moyen-Pont. Il avait
    été proféré par le chef des toutes nouvelles&nbsp; brigades de répression des incivilités qui traquait, sans relâche, les contrevenants à la dernière &nbsp;loi de sécurité intérieure. Elle
    interdisait notamment de fumer sur les bancs publics, aux amoureux de s’y embrasser et interdisait la marche aux piétons dont le taux d’alcoolémie dépassait 0,05 g/l. Soucieux de ne pas aggraver
    son cas, l’homme prit le temps de ranger ses outils et leva les bras. Deux redoutables brigadiers, gantés et masqués pour éviter toute contamination, vinrent menotter le délinquant. L’un d’eux
    s’écria.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: Calibri;">-</span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chef&nbsp;! Chef&nbsp;! Il y a un sac suspect à ses pieds.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Un nouvel ordre cingla.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: Calibri;">-</span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Reculez jusqu’au mur. Maintenant cette affaire nous dépasse. Nous
    devons alerter le SRPJ et les spécialistes de l’anti-terrorisme. Ce sac est sûrement piégé.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Ainsi fut fait. Les anti-terroristes arrivèrent avec le matériel adéquat et le commissaire Jung du SRPJ avec une monumentale gueule de bois, résidu de sa dernière
    cuite de l’année. Le contenu du sac fut identifié lorsque l’aube du 1<sup>er</sup> janvier 2012 pointait à l’horizon. Il contenait le portrait du Président de la République dérobé quelques heures
    plus tôt dans la salle des mariages de la mairie de Metz. Jung n’en revenait pas. L’homme, qui depuis deux ans défiait les polices de France, de Navarre et de l’Union Européenne, venait de se
    faire&nbsp; gauler en pissant dans la Moselle. L’affaire avait commencé deux ans auparavant, lorsque le maire de Grosbliederstroff, qui voulait célébrer le mariage de la fille de son premier
    adjoint, avait dû le faire sans l’ombre tutélaire de notre bien aimé Président. La même mésaventure était arrivée à une trentaine d’autres maires du département et même à quelques-uns de la
    France de l’intérieur. De gigantesques recherches avaient été déclenchées. Des dizaines de suspects avaient été interrogés et placés en garde à vue. Des centaines de policiers avaient fouillé le
    moindre bagage lorsque les trains n’étaient pas en grève. Jusqu’à maintenant ces efforts surhumains étaient restés sans résultat. Il faut dire que l’homme s’y entendait pour brouiller les pistes.
    N’avait-il pas eu l’audace de dérober le portrait de la Grande Duchesse dans les salons du ministère de la culture luxembourgeois. Jung s’approcha de lui.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Il va falloir que vous m’expliquiez. Dans ma carrière, j’ai rencontré des fétichistes de toute
    sorte. J’avais traqué des collectionneurs de photos, mais jamais de la même photo&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je vais vous étonner, Commissaire. Je ne collectionne pas, je revends&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Jung croyait rêver&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; -&nbsp;Et ça se revend cher&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Plus que vous ne pouvez imaginer, Commissaire. Surtout les miens, ils sont hors de prix&nbsp;!
    Puisque vous allez devoir perquisitionner, autant y aller tout de suite&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’homme les conduisit dans un vieil appartement à deux pas de la place de la République dans lequel régnait un invraisemblable bric-à-brac. Posés sur des chevalets,
    trônaient trois portraits dérobés. Seule différence visible, le visage du Président avait été découpé.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Vous avez compris, commissaire&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Jung secoua la tête.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C’est simple. Le monde est plein de mabouls qui rêvent de se voir en Président de la
    République. Grâce à une petite manipulation, je peux glisser leur visage sur une photo authentique et ainsi donner corps à leur rêve.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mais, pourquoi utiliser impérativement des photos officielles&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Un peu de respect, commissaire. Je ne suis pas un escroc. Au prix, où je vends mes œuvres, mes
    clients ont droit à de l’authentique.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Et ça rapporte&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C’est une affaire qui marche fort. Je commence à avoir des commandes du Japon. Malheureusement
    pour moi, il n’y a que 36&nbsp;000 communes en France.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Et vous mettez n’importe qui à la place du Président&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ah non, je respecte la fonction. Tenez, j’ai récemment reçu une commande d’un certain J.C de
    Sarran en Corrèze. Je l’ai refusée. Il voulait que je place une tête de veau avec du persil dans les oreilles à la place du visage de notre bien-aimé leader.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bon, vous allez devoir me suivre.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Comme ils arrivaient à la porte du commissariat, le trombiniculteur demanda.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je peux vous poser une question, Commissaire&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Allez-y&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Vous croyez que le «&nbsp;Hollande&nbsp;» se vendra bien en 2012&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Pour toute réponse, il recueillit un cinglant.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Casse-toi, pov’con&nbsp;!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il fila à toutes jambes, non sans ajouter.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bonne année, commissaire
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: Calibri; font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Mon, 02 Jan 2012 09:36:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">db11193a473b2596752a3cdded2ac6b1</guid>
                        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-bonne-annee-commissaire-95920311-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (32) : de la scène à la geôle]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-32-de-la-scene-a-la-geole-90589811.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (32)&nbsp;: De la scène à la geôle</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">La matinée du 12 septembre fut consacrée à une formalité qui devait être supprimée quelques années plus tard : la lecture du <em>« résumé impartial des débats
    ».</em> A midi, les jurés se retirèrent pour une délibération de sept heures. Le verdict tomba dans un silence funèbre et dans une nuit que trouaient les flammes vacillantes de quelques bougies.
    Bastide, Jausion, Bach, Collard et la Bancal étaient déclarés coupables de meurtre avec préméditation, l'idiot Missonnier et Anne Benoît de meurtre sans préméditation, Bousquier coupable de la
    noyade du cadavre. Mmes Jausion, Galtier et Marianne Bancal étaient innocentées. A l’audition du verdict, Bastide, de marbre, se contenta de dire : <em>« Il y en a dans la salle dont le cœur bat
    plus fort que le mien&nbsp;»,</em> &nbsp;mais Jausion se livra à un violent désespoir, se levant, s'arrachant les cheveux, interpellant le jury, protestant de son innocence avec des accents
    déchirants, adjurant ses compagnons de dire qu'ils ne l'avaient pas vu dans la maison Bancal. « <em>Il est bien temps, maintenant »</em>, lui répondit Bach en haussant les épaules. Ces quelques
    mots, sans grande importance en soi, ne seraient pas sans incidence sur la suite des événements. Anne Benoît, qui avait compris qu'elle ne suivrait pas Collard dans la mort, se jeta à son cou en
    sanglotant : <em>«Je suis seule coupable, dit-elle, c'est moi qui l'ai retenu à Rodez&nbsp;»</em>. <em>«&nbsp;Ne pleure pas, Annette, lui glissa-t-il doucement dans le creux de l'oreille, je n'ai
    jamais fui devant l’ennemi, je monterai à l'échafaud comme on prend une redoute! »</em> Peu après, la cour prononça les sentences. Bastide, Jausion, Bach, Collard et la Bancal étaient condamnés à
    mort, Anne Benoît et Missonnier au bagne à perpétuité. Bousquier, dont les <em>« aveux »</em> avaient été d'un si grand secours aux magistrats, s'en tirait avec un an de prison et cinquante
    francs d'amende. Alors se produisit une scène ignoble. Les autorités remercièrent les magistrats en termes emphatiques, ce qui déchaîna l’allégresse populaire et un concert d'applaudissements.
    Rodez pouvait respirer. Fualdès était vengé et ses assassins hors d'état de nuire. Mais le dernier mot n'était pas dit. Dans l'ombre du palais couvait un extraordinaire coup de théâtre. Dès le 12
    septembre, tous les condamnés, à l’exception de Bousquier, signèrent leur pourvoi en cassation. Sur les conseils de Me Romiguière, ils s'adressèrent à Me Loiseau, avocat au Conseil d'Etat et à la
    Cour de cassation. Celui-ci examina à la loupe les centaines de feuillets qui constituaient le procès-verbal et débusqua quelques menues anomalies. Aussi se présenta-t-il avec beaucoup
    d'assurance devant la Cour de cassation : <em>« Actuellement, messieurs, vous le voyez, cette cause se réduit à des&nbsp; termes très simples. Quatre moyens de cassation sont présentés. Parmi ces
    moyens, il en est un qui est invincible, puisqu'il est étayé par vingt arrêts de la cour et par votre jurisprudence la plus constante. En effet, plusieurs témoins n'ont pas juré de parler “ sans
    haine et sans crainte ”, d'autres n'ont pas juré de dire “ toute la vérité ”, enfin vingt-trois n'ont pas juré de dire “ rien que la vérité ”. Mais, dira-t-on, si la cour casse l'arrêt dénoncé,
    il faudra donc reprendre par sa base cette immense procédure, il faudra entendre de nouveau 300 témoins ; il faudra recommencer une assise de 25 séances : que de soins, que de démarches, et
    surtout que de frais pour le trésor royal. Toutes ces considérations, je le sais, ne sont d'aucun poids parmi vous. Elles disparaissent devant la nécessité que la loi vous impose de faire
    respecter les formes salutaires qu'elle a établies. ››</em> La mort dans l'âme, le conseiller rapporteur à la Cour suprême reconnut la validité de la requête et chargea l'avocat général
    Giraud-Duplessis de plaider l'annulation. Dépité, celui-ci se résigna à la triste besogne. La cassation de l'arrêt était, disait-il, <em>« une grande calamité pour la chose publique et pour les
    accusés eux-mêmes »</em>. Certes, leur culpabilité n'était point douteuse, et c'est la forme moins que le fond qui intéressait la justice. <em>« A Dieu ne plaise, Messieurs, conclut-il,
    qu'outrepassant les bornes que la loi a mises à l'exercice du ministère public près de la Cour de cassation, je m'ingère de me présenter devant vous comme un nouvel accusateur des accusés mais...
    ››</em> Mais, dans un pays de droit écrit, on pouvait prendre au sérieux les fables villageoises les plus extravagantes, recueillir le témoignage d'enfants alléchés par une friandise, fabriquer
    de faux témoins et livrer le prétoire aux vocalises d'une comédienne, mais ni le roi, ni le pape ni le diable ni le Bon Dieu ne pouvaient rien lorsqu'une virgule&nbsp; n'était pas à sa place dans
    un texte. La procédure de Rodez fut donc réduite à néant et l'affaire renvoyée en appel devant les assises d'Albi. Lorsque la sentence de la Cour de cassation fut connue à Rodez, un vent de
    désarroi s'abattit sur la magistrature. Après avoir enduré les mille tourments d'un procès truqué, elle n'osait même pas imaginer comment resservir le même tissu d'inepties à un nouveau jury.
    Quant au peuple de Rodez, qui voyait avec dépit ses proies s'envoler, il dénonça la griffe occulte de la famille des condamnés et la malveillance d'un greffier soudoyé. Au ministère de&nbsp; la
    Justice, le baron Pasquier fulminait, et comme il ne pouvait s'en prendre ni au pape ni au Bon Dieu, il s'en prit au malheureux greffier Bruyère dont il ordonna la destitution immédiate. En vain
    celui-ci invoqua-t-il l’ingratitude de la tâche et sa nombreuse famille, en vain le procureur du roi à Rodez, M. Mainier, intercéda-t-il en sa faveur, le garde des Sceaux demeura inflexible. Mais
    voici le plus extraordinaire. Le jour même de la clôture du procès, M. Mainier demandait l’ouverture d'une information contre la dame Manzon pour faux témoignage et complicité dans l’assassinat
    de Fualdès. Aussitôt arrêtée, Clarisse fut jetée dans une cellule de la prison des Capucins. Tout avait commencé pour elle par un plaisant badinage. Puis, elle s'était retrouvée grand témoin de
    l’affaire Fualdès. Maintenant, elle risquait sa tête.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 17:28:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">2b5c98062d6e525c810701f9182433f1</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-32-de-la-scene-a-la-geole-90589811-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (31)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-31-88773935.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Episode 31&nbsp;: Clarisse en rajoute</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Et implacablement, Me Romiguière&nbsp; poursuivit. L'imagination s'était emparée de ce crime, et le cours de la médisance était devenu intarissable. Six mois après
    le début de l'enquête, les nouveaux témoignages affluaient toujours. Après avoir écrasé Bousquier de mépris, Me Romiguière exécuta Mme Manzon en une seule formule :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Quelle est donc cette dame Manzon qui ne parle pas et qu'on veut faire parler? Qui n'avoue rien et à qui on prête de si singuliers aveux&nbsp;? Qui n'a aucun
    secret et à laquelle on demande sans cesse son secret?</em> »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;Enfin, conclut-il en se tournant vers Didier Fualdès :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;<em>&lt;&lt; Et vous, Fualdès, vous, notre principal, notre plus dangereux adversaire [...], quand vous cherchez à apaiser les mânes de votre père, craignez
    que ces mânes ne s'irritent, voyant qu'au lieu de ses assassins vous leur sacrifiez ceux qui auraient sauvé Fualdès, si Fualdès avait pu être sauvé! ››</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L'auditoire était retourné. Les certitudes vacillaient. La cour déconfite multiplia les subterfuges et fit appel à de nouveaux témoins pour replonger les débats
    dans leur médiocrité originelle. L’un d'eux déclara même qu'il avait toujours trouvé à Bastide une « mauvaise mine ››. Surtout, on fit pression sur Mme Manzon pour qu'elle revînt à la&nbsp; barre
    avec le secret espoir qu’elle ferait retomber le public dans l’égarement par la magie de ses pâmoisons. On lui fit sentir qu’il était temps d’aller jusqu'au bout de ses aveux, faute de quoi elle
    serait inculpée de faux témoignage, voire de complicité. Le chantage porta ses fruits. Le 8 septembre, Clarisse entra de nouveau en scène. Mais personne ne se doutait qu'elle avait concocté un
    nouveau délire romanesque capable de ruiner d'un coup les efforts des magistrats :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Monsieur le Président, dit-elle, ce que j'ai rapporté comme ayant été constaté par moi-même m'a été raconté par Rose Pierret. J’ai parlé inconsidérément; j’ai
    été poussée. Je jure que je dis la vérité. Je n'ai rien à ajouter. ››</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">En une phrase, Clarisse Manzon venait de se venger de sa rivale. Oui, c'était bien elle la vile prostituée qui, officiant dans la maison Bancal le soir du crime,
    avait tout vu! Un immense tumulte secoua le prétoire. Les magistrats étaient perclus de confusion. Que pouvaient-ils bien faire de cette Rose dont la frêle silhouette était déjà dans toutes les
    imaginations. Fallait-il ignorer ce nouvel enfantillage et achever de discréditer le témoin qui portait les espoirs de l’accusation? Fallait-il citer au risque de précipiter l'affaire Fualdès
    dans un naufrage passionnel?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Rose Pierret comparut avec ses yeux bleus, ses joues roses et ses airs d'innocence. Elle nia tout d'une voix ingénue et resta imperturbable dans sa candeur, même
    lorsque Clarisse, qui s'acharnait contre elle, lui lança :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Pourquoi tremblez-vous, Rose? »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Vous voyez, enchaîna le président, c'est donc vous, Clarisse Manzon, qui étiez à la maison Bancal</em>. `</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Non, repartit Mme Manzon. Quand bien même tous les accusés le soutiendraient-ils que je n'en conviendrai. Jamais... Mon nom y était, mais non pas moi.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Rose fut remerciée, mais le doute semé par la prestigieuse tirade de Me Romiguière ne s'était toujours pas dissipé. Le 10 septembre, l’empoignade fut générale entre
    les avocats, la cour et le ministère public. Atterré par cette parodie de justice, le procureur Juin de Siran, seul, se taisait. Dans la confusion générale, l'avocat général Castan eut recours à
    l'argument de l'ultime détresse : il agita le spectre de la peur : « Hé bien puisque personne n'a commis ce crime, voilà onze accusés et tous sont innocents ! Hâtez-vous, messieurs les jurés, de
    les absoudre! Fermons le temple de la justice, quittons ces murs, mais en les quittant, entourons leur enceinte d'un signe funéraire qui en écarte les étrangers, en les avertissant qu'ici l'on
    égorge les hommes comme de vils animaux sans que la justice puisse atteindre et punir les coupables, alors même qu'ils sont connus. »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">C'est alors que Me Romiguière tenta d'exploiter la cacophonie en confondant une fois pour toutes Mme Manzon dont les vaticinations ne pouvaient à son avis que
    desservir le ministère public. Tragique méprise! C'était oublier que Mme Manzon était un poignard attaché à une girouette. Elle pouvait frapper, mais dans l'affolement de ses passions, nul ne
    pouvait prévoir d'où soufflerait le vent<em>.« Au nom de mon client, lui dit-il, je vous somme de révéler à la justice tout ce que vous pouvez savoir! Vos contradictions, vos réticences, vos
    demi-aveux, vos frayeurs ont fourni contre les inculpés des arguments plus funestes que si vous aviez articulé contre eux des accusations positives. Il vaudrait mieux pour eux que la vérité,
    fût-elle terrible, sortît tout entière de votre bouche. Qui peut vous empêcher de la dire? Que craignez-vous? La&nbsp; société vous protège et les accusés sont dans les fers...</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Non, trancha Mme Manzon de sa voix théâtrale, tous les accusés ne sont pas dans les fers!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Cette exclamation provoqua un vent de panique dans l’auditoire. Le commandant de la légion cria : <em>« Apprêtez armes ! ››</em> Le président, qui perdait lui aussi
    la tête, ordonna : <em>« Gardes, surveillez cette femme! »</em> Bastide, l'œil noir, s'était levé dans un geste machinal alors que son avocat restait pétrifié. On voyait des assassins partout
    et&nbsp; l'idée d'un complot plus vaste encore que celui qui avait coûté la vie à Me Fualdès reprenait corps. Les conséquences en seraient tragiques, bien au-delà du procès. En vain Me Romiguière
    se ressaisit-il pour demander à Clarisse Manzon quels étaient ces assassins. <em>« La vérité ne peut sortir de ma bouche ››</em>, répondit-elle., C'est sur ce magistral coup de théâtre que le
    président annonça la clôture des débats.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 15 Nov 2011 16:59:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">4c589be79f6860b84fe4c7eee2f7ece6</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-31-88773935-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (30)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-30-87738199.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (30)&nbsp;: La passion derrière le crime&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Au fil des jours, les témoins se succédèrent à la barre. On attendait monts et merveilles du témoignage du lieutenant Clémendot. Mais, ce personnage insipide, dont
    je me demandais comment il avait pu séduire Clarisse, endormit les dames de la tribune qui ne cachèrent pas leur déception en baillant derrière leur éventail. Il raconta de sa voix nasillarde
    toutes les histoires qu'on ressassait depuis plusieurs semaines. On put croire un instant que de longs frissons allaient courir dans les chairs lorsqu'il annonça son intention de livrer les
    quelques détails intimes qui avaient déchaîné les foudres de Clarisse <em>« Parlez, Monsieur Clémendot, lui lança-t-elle aussitôt,</em> <em>je ne vous démentirai pas. ››</em> Dans les tribunes,
    les éventails s’immobilisèrent. Mais le président, qui ne souhaitait pas que les débats de l'austère affaire Fualdès s'engouffrent dans le dédale des passions, mit le holà : <em>« La
    révéla</em><em>tion de vos rapports</em> <em>particuliers avec la dame Manzon, dit-il, ne peut rien</em> <em>ajouter à l’</em><em>hommage qu'on se plaît à rendre à votre</em> <em>sincérité.</em>
    <em>Allez-vous</em> <em>asseoir. ››</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Parmi les dames, ce fut une immense déception. Ce président n'avait aucun sens de la convivialité! Les débats sombrèrent dès lors dans un marécage affligeant. On en
    vint même à se demander si, le soir du crime, les Bancal avaient mangé de la poule ou du veau. Le 3 septembre commencèrent enfin les plaidoiries. Me Merlin, avocat de la famille Fualdès, ouvrit
    le feu avec un plaidoyer dont une seule phrase résume la pitoyable nullité&nbsp;:</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Il me semble entendre la voix de ce magistrat infortuné dans cette même enceinte qui rappelle et rappellera à jamais et sa droiture et son dévouement au bonheur
    commun, vous adresser du fond de sa tombe ces lugubres paroles&nbsp; <em>“ Qu'avais-je fait pour mériter mon sort j'avais été bon ami, bon parent, bon père de famille, etc. ” ››</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Les convictions du procureur général Juin de Siran s'étant un peu plus ébranlées au fil du procès, ce fut l'avocat général Mainier qui enchaîna sur un réquisitoire
    composé d'un ramassis de ragots dont il tira une conclusion sans panache&nbsp;: <em>« Bientôt ce mystère d'iniquités a été éclairé, et on n'a pu se méprendre sur les auteurs de l’assassinat le
    plus horrible, inspiré par la cupidité la plus honteuse et exécuté avec la scélératesse la plus barbare. »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Les avocats de la défense firent ce qu'ils purent pour prouver l'innocence de leurs clients, mais il est si difficile de prouver l’évidence! Me Rodier montra que la
    fortune de Jausion le mettait ã l'abri de tout attentat contre une victime criblée de dettes mais il s'enlisa dans un bourbier de chiffres qui lassa l’auditoire. Me Combarel, qui défendait la
    Bancal, eut une formule heureuse pour définir Mme Manzon que le président avait présentée comme un ange envoyé par la Providence pour éclairer un grand mystère : <em>« L'inestimable Manzon,
    dit-il, est l'ange des ténèbres qui promettait la lumière pour nous laisser dans une nuit profonde&nbsp;».</em> &nbsp;Me Grandet, avocat de Missonnier, déploya de grands efforts pour prouver,
    citations de Tacite&nbsp; et du Pentateuque à l’appui, que son client était un&nbsp; imbécile. Il en conclut que Bastide et Jausion n’avaient que faire d'un pareil fardeau dans leur entreprise,
    ce qui provoqua les éclats de rire de l’intéressé. Le grand plaidoyer tomba le 5 septembre de la bouche de Me Romiguière, avocat de Bastide. Dans un prétoire fasciné, il parla sept heures durant
    dans une langue qui donnait enfin de la hauteur aux débats. Sous le feu de son talent oratoire, l'édifice planté sur le roc de la crédulité publique allait s'effondrer pièce par pièce.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Après un exorde où le public ruthénois, habilement flatté, se voyait lui-même impliqué dans cette triste affaire à travers l’évocation d'un faisceau de calomnies
    qui n'épargnait personne, Me Romiguière parla successive ment du prévenu, de la victime et des circonstances du crime. Qui était Bastide? L'inébranlable ami de Fualdès, son confident, son filleul
    jamais renié. L'infortunée victime, qui connaissait si bien le cœur humain, pouvait-elle s'être trompée au point d'avoir aimé pareil scélérat comme un fils ? Quel intérêt pouvait avoir armé le
    bras du prévenu? Sa fortune le mettait au-dessus de cette soif d'or qui conduit aux dernières extrémités. Qu'aurait-il pu voler? Jausion a fort bien montré que les valeurs de Fualdès étaient
    grevées de dettes. Et l’assassinat? Quand bien même Bastide serait ce monstre stigmatisé par ses ennemis, n'aurait-il pas eu mille autres moyens d'ôter la vie à sa victime sans recourir
    imprudemment à un si grand nombre de sicaires qui déclarent ne pas même le connaître?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Alors Me Romiguière fit planer sur le prétoire l'ombre sanglante du défunt et suggéra du bout des lèvres la thèse d'un crime crapuleux commis à la faveur d'une
    escapade sentimentale <em>: « Fualdès sortit ã huit heures, sans dire où il allait, sans suite, sans lanterne, après s'être muni d'un sac d'argent. Il ne portait rien pour régler une négociation.
    Peut-être sortait-il pour un de ces actes de charité qui lui étaient familiers ; peut-être... ››</em> L'auditoire frémit, le visage de Didier Fualdès se crispa. Il était sacrilège d'attenter aux
    mânes de la victime.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Me Romiguière le savait : <em>« Tirons le voile, mais reconnaissons que l'assassinat de cet infortuné magistrat fut un crime obscur, commis dans l'unique intention
    de voler un sac d'argent, un crime étranger à Bastide. ››</em></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 01 Nov 2011 14:56:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">51c0619c901a90857aea62ca47838ee8</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-30-87738199-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon(29)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-29-86366990.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (29). Deuxième acte</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Sur le fond, Mme Manzon restait intraitable et le président, qui commençait à désespérer de lui arracher l'aveu de sa présence sur les lieux du crime, puisa dans
    les ultimes refuges de son talent oratoire les arguments susceptibles de piquer sa fibre de comédienne :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Madame, dit-il d'une voix pathétique, c'est au nom de votre malheureux père, déchiré par mille soucis, c'est au nom de la justice, au nom de l’humanité qui
    gémit d'un crime horrible, au nom de l’humanité dont les liens ont été rompus par un crime qui alarme toute la société, que je vous conjure de dire tout ce que vous savez. Pourquoi trahir la
    vérité? Oui, si vous aviez une faiblesse à vous reprocher, il suffirait de ce moment pour vous réhabiliter dans l’opinion publique. Voyez avec quelle attention on vous écoute. Parlez, parlez
    donc; je vous en conjure au nom de ce Dieu que vous voyez sur ma tête; justifiez- vous. Le public effrayé d'un crime commis sur la personne d'un homme que vous avez connu, d'un magistrat qui
    siégeait ã côté de votre père, ne demande que le triomphe de la vérité. Il vous chérira, il vous portera aux nues si vous faites connaître les vrais coupables. Prouvez-nous que vous avez toujours
    été élevée dans l'amour de la justice. Parlez, fille Enjelran ; parlez, fille de magistrat! »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Les traits de Clarisse Manzon se sont altérés au fil de cette envolée lyrique. Elle s’évanouit. L'émotion est de nouveau à son comble. On s'agite autour d'elle, on
    s'empresse de la secourir, on la caresse. Elle revient à elle, son regard se pose sur l'épée du maréchal de camp Desperrières ; de nouvelles terreurs l’assaillent. Elle repousse le glaive de la
    main en hurlant&nbsp;:</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;<em>« Qu'on ôte ce couteau de ma vue ! »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Aussitôt dit, aussitôt fait. Le maréchal de camp retire l'épée et le fourreau qu'on porte hors du prétoire. Un peu rassurée, Mme Manzon semble retrouver ses esprits
    et le président, qui se démène comme un diable pour ne pas succomber à une crise de nerfs, rassemble ses forces et supplie :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Tâchez de surmonter vos craintes, Madame. Vous êtes fille de magistrat, vous devez avoir vu d'autres fois l'appareil de la justice. Ce spectacle n'a rien de
    nouveau pour vous ; prenez courage, ne montez pas votre imagination. Dites-nous au moins quelque chose. ››</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Mais l’infernale Clarisse est maintenant dans un autre monde. Evoluant dans l'univers de ses rêves, elle se sent enfin l'héroïne d’un roman digne d'elle. Tout est
    prêt pour la scène du grand délire :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Demandez à Jausion s'il n'a pas sauvé la vie à une femme chez Bancal.</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Jausion, demande le président, avez-vous sauvé la</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">vie ã une femme?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Non, Monsieur le Président, je ne sache point avoir sauvé la vie à personne. »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Les regards de Jausion et de Clarisse Manzon se croisent alors. Elle détourne la tête comme horrifiée et s'écrie:</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Ho Dieu! Il y avait une femme chez Bancal. Elle y avait un rendez-vous. Elle ne fut pas sauvée par Bastide.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Et par qui donc fut-elle sauvée? demande le président.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Bastide voulait la tuer, Jausion la sauva.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Accusés Jausion et Bastide, vous étiez chez Bancal. Qui de vous deux a voulu sauver ?...</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Non... non, interrompt Mme Manzon d'une voix forte. Non, pas Bastide! Non, pas Bastide!</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Si vous n'étiez pas chez Bancal, qui vous a dit qu'il y avait une femme qu'on a sauvée?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Beaucoup de monde.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Connaissez-vous cette femme?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Plût à Dieu que je la connusse ! Le moment n'est pas loin où cette femme se montrera. On dit que cette femme, entendant du bruit dans la rue des Hebdomadiers, se
    précipita dans la première porte. Elle y trouva Bancal qui lui dit : « <em>Vite, vite, cachez-vous</em> »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Où se cacha cette femme? N'est-ce pas dans un cabinet ?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Oui, dans un cabinet.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- En passant dans la cuisine de Bancal, cette femme ne vit-elle point un cadavre?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Au mot de cadavre, Mme Manzon regarde les accusés avec des éclairs de terreur dans les yeux et s'exclame :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- On dit qu'on fit faire un serment terrible sur le cadavre. Demandez à Jausion s'il n'a pas cru que cette femme à qui il a sauvé la vie était Mme Manzon.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Je ne sache pas avoir sauvé la vie à personne, répète le malheureux Jausion dans un soupir de désespoir.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Le prétoire retient son souffle et dans cette atmosphère de grande tragédie, le président juge le moment venu&nbsp; d'organiser une mise en scène grotesque. En
    vertu de son pouvoir discrétionnaire, il demande que le maréchal de camp Desperrières soit entendu sur-le-champ.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Lorsque Mme Manzon revint à elle après son premier évanouissement, en présence de plusieurs témoins &nbsp;Elle déclara au maréchal <em>« Sauvez-moi de ces
    assassins</em>. ».</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il s’efforça de la rassurer de son mieux mais elle lui répondit :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Vous ne serez pas toujours près de moi, général; s’ils s'échappaient, ils saigneraient tous les honnêtes gens du département. »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">A ces mots, le falot Didier Fualdès prend la parole pour faire une proposition ahurissante :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Il est clair que Mme Manzon n’ose parler, parce qu'elle est effrayée par l’image des poignards et, plus encore, par la présence des assassins de mon père. Je
    prie Monsieur le Président de faire placer huit hommes de la force armée entre elle et les prévenus, soit pour lui dérober la vue de ceux-ci, soit pour la rassurer contre ses propres craintes
    »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 11 Oct 2011 18:35:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">43e4214ab50f38f85971db56fba59cf1</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-29-86366990-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (28)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-28-85295451.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (28). La grande actrice au rendez-vous</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Ce 22 août, la mise en condition de Mme Manzon commença tôt dans la matinée. Un huissier vint la chercher à son domicile pour la conduire dans le bureau du préfet
    où l’attendait Didier Fualdès, fils du défunt procureur. Celui-ci était dans un tel état d’abattement qu'il ne put sans mal exprimer ses pensées : <em>« Madame, balbutia-t-il, vous étiez dans la
    maison Bancal au moment du crime. Vous en connaissez les auteurs et vous allez vous trouver confrontée avec un témoin qui vous confondra&nbsp;»</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Hé bien soit! Qu’il parle.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Alors, avec un air d'abandon et de détresse qui ébranla Clarisse Manzon, Didier Fualdès soupira : <em>« Non, Madame; il n'y a point de témoin qui prouve que vous
    fussiez présente à l’assassinat; mais je ne doute pas que vous n'y ayez été et que vous sachiez tout. ››</em> Il évoqua ensuite les sombres manœuvres de la dame Pons et le triste sort du petit
    Edouard qui serait arraché à l’affection de sa mère si celle-ci s’obstinait dans son mutisme. Lorsque Clarisse fit mine de se retirer, il la retint par le bras en sanglotant. <em>« Madame, prenez
    pitié d'un enfant qui demande vengeance du meurtre de son père. Vous connaissez les assassins et vous ne voulez pas les nommer! L'un d'eux vous a sauvé la vie; mais en est-il moins un scélérat?
    Jausion sera condamné aux galères; mais ce n'est pas assez, il faut que sa tête tombe; il est plus coupable que Bastide. C’est lui qui est l'auteur du complot : il me semble le voir enfonçant le
    fatal couteau. J'ai été saisi d'une secrète horreur la première fois que ce monstre s'est offert à ma vue, après l’épouvantable catastrophe qui me prive du meilleur des pères.</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Vous les croyez coupables? demanda Clarisse Manzon les yeux humectés de larmes.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Ah! Madame, vous seule avez l’air d'en douter, vous seule voudriez les sauver.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Vous les croyez coupables! Eh bien! Ils périront; vous serez vengé. »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Le soir venu Clarisse me fit cette confidence: « <em>Il [Didier Fualdès] était si convaincu que sa conviction passa dans mon âme et y produisit les effets les plus
    terribles.&nbsp;»</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;C'est alors que le préfet et le président pénétrèrent dans la pièce. Ils demandèrent à Clarisse Manzon si elle se sentait en état de témoigner. Elle exprima
    quelques réserves, mais Didier Fualdès, qui la voyait dans de bonnes dispositions, insista avec tant de force qu’elle dut s'incliner. Lorsqu'elle quitta la préfecture, une mère la regarda d'un
    œil noir et lança à un soldat : <em>« Vous ne savez pas lui donner des coups de la crosse de votre fusil, à cette vilaine? Peut-être alors parlerait-elle. »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il est deux heures de l'après-midi. Mme Manzon s'avance dans le prétoire. Le silence est impressionnant. Sur les conseils du préfet, elle a revêtu une robe noire
    enveloppée d'un tulle blanc autour de la poitrine et s'est coiffée d’un chapeau dont le voile noir lui cache le visage. Ces conseils vestimentaires n'avaient rien d'innocent. Dans l’imagination
    des Ruthénois, c’est ainsi que la sombre héroïne avait fait son apparition dans la maison Bancal. Aussitôt, le président Grenier se lance dans une exhortation courte mais touchante :
    <em>«&nbsp;Le public est convaincu, Madame, que vous avez été poussée dans la maison Bancal par accident et malgré vous. On vous regarde comme un ange destiné par la Providence à éclaircir un
    mystère horrible. Quand bien même y aurait-il eu quelque faiblesse de votre part, la déclaration que vous allez faire, le service que vous allez rendre à la Société en effacerait le
    souvenir.</em> » Cela dit, Grenier se tourne vers la Bancal et, pointant Mme Manzon :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- &nbsp;Femme Bancal, connaissez-vous cette femme?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">A ces mots, Clarisse Manzon, qui se croyait déjà sur la scène du Théâtre-Français, relève son voile d’un geste magistral et dit : <em>«&nbsp; Me connaissez-vous?
    »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Catherine Bancal ayant répondu par la négative, le président pose la même question à Jausion et à Bastide.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>«&nbsp; Je ne la connais que pour l’avoir aperçue chez moi, il y a quatre ou cinq moi&nbsp;»</em> déclare jausion.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Pourquoi donc a-t-il eu l’audace de me saluer en plein tribunal ? » Demande alors Mme Manzon d’une voix tragique. Bastide déclare l'avoir seulement <em>«&nbsp;
    rencontrée sur les grands chemins ››</em>, le président exhorte le témoin à dire ce qu'elle sait de l'assassinat de Me Fualdès. A ces mots, Clarisse lance un regard expressif sur les accusés et
    s'évanouit. On vole à son secours. L'émotion est à son comble. Le maréchal de camp Desperrières la prend dans ses bras et l'emporte hors du prétoire tandis qu'on improvise un intermède en
    appelant à la barre un témoin insignifiant. Mille soins, mille gentillesses lui sont prodigués. Lorsqu'elle revient à elle, c'est pour s'écrier à plusieurs reprises avec des airs et des accents
    de terreur <em>: « Qu’on ôte ces assassins de ma vue! ››</em> Remise de ses émotions, la voilà de nouveau à la barre. Le président Grenier poursuit l’interrogatoire d’une voix douce et caressante
    :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Allons, Madame, tâchez de calmer votre imagination. N'ayez aucune crainte. Vous êtes dans le
    sanctuaire de la justice, en présence de magistrats qui vous protègent. Faites connaître la vérité. Courage. Qu’avez-vous à dire? Ne vous êtes-vous pas trouvée à l'assassinat de M.
    Fualdès?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Je n'ai jamais été chez la femme Bancal. Je crois que Jausion et Bastide y étaient.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Si vous n'y étiez pas, comment le croyez-vous?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Par des billets anonymes que j'ai reçus, par les démarches qu'on a faites auprès de moi.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Vous nous assurez que votre première déclaration à Monsieur le Préfet est fausse; vous ne savez donc rien sur le compte de Jausion et Bastide; comment avez-vous
    pu dire que vous les regardiez comme coupables ?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- C’est par conjectures.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- De quelles conjectures voulez-vous parler? »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Alors se tournant du côté de Jausion, Mme Manzon s'écrie :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>« Quand on tue ses enfants, on peut tuer son ami, on peut tuer tout le monde. »</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Et comme Jausion la regarde d'un air effaré, elle lui lance à la figure :</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp; - Actuellement, je vous regarde.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">-&nbsp; Comment a-t-il tué ses enfants? demande le président.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- C'est une affaire arrangée, répond Clarisse Manzon, mais le public n'est pas dupe.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Sans doute avez-vous d'autres raisons?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Non... non... Je n'ai point été chez la femme Bancal</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 27 Sep 2011 17:48:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">8f483cf242efcb2dd8bb548db3e96374</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-28-85295451-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Bien Connu des Services de Police : Dominique Manotti]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-bien-connu-des-services-de-police-dominique-manotti-85009123.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    Pas d’entrée en matière, on entre dès la première page dans le vif du sujet. Un parking glauque de la proche banlieue parisienne dans lequel tapinent quelques filles de l’Est. Trois hommes
    débarquent, ce n’est pas le relevé des compteurs, juste des taxeurs qui prélèvent leur dime en nature ou en espèces.. Trois flics de la BAC …..
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Au commissariat de Panteuil, ville que l’on imagine aisément dans la banlieue Nord-Est, coincée entre Pantin et Montreuil, arrivent deux petits nouveaux&nbsp;:
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <em>- Sébastien Doche</em> qui hérite de Panteuil sa première affectation de jeune policier stagiaire. Ex-voyou, il arrive du Nord dans cette proche banlieue parisienne après avoir décidé de
    changer de vie le jour où son meilleur pote s'est tué au guidon d'un scooter volé. Il découvre "son" commissariat. Pas brillant…
  </p>
  <p>
    - <em>Isabelle Lefèvre</em> est dans la même situation, sauf qu’elle apprend vite, à ses dépens, qu’une&nbsp; femme dans un commissariat, même avec un uniforme, est une proie.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Roman après roman, Dominique Manotti continue d’explorer l’arrière cour de notre société. Après «&nbsp;Lorraine connexion&nbsp;» et les dérives du capitalisme financier, elle s’attaque à
    l’instrumentalisation de la situation des banlieues au service des ambitions d’un homme politique. Pas de doute, nous sommes bien en 2005. Le ministre de l’intérieur ne cache pas ses plus hautes
    ambitions. L’angle de la campagne est fixé, il sera sécuritaire. La police est enrôlée dans les troupes. La description du système est implacable. Un commissariat pourri, sous la direction d’une
    commissaire ambitieuse est au centre d’une manipulation qui crée le désordre pour mieux l’exploiter ensuite. Sous l’œil complaisant des médias la police devient une extension du champ politique
    et non plus une simple affaire de sécurité, comme en témoigne les discours de la commissaire Le Muir.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: Arial;"><em>« Il serait très exagéré de dire que l'ordre républicain règne dans les ghettos. Pour qu'un certain ordre y règne, il faudra
    que se développent des réseaux d'autorités ethniques et religieux propres aux gens qui les peuplent. Ce sera long, mais nous y travaillons. En attendant, nous tentons d'assurer, à un coût
    socialement acceptable, le confinement des problèmes et la stabilité de l'ensemble de la société française. Car, ne nous y trompons pas, aujourd'hui, c'est la peur de l'insécurité, fortement
    corrélée à la peur de l'étranger, la hantise du ghetto, à la fois hyper réel et fantasmé, qui sont les ferments de la cohésion sociale.</em></span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: Arial; font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: Arial;">On assiste à un documentaire autant qu’à un récit. Un documentaire, qui fait froid dans le dos. Certains trouveront <em>Bien Connu
    des Services de Police</em> extrêmement pessimiste dans le constat. À voir. On peut au moins lui reconnaître une chose&nbsp;: sa lucidité.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: Arial; font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <strong>Présentation de l’éditeur&nbsp;:</strong>
  </p>
  <p>
    <em>«&nbsp;La voiture roule au ralenti, phares allumés, dans les ruelles désertes d’un quartier d’entrepôts à la périphérie nord de Paris. A cette heure tardive, au milieu de la nuit, l’ambiance
    de ce coin de banlieue est sinistre&nbsp;: grilles fermées sur des cours encombrées de détritus, rideaux de fer baissés et taggués, pavés défoncés, trottoirs effondrés, lampadaires éteints,
    silhouettes massives et noires des entrepôts, tassés les uns contre les autres. Le silence, l’immobilité sont tels que toute présence humaine évoluant à l’air libre ne pourrait être perçue que
    comme une menace. Dans l’habitacle de la voiture, faiblement éclairé, trois hommes, le chauffeur et ses deux passagers. Ils se ressemblent. Jeunes, costauds, cheveux ras, blousons de toile
    légère, jeans et baskets. Leurs gestes, leurs mots, leurs silences s’accordent, bouts de phrases sans importance, chewing-gums, rires, regards traînants aux alentours, dans une familiarité
    décontractée. Une radio grésille en bruit de fond sans que personne n’y prête attention. On se rapproche de Paris. Un cube de béton, coincé entre la zone d’entrepôts et le boulevard périphérique,
    apparaît au détour d’une ruelle. Cinq étages de parking, posés à l’entrée nord de Paris. A bord, la tension monte d’un cran. Les hommes se redressent, soudain silencieux, attentifs, une touche
    d’excitation. La voiture s’engage lentement dans la voie d’accès.&nbsp;»</em>
  </p>
  <p>
    <em>&nbsp;</em>
  </p>
  <p>
    <em>&nbsp;</em>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 23 Sep 2011 18:57:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">53fa09fd9a03b8c78f02581999bd41ea</guid>
                        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-bien-connu-des-services-de-police-dominique-manotti-85009123-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (27)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-27-84187139.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (27) : Un mobile plausible&nbsp;???</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: Calibri; font-size: 14pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">Les témoins à décharge furent condamnés à faire de la figuration. Et quand bien même, comment prêter la moindre importance aux affirmations du forgeron Ginisty qui
    avait vu Bastide-Gramont quitter Rodez deux heures avant le crime, et, plus encore, au témoignage de Charlotte Arlabosse, la maîtresse du prévenu, qui disait avoir passé la matinée du 20 mars en
    sa compagnie&nbsp;! L’ancien commissaire de police Constans était venu faire état des rumeurs dont il avait été assailli alors que le cadavre venait à peine d'être découvert. &nbsp;Il confirma
    qu'il avait accordé « peu d'importance au rapport de la femme Girou, sachant qu'elle était bavarde et qu'elle donnait souvent des fausses nouvelles ››. A ces mots, la femme Girou, qui était dans
    le prétoire, provoqua un esclandre suivi d'un tollé orchestré par les mégères de Rodez. Le président reprocha vivement au témoin son imprudence. D'ailleurs, Constans avait été démis de ses
    fonctions pour avoir fait preuve de négligence au début de l’enquête et ses propos étaient sans poids. Des témoignages ã décharge furent passés sous silence. Ainsi l'abbé Dijols, qui avait été
    précepteur de Bastide et que l’éloignement, la maladie et le grand âge clouaient au logis, avait-il écrit au juge d'instruction pour lui donner l’assurance, qu'en dépit des rumeurs auxquelles
    l'accusation accordait une si grande importance, le prévenu avait toujours été le meilleur des fils. Mais il n'en fut pas fait état à l’audience. Surtout, les joueurs de vielle, auxquels la
    rumeur attribuait un rôle privilégié dans la mise en scène du crime, avaient été retrouvés, et le dossier d'instruction en a gardé la trace. Il s’agissait de Jean-Pierre Berlier et de
    Jean-Baptiste Brès, respectivement âgés de trente et trente-deux ans. Or, ils avaient affirmé n'avoir pas joué à huit heures, le soir du crime, à l’entrée de la rue des Hebdomadiers, mais entre
    six et sept heures à l'angle de l'Ambergue gauche et de la place de la Cité. Les magistrats en conclurent qu'il ne s'agissait pas des bons joueurs de vielle et leurs dépositions furent gardées
    secrètes. Dans la multitude des paroles semées pêle-mêle dans le prétoire, deux témoignages méritent d'être retenus. Celui de M. de Séguret, président du tribunal de commerce, et l’inénarrable
    prestation de Mme Manzon qui, comme chacun s'y attendait, allait marquer le point fort du procès. M. de Séguret était l'un des notables les plus respectés de Rodez. Ses opinions étaient
    oraculaires, et sa distinction intellectuelle le mettait au-dessus des petites gens qui défilaient à la barre dans un esprit de chicane ou de commérage. Mais tous les Ruthénois étaient alors
    assaillis de fantasmes et Séguret n'échappait pas à la règle.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><em>« J'étais dans cette confusion d'idées et de conjectures lorsqu’un commerçant de cette ville m'assura qu'il était à sa connaissance que le sieur Fualdès,
    entraîné par ses rapports avec Jausion, lui fournissait des signatures de complaisance que Jausion négociait à son profit personnel, c'est-à-dire que Jausion empruntait au nom de Fualdès des
    fonds qu'il retenait pour les faire valoir à son profit. « Cette notion nous parut être un trait de lumière et une explication vraisemblable d'une multitude de faits qui avaient jusqu’alors paru
    incohérents. Il était impossible de supposer que le sieur Fualdès n'eût pas retiré une contre-lettre, une déclaration quelconque, une promesse de garantie, pour les signatures de complaisance
    qu'il fournissait à Jausion</em>. »</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">L’argument était grandiose, mais il ne reposait que sur l’imagination d'un président de tribunal de commerce qui avait l'obsession des opérations de basse besogne
    financières. Jausion montra bien l’incohérence du raisonnement en soulignant qu'il ne pouvait être en même temps acquéreur de Flars et débiteur de Fualdès. Mieux ! Appelé à la barre, le
    commerçant qui avait renseigné Séguret sur les prétendues signatures de complaisance consenties par Me Fualdès déclara qu'il n'avait articulé que des « suppositions » et que « tout se réduisait à
    des conjectures ». La formidable construction de Séguret n'en impressionna pas moins les jurés et l’opinion tout en confortant l’image trouble de financier véreux qui pesait sur Jausion. Avec
    l’entrée en scène de Mme Manzon, le 22 août, allait se jouer un autre morceau de bravoure. Mais de l’austère grandeur oratoire d'un Séguret, on allait sombrer dans une grotesque parodie de
    tragédie néo-classique.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 13 Sep 2011 18:34:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f5e8913c6d2826dc3e48894289d4c093</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-27-84187139-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (26)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-26-82254961.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (26)&nbsp;: le procès des fantasmes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">L’audience reprit le lendemain avec le récit des hallucinations qui hantaient les esprits depuis le 20 mars. Trois cent vingt témoins, dont deux cent quarante-trois
    à charge devaient être entendus. Pour faire bonne mesure, le président usa de son pouvoir discrétionnaire pour en appeler une centaine de plus. On se préparait à voir ainsi raconter à la barre,
    la multitude des fantasmes modelés par les&nbsp; peurs et les haines villageoises qu’on croyait enfouies. Rose Féral, tenancière du « bouchon » qui avait servi de point de ralliement aux
    comploteurs peu avant leur forfait, décrivit l’assemblée des hommes sombres qui avaient levé le verre à la réussite de leur sinistre entreprise. M. Albène fit surgir ces « ombres ›› qui l'avaient
    assailli dans la nuit du crime. Le cabaretier Delmas et sa femme plongèrent l’assistance dans l’épouvante en évoquant le cortège macabre qui avait défilé sous leur fenêtre en proférant des
    menaces. Un témoin parla des coups de bâton qu'un fantôme lui avait assené, un autre du canon de la carabine qu' <em>« un homme grand vêtu d'une redingote dont les pans flottaient</em> » lui
    avait posé sous le nez. Le tailleur Brast, qui habitait en face de la maison Bancal, décrivit le tohu-bohu qui avait précédé l'instant du crime et le vacarme des vielles, des hum hum, des psst
    psst et des sifflets au milieu desquels les comploteurs réalisaient le tour de force de marcher sans se faire entendre. Inspiré par le prétoire, il ajouta qu'il avait observé les étranges visites
    de Bastide et Jausion dans la maison Bancal durant les jours qui avaient précédé l’assassinat. A ces mots, Me Rodier, défenseur de Jausion, réagit vivement.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">- Il est bien étonnant que, devant le juge d'instruction, le témoin n'ait pas déposé sur ce fait, d'autant que la déposition écrite est surchargée de détails
    inutiles.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">- &nbsp;Si on ne fait pas son devoir un jour, on doit le faire le lendemain, répliqua le témoin d'une voix tranquille.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le ministère public poussa l’audace au point de faire citer à &nbsp;la barre une codétenue de la femme Bancal, Françoise Camels. Dans l’espoir de donner
    satisfaction à ses geôliers, elle déposa que sa compagne de cellule lui avait fait de prétendues révélations sur sa haine de Fualdès et sur les détails du crime. Une autre détenue, Catherine
    Couderc, fit une déposition du même ordre. Dans son féroce acharnement, l’accusation imagina des subterfuges encore plus pervers. Respectueuse de la loi qui interdit aux enfants de déposer contre
    leurs parents, elle s'abstint de faire comparaître les petits Bancal. Mais elle fit appel aux amies de Magdeleine, Denise Roux et Françoise Ricard, âgées de dix et onze ans. Les deux enfants, qui
    ne comprenaient rien à l’affaire, se crurent comme à confesse et appelèrent le président <em>« mon père ».</em>De mon propre aveu, je pensais que leur récit portait tous les caractères de la
    confession. C'est dans l’église de Saint-Amans, à la messe de onze heures, près de la sainte table, que Françoise Ricard a posé des questions à Magdeleine Bancal sur son père et sa mère. Mais
    celle-ci a répondu que la sainteté du lieu lui interdisait de parler de telles abominations et l’a entraînée sur le parvis où elle lui a fait le récit de l’assassinat du <em>« monsieur</em> » par
    d'autres <em>« messieurs ».</em> A ce festival de dérision s'ajouta bientôt le flot des impressions subjectives. L'avocat Ladoux déposa que, s'étant un jour trouvé chez Bastide, il eut <em>« des
    craintes pour la sûreté de sa personne et de ses papiers ››.</em> Le professeur de collège Jean Vigne rappela qu'il l’avait croisé dans les rues de Rodez peu avant le crime et qu'il lui avait
    trouvé <em>« un air de coquin ».</em> Le lendemain, Rose Pailhès et l’accoucheuse Antoinette Malier furent également <em>« effrayées »</em> par son <em>« mauvais air »,</em> son vieux pantalon
    vert, son chapeau troué et ses gros souliers. Et tous les ennemis personnels de Bastide-Gramont, tous les envieux vinrent dire tout haut une rancœur qui n'avait que trop longtemps macéré dans le
    silence et l’impuissance. Jausion fut passé au crible pour son insensibilité. Au sieur Carrère qui venait de lui apprendre l’assassinat de Fualdès, il se serait contenté de répondre : <em>«
    Comment! C’est Fualdès ?››.</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Durant la séance du 21 août, huit témoins se succédèrent pourtant dans un flot ininterrompu de bagatelles : <em>« J'ai ouï dire que Capely avait dit qu'on guettait
    M. Fualdès depuis six mois... »</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><em>&nbsp;« Mon mari tient de Capely que ce dernier avait ouï dire qu'on guettait Fualdès depuis six mois... »</em> <em>« Madame Boyer me dit chez elle, peu de
    jours après l’assassinat, qu'on en voulait depuis longtemps à M. Fualdès : Marion, chapelier, était présent... »</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Bousquier fut enfin appelé à la barre. Chargeant ses compagnons d’infortune avec une férocité d’autant plus grande qu’il espérait s’attirer les bonnes grâces du
    jury, il fit le récit du crime avec la docilité que le ministère public attendait de lui. Il avait disait-il été mêlé au complot dont il connaissait les moindres détails, malgré lui et par une
    sorte de fatalité. Aussi se décrivait-il comme un ange fourvoyé dans la multitude des âmes turpides.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 23 Aug 2011 17:04:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f33b15a4bb77ca96476fb55e4c47bdf2</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-26-82254961-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'incroyable destin de Clarisse Manzon (25)]]></title>
        <link>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-25-81237060.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’incroyable destin de Clarisse Manzon (25)&nbsp;: les débuts d’un procès inique</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’audience s’ouvrit le 18 août. Après avoir assisté à la messe célébrée à &nbsp;l’église Notre-Dame, la cour et les trente-six citoyens, escortés de la garde
    nationale, se rendirent dans l’ancien couvent des cordeliers, siège de la cour d’assises. Les Ruthénois ne furent pas en reste et se rendirent en masse sur les lieux. Malgré l’importance du
    service d’ordre, une bousculade fit plusieurs blessés. Les dames de la&nbsp; bonne société du Rouergue avaient trouvé place dans une galerie spécialement aménagée à l’attention de celles qui
    avaient versé une obole de 10 francs au profit des pauvres de la ville. Les prévenus avaient été installés selon un ordre qui ne devait rien au hasard. Bastide-Gramont, Jausion, Collard, Anne
    Benoit et Bach se retrouvèrent sur le banc supérieur des accusés.&nbsp; Bousquier eut droit au banc inférieur. Entre les deux, Mesdames Jausion et Galtier étaient en position intermédiaire. La
    salle faillit chavirer d’émotion lorsqu’elles s’élancèrent en larmes au cou de leur mari et de leur frère. La disposition choisie n’avait rien d’innocente. Les personnes sur lesquelles pesaient,
    selon le ministère public, la plus grande culpabilité occupaient les bancs supérieurs. Bousquier, qui par ses «&nbsp;aveux&nbsp;», avait puissamment aidé le procureur, semblait sciemment
    dissimulé. Je ne peux m’empêcher de penser que cette disposition semble préjuger du degré de la culpabilité des accusés. Ce langage des signes est une atteinte à la liberté des juges parce
    qu’elle en est une à l’égalité des prévenus devant la loi. Mais je suis là depuis bientôt cinq mois et j’ai compris depuis longtemps, grâce à mon ami Blaise, que la justice n’était pas l’objet de
    ces débats. Les libelles, qui circulent dans Rodez, dressent d’ailleurs un portrait peu reluisant des accusés. Jausion y est présenté comme <em>«&nbsp;petit et fluet&nbsp;; l’ensemble de ses
    traits n’a rien de flatteur. Il a fait ses études à Rhodez, mais il en a peu profité, il s’est fait remarquer dans sa jeunesse par beaucoup d’emportement et par une conduite peu
    régulière&nbsp;».</em> Pour les prévenus issus des basses couches de la société, les descriptions atteignent les sommets de l’immonde. <em>«&nbsp;Nous voyons la femme Bancal et dans son mari à
    quel penchans féroces conduit l’immoralité&nbsp;; ce dernier est décédé en prison&nbsp;: il court de sinistres bruits sur la cause de sa mort. La femme Bancal n’est pas douée d’une figure
    heureuse&nbsp;; la dissimulation et la ruse y sont empreintes&nbsp;»</em>.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Annoncée par huissier, la cour fit son entrée en grandes pompes. Une fois l’audience déclarée ouverte, on procéda au tirage au sort du jury. Le ministère public
    récusa soigneusement tous ceux qui pouvaient apparaître peu dociles. Certains ce récusèrent d’eux mêmes, ne voyant pas comme un privilège de siéger dans une pareille affaire. Ainsi le docteur
    Rogery avait décliné l’offre en prétextant ses obligations de médecin et son amitié pour Jausion. Le jury fut finalement composé de six maires, un conseiller général, deux percepteurs, un
    propriétaire et un négociant, tous acquis, en raison de leur position sociale à la cause du ministère public. La lecture de l’acte d’accusation pouvait commencer. En même temps débuta la plus
    invraisemblable des fables qu’on n’ait jamais entendue dans une cour d’assises. Aucun des ragots, sortis des imaginations les plus délirantes, ne nous fut épargné. Dans la maison Bancal se jouait
    la hideuse comédie de l’assassinat, au son des vielles mises en route pour couvrir les cris du malheureux Fualdès. Les détails odieusement arrachés aux enfants Bancal permettent au ministère
    public de raconter une scène cauchemardesque. On y voit la victime étendue sur une table, au milieu de la multitude d’assassins s’agitant dans la minuscule pièce, sous l’œil épouvanté de la
    petite Magdeleine et en présence des porcs qui se repaissent de son sang. Après quoi, pour accompagner le corps du supplicié, la bande de malfrats organisa un cortège dans les rues les plus
    éclairées et fréquentées de Rodez.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Pendant la lecture du&nbsp; soi-disant acte d’accusation, Clarisse Manzon était retenue dans la salle des témoins et assaillie par la foule des bonnes gens qui lui
    <em>criaient&nbsp;: «&nbsp; Mais révélez donc la vérité&nbsp;; que craignez-vous&nbsp;? Pouvez-vous prendre le parti des scélérats&nbsp;; ils sont en horreur de toute la France, vous seule
    voudriez les sauver&nbsp;?&nbsp;».</em></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Une lointaine cousine, Mme Castel, horrible mégère manipulée par le préfet, la prit même entre ses griffes pendant plus de deux heures pour l’intimider à grand
    renfort d’arguties. <em>«&nbsp;Prenez garde cousine, vous soutenez que vous n’étiez pas chez Bancal le 19 mars, vous pourriez être accusée de mensonges. Il y a un témoin qui affirme le contraire.
    Le 20 du même mois, Magdeleine Bancal lui a porté un bonnet à faire qu’une dame lui a donné et il se trouve que l’étoffe est conforme à une de vos robes. Et puis, quel mal y a-t-il à vous être
    trouvée dans une maison de prostitution. Vous n’en serez pas moins une honnête femme si vous aidez à la connaissance de la vérité, tout le monde vous en louengera&nbsp;».&nbsp;</em></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
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    &nbsp;
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    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 10 Aug 2011 07:44:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">ac79bc1d0fded33cbfeec2ea93fa5f20</guid>
                <category>Clarisse</category>        <comments>http://www.pierre-mazet.com/article-l-incroyable-destin-de-clarisse-manzon-25-81237060-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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